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Illustration 3D d'un environnement dystopique urbain

Littérature jeunesse, le rêve ou la conscience ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Comment parler du monde de demain à nos enfants et à nos adolescents? A l'occasion de l'ouverture du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, Jérôme Leroy et Vincent Villeminot nous parlent des dystopies pour la jeunesse.

Illustration 3D d'un environnement dystopique urbain
Illustration 3D d'un environnement dystopique urbain Crédits : Westend61 - Getty

Les jeunes ont-ils encore besoin qu’on leur raconte l’effondrement ? Les fictions dystopiques doivent-elles être uniquement politiques, ou permettent-elles encore de rêver à d’autres mondes ? A l'occasion de l'ouverture du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil (en Seine-Saint-Denis, du 27 novembre au lundi 2 décembre), dont la thématique cette année est "L'éloge de la lenteur", rendez-vous avec deux auteurs qui se sont penchés sur les manières de raconter l’effondrement aux jeunes lecteurs.

Je distinguerais la littérature pour enfants, qui a pour fonction d’enchanter le monde, et la littérature pour adolescents, qui aurait pour fonction, non de désenchanter, mais de désillusionner, d'aller vers un regard le plus juste possible.  
(Vincent Villeminot)

Deux auteurs multiface, du polar au roman d’anticipation, en passant par la poésie et le roman jeunesse. Jérôme Leroy, qui compte parmi les pépites sélectionnées cette année pour le Salon, publie Lou après tout : La Communauté (Syros, 2019), deuxième tome d’une saga dystopique autour de Lou, une adolescente qui survit après la Grand Effondrement, parmi des zombies d’un genre nouveau et des humains malintentionnés. 

Vincent Villeminot, auteur notamment de la série chorale U4 (Stéphane) publiée chez Nathan, a aussi fait paraître Nous sommes l'étincelle (Pocket Jeunesse, 2019), un roman puzzle contemplatif qui alterne entre 2025, où de jeunes adultes décident de partir s’installer dans la forêt pour vivre selon des modes de vie alternatifs et contre un ordre liberticide, et 2061, où l’action est centrée sur l’enlèvement de trois enfants par des braconniers, une fratrie qui vit et survit dans la forêt, et dont on comprend qu’ils sont le résultat plus ou moins direct du choix de ces communautés passées de vivre en autarcie.

Ce qui m’intéresse avec cette belle idée romantique de révolution, c'est ce qu'il en reste après. [...] Est-ce qu'elle valait le coup, malgré les morts et les blessures? Il fallait donc que je confronte mes personnages au temps long.
(Vincent Villeminot)

Deux fictions très réalistes du fait qu’elles fassent souvent directement référence à notre époque, se référant aux abus de la médecine et de la technologie, aux abus du pouvoir au nom de la sécurité d’Etat, à l’addiction aux smartphones et autres maux contemporains. Ainsi le réel serait-il, peut-être, plus riche de matière que la fiction pour écrire l’apocalypse.  

La littérature pour adolescents est souvent une littérature de l’inquiétude.  
(Jérôme Leroy)

En outre, les jeunes générations seraient très conscientes, plus encore que leurs aînés, de l’imminence de la catastrophe, d’où la nécessité aujourd’hui d’écrire sur cette thématique. Outre les succès éditoriaux engendrés par des séries comme Hunger Games, U4 ou encore Divergente au cours de cette dernière décennie, la fiction climatique ("climate-fiction") répond aux angoisses de notre temps et aux questionnements des jeunes générations qui, à travers ces héros de leur âge plongés dans des mondes hostiles, trouvent des figures d’identification et d’initiation.

Ce monde qui est neuf pour eux est neuf pour nous aussi. Je suis peut-être plus proche de l’adolescent aujourd’hui que de l’adolescent que j’étais.  
(Vincent Villeminot)

Enfin, en dépit de l'angoisse qui transparaît dans ces récits, une lueur d'espoir demeure : dans la jeunesse combative, dans ce qu'il reste de beauté et de poésie à sauver, - bien souvent, d'ailleurs, par le biais de la littérature sauvegardée par les survivants, autour d'un feu, à l'abri d'une maison abandonnée ou au sommet d'un arbre. Autant de moments de douceur que nos deux auteurs, par leur écriture souvent poétique et évocative, nous font ressentir.

Le couple improbable que je mets en scène […] a en partage la poésie : elle s’appelle Lou en hommage à Apollinaire, lui s’appelle Guillaume, et, dans leur maigre bagage de survivants, il y a les poésies complètes d’Apollinaire en Pléiade et l’Odyssée.  
(Jérôme Leroy)

A nouveau, tout redevient précieux : un livre, un repas, une baignade...  
(Jérôme Leroy)

Extraits sonores : 

  • Thierry Magnier (France Culture, "Être et savoir" par Louise Tourret, 22.09.1019)
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