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Main et machine à écrire

Jean-Paul Dubois, Goncourt 2019 : "Je reçois ce Goncourt, assis"

32 min
À retrouver dans l'émission

Un Goncourt, un Renaudot 2019 et des femmes écrivaines : Jean-Paul Dubois réagit à sa nomination tandis que Geneviève Brisac replace cette consécration dans plus de cent ans d’histoire des prix littéraires et se demande : quelle légitimité pour les femmes écrivaines ?

Main et machine à écrire
Main et machine à écrire Crédits : Sarayuth Punnasuriyaporn / EyeEm - Getty

Le prix Goncourt a été remis à Jean-Paul Dubois pour Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon (L'Olivier) et le prix Renaudot à Sylvain Tesson pour La panthère des neiges (Gallimard).

Ils étaient tous deux les invités de La Grande table, en 2016 pour Jean-Paul Dubois et en 2019 pour Sylvain Tesson. Au micro d'Oriane Delacroix, en direct du restaurant Drouant à Paris pour recueillir ses premières impressions suite à l’annonce de sa consécration, Jean-Paul Dubois a notamment précisé que, bien loin de tout effet "miss France", il comptait bien rentrer chez lui :

Je reçois ce Goncourt, assis. C’est gentil, bienveillant, doux. J’essaie de tenir mon rang, mais ce n'est pas facile car je n’ai pas l’habitude de vivre dans cet univers-là. Je vais revenir vivre dans ma maison, avec ma famille, mon chien, et mon travail sera fini ce soir ou demain.       
(Jean-Paul Dubois, Goncourt 2019)

Dix-sept ans après La Marche du cavalier, Geneviève Brisac, par ailleurs auteure de Week-end de chasse à la mère (L'Olivier, 1996), Prix Femina, ou encore co-scénariste avec Christophe Honoré du film Non ma fille, tu n'iras pas danser (2009), nous propose une version revisitée et augmentée de son essai : Sisyphe est une femme (L'Olivier, 2019). Elle réagit à la nomination de Jean-Paul Dubois, publié chez le même éditeur qu’elle : 

[A propos de la fidélité de Jean-Paul Dubois à lui-même et aux éditions de L’Olivier :] Il y a dans cette croyance en la littérature et en la fidélité quelque chose en quoi je me reconnais tout à fait : une vulnérabilité, une porosité à la souffrance des autres.          
(Geneviève Brisac)

Geneviève Brisac revient aussi sur ces femmes écrivaines relayées au "purgatoire" de l’oubli, extraordinaires pourtant. Les Christiane Rochefort, Doris Lessing et autres Natalia Ginzburg passées après leurs confrères masculins, car appartenant à l’"autre catégorie".

Un essai-manifeste à la frontière du littéraire qui traite de la différence de traitement entre les écrivains et les écrivaines, un "travail de Sisyphe" qui vise à "remettre à l’honneur ces grandes écrivaines, nos aînées, celles à qui nous devons la force et le courage d’écrire ce que nous voyons, ce que nous sentons, ce que nous savons".

A partir d’un corpus d'écrivaines aux noms plus ou moins oubliés, plus ou moins connus, de Virginia Woolf à Alice Munro, de Grace Paley à Marguerite Duras, elle se base sur une citation de Vladimir Nabokov pour mettre à jour les préjugés dont sont victimes les femmes qui écrivent : « J’ai des préjugés contre toutes les femmes écrivains. Elles appartiennent à une autre catégorie » (p. 23). Les femmes seraient plus ennuyeuses, plus discrètes, elles devraient s’en tenir aux conventions et aux enfants. 

Grace Paley : Une femme libre, très drôle, qui a inventé une forme d'écriture assez particulière où la fiction et le réel se mêlent de manière intrinsèque. [...] Une stratégie que je ne recommande pas, qui ne mène à rien, mais cela n'a peut-être pas d’importance.                      
(Geneviève Brisac)

A ces injonctions, Geneviève Brisac oppose la capacité de certaines grandes écrivaines à transmettre la vie, à l’exemple de Grace Paley qui, en partant du "bac à sable", métaphorise nos existences, nos guerres et nos conflits. De même, le rapport à l’enfant et à l’enfance, écrit Geneviève Brisac, n’est pas à sous-estimer. Pour exemple, Eudora Welty, qui a appris à écrire en écoutant les conversations de sa mère et de ses amies et qui par là-même a saisi "ce qu’est le temps d’une histoire", la "note juste" pour écrire. 

Nous intériorisons cette infériorité, d'abord parce que, quand nous étions petites, nous ne lisions que des écrivains.                        
(Geneviève Brisac)

En dépit des bestsellers de femmes et de la célébrité de certaines romancières, les écrivaines ne sont pas lues de la même manière que les écrivains, et pas encore reconnues à parts égales. Ce fait témoignerait d’une réalité plus large, d’un appauvrissement des mots mêmes dans une époque de sophismes, où les excès et les records sont plus vendeurs en littérature, de manière générale, que ce qui est "articulé de manière naturelle ou légère". Dans cette époque où nous ne savons peut-être plus lire, Geneviève Brisac écrit ce livre pour défendre, dit-elle, ce qu’elle aime : « Les émotions de pensée. La littérature qui ne sert à rien que cela » (p. 21).

La question des femmes serait moins oiseuse si l'arrogance masculine n'en avait fait une querelle.    
(Simone de Beauvoir)

Extraits sonores : 

  • "Apostrophes" : Marguerite Duras répond à Bernard Pivot (Archive INA, 28/09/1984)
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