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Ugly Sister dans la performance Cinderella

Le "moche", une idée qui a de l’avenir ?

32 min
À retrouver dans l'émission

Le moche n'est pas l'inverse du beau mais il se construit en opposition à celui-ci. Il se dresse contre les codes esthétiques en place. Alice Pfeiffer, journaliste de mode, fait l'analyse du laid dans "Le goût du moche" (Flammarion).

Ugly Sister dans la performance Cinderella
Ugly Sister dans la performance Cinderella Crédits : Nick Dolding - Getty

Spécialiste des Cultural Studies, la journaliste mode Alice Pfeiffer revient sur son goût du moche. En quoi est-il le reflet d'une condition sociale spécifique ? Comment se définit le moche, et surtout quel est son potentiel politique ? 

Le premier souci dans cette idée de moche ou de beau est que le beau est uniforme, on lui reconnaît des qualités et des courants alors que le moche abrite une multitude de facettes. Le laid est le contraire du beau, habité de valeurs bibliques, le moche est son petit frère un peu ridiculisé. (Alice Pfeiffer)

Le moche est tout ce qui ne reste pas à l’intérieur d’une case domestiquée. C’est ce qui va trop vite, qui hurle, que l’on arrive pas à enfermer. Si on arrive à le faire d’une manière pas seulement consommatoire ça peut être un outil de rébellion puissant. (Alice Pfeiffer)

Le moche se construit en réaction à ce qui est considéré comme beau ou esthétique. Il prend le contre-pied des normes dominantes pour les déjouer. Qu'il soit kitsch, ringard ou encore vulgaire, le moche se décline sous plusieurs formes qui sont autant de remises en question des diktats du beau. 

Toute apparition, toute manifestation est située, au moins politique en creux. Il y a une grande forme de régulation, de contrôle et d’intériorisation de normes à travers chaque choix esthétique.  (Alice Pfeiffer)

Le kitsch naît lors d'une rupture avec son référentiel. Il s'agit par exemple d'une reproduction en plâtre du David de Michel-Ange qui termine sur une étagère entre autres bibelots. 

Comment se fait-il que deux codes identiques font qu’un reste beau et l’autre risible ? Ça m'a rappelé tous les écrits de Walter Benjamin sur l'œuvre à l'époque de sa reproductibilité technique. Quand une œuvre d’art est reproduite dans une pratique ouverte à tous, l’impact est différent et c’est encore une fois une dynamique de classe que l’on comprend ici. (Alice Pfeiffer)

Extraits sonores : 

Bibliographie

Intervenants
  • journaliste, spécialiste d'anthropologie de la mode et des gender studies

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