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Tirelire cochon avec masque

L'Etat est-il un malade imaginaire de la dette ?

32 min
À retrouver dans l'émission

Elle conseille les Etats sur la relance et sur les dettes publiques, murmure à l'oreille des puissants et reste fidèle à ses convictions. Anne-Laure Kiechel, spécialiste de la dette et fondatrice de la société Global Sovereign Advisory, est notre invitée.

Tirelire cochon avec masque
Tirelire cochon avec masque Crédits : Sezeryadigar - Getty

Elle a pour règle de ne pas se mêler des affaires de son propre pays, valorise la connaissance de terrain, le savoir s'effacer, la discrétion dans son métier. Anne-Laure Kiechel est spécialiste de la dette publique. Elle conseille plus de 20 chefs d’État et de gouvernement sur leur stratégie financière et sur leur politique économique. Mue par la passion de la chose publique et de la justice sociale, elle a lancé la première chaire en Europe consacrée à la dette souveraine à Sciences Po : c'était en novembre 2019, à l’occasion d’une grande conférence inaugurale autour d’Aléxis Tsípras, ancien Premier ministre grec. 

Celle que l'on surnomme "la banquière de la Grèce" a en outre pris en charge le dossier grec lorsqu'elle travaillait pour Rotschild, passant trois ans aux côtés de Tsípras pour rendre à la Grèce sa souveraineté. 

J'y ai vu la perte de souveraineté d'un pays. (…) C'est quelque chose où l'on ne peut que se dire « Je ne veux jamais que ça arrive à mon pays » et, à fortiori, « à d'autres pays ».  (Anne-Laure Kiechel)

Elle a travaillé pour Lehman Brothers puis a dirigé les activités de conseil aux Etats de la banque Rothschild. Voulant faire les choses à sa manière, elle a ensuite fondé en 2019 Global Sovereign Advisory. 

Selon elle, la crise actuelle est aussi une opportunité pour construire un nouveau modèle social. Ainsi, si la dette mondiale a largement augmenté avec la crise du coronavirus, Anne-Laure Kiechel précise qu'il n'est pas grave de s'endetter s'il est fait bon usage de la dette. La “bonne” dette est celle que l'on consacre à rénover un système de santé, la transition écologique, l'éducation… des projets qui permettent de préparer l’avenir d’un pays.  Elle devient un problème lorsqu'elle est tournée vers des dépenses non productives, guère utiles aux populations.

La dette, c’est politique : quand on endette un Etat, potentiellement, on peut lui faire, en fonction de la forme d’endettement qu’on choisit, renoncer à sa souveraineté. Si on fait ça, les citoyens doivent faire partie de cette décision. Cet acte là de l’endettement qu’on a souvent présenté comme un débat technique est beaucoup plus un débat politique. (Anne-Laure Kiechel)

Aujourd'hui, face à la crise, il faut penser en trois temps : celui du court terme (l’urgence), celui du moyen terme et le long terme. Il ne suffit pas de protéger les plus fragiles, ceux qui vont perdre leur emploi, qui ne peuvent plus payer leur loyer, rembourser leur prêt... Il faut aussi leur donner une perspective. La “bonne” dette, en somme, serait la dette d’investissement. Et si l’accélération de l’endettement était nécessaire pour répondre à l’urgence de la situation avec la pandémie, il faudra, ajoute Anne-Laure Kiechel, se poser la question de la société que nous voulons. 

Cette crise nous tétanise complètement car elle est complètement différente des crises qu'on a pu voir précédemment. (…) c'est une pandémie, et c'est tout d'un coup l'intégralité du monde qui progressivement se trouve à l'arrêt. (Anne-Laure Kiechel)

Extraits sonores:

  • François Bayrou (Public Sénat, 04/11/2020)
  • Bruno Le Maire (LCI, décembre 2020)
Intervenants
  • conseillère économique, fondatrice de la société Global Sovereign Advisory
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