LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Affrontement entre des manifestants et des CRS

Maintien de l'ordre : une image à pacifier ?

32 min
À retrouver dans l'émission

La Grande Table reçoit le sociologue Fabien Jobarb à l'occasion de son essai "Politiques du désordre : la police des manifestations en France" (Seuil). Comment expliquer historiquement la brutalisation de la confrontation entre la police et les militants en manifestation ?

Affrontement entre des manifestants et des CRS
Affrontement entre des manifestants et des CRS Crédits : Pascal GUYOT - AFP

L'essai du sociologue Fabien Jobard, co-signé avec Olivier Fillieule, s’ouvre sur l’exemple de la manifestation anniversaire du mouvement des Gilets Jaunes du 16 novembre 2019 à Paris. Charges, gaz lacrymogène, grenades, un bilan de 140 personnes prises en charge par les secours, 29 traumatismes à la tête, et 13 évacuations vers les Urgences : ce bilan et le service d’ordre alors mis en place par la Préfecture de police auraient interloqué les fonctionnaires de police dans les années 1990. Selon les deux analystes, l'objectif est alors de punir les participants à la manifestation plutôt que de « maintenir l’ordre ». Cet exemple est le point de départ de la réflexion visant à comprendre comment le pays qui a inventé le maintien de l’ordre a pu devenir le symbole d’une gestion autoritaire des manifestations.

[Dans cette journée du 1er décembre 2018], je ne perçois pas la guerre, car l’arme à feu n’est jamais employée. Ce qui caractérise cette troisième manifestation des Gilets Jaunes, c’est que cet événement nous replonge un siècle en arrière, au moment où les syndicats ne disposaient pas de service d’ordre, où les manifestations n’étaient pas négociées avec la préfecture, où manifester était une initiative laissée au désordre individuel sans organisation. Cette journée représente une forme paroxystique de ce qu’est la manifestation dans un pays dans lequel le salariat a décru, les organisations syndicales n’ont plus la même importance, bref, dans un contexte néo-libéral. (Fabien Jobard)

Les gouvernements successifs se sont peu à peu convaincus de l’idée selon laquelle l’ère des grandes manifestations appartenait au passé. (…) Lorsque le mouvement social revient sous ses formes classiques, les forces de police n’ont plus du tout les effectifs qui leur permettaient de gérer ces événements-là. (Fabien Jobard)

Plusieurs évolutions récentes ont conduit à transformer le rapport entretenu par la police et par les manifestants à l'image, à la "manifestation de papier", pour reprendre un terme de Patrick Champagne. En premier lieu, la place prise par les réseaux sociaux dans le lancement et l’entretien de mouvements sociaux. Cela va de pair avec l'arrivée du smartphone, révolution qui démocratise les moyens de production et de diffusion de l'information. C'est notamment pour contrer les images officielles et le rôle grandissant des chaînes d’information en continu et leurs images choc que se développent des formes de journalisme parallèles. Cela est aussi à replacer dans le contexte de l’écart grandissant entre les journalistes et les mouvements sociaux, écart qui s'explique par une concentration des journaux dans les mains de quelques hommes d’affaires et l'indexation des logiques éditoriales sur des logiques commerciales, ainsi que par une précarisation du métier de journaliste.

Tout cela explique que manifestants et polices s'attaquent désormais sur le champ de l'image. Par exemple, depuis décembre 2018, la préfecture communique en adoptant le style des médias militants sous l’égide d’un responsable communication digitale recruté en avril 2020, responsable notamment d’un compte Instagram. C'est pourquoi le projet de loi LREM visant à limiter le droit à filmer des images pendant les manifestations pose particulièrement question, tant l'image est devenue centrale dans la manifestation. Un projet déjà très contesté, notamment dans cette tribune "Police partout, images nulle part", signée entre autre part David Dufresne (réalisateur du documentaire "Un pays qui se tient sage").

Déjà dans les années 1990, les policiers avaient peur de perdre la bataille de l’image. (…) Cette préoccupation s’est durcie. On aurait pu s’attendre à ce que la démocratisation de l’image contribue à la pacification du maintien de l’ordre. Cela n’a pas été le cas. (…) L’instrumentation de cette loi dans le cadre de transactions incessantes entre le pouvoir politique et les syndicats de police ronge nos libertés publiques. (Fabien Jobard)

Fabien Jobard sera, avec David Dufresne et Olivier Fillieule, l'invité de l'émission "La Suite dans les idées" de Sylvain Bourmeau ce samedi à 12h45 !

Extrait sonore :

  • Module composé du discours prononcé par E. Macron suite aux manifestations du 1er décembre 2018 à Paris  ;  du témoignage d’Abdel, Gilet Jaune, sur RMC, le 2 décembre 2018 au micro de Jean-Jacques Bourdin ; du témoignage anonyme sur France Info d’un CRS présent sur les lieux.
Chroniques
13H20
5 min
Le Rendez-vous de la médiatrice
Les questions des auditeurs : La messe, l’élection américaine…
Intervenants
  • Sociologue, directeur de recherche au CNRS, travaille au CESDIP, Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......