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Cochon en céramique

Mécénat, philanthropie : la dépendance de l’art ?

32 min
À retrouver dans l'émission

Comment les donateurs américains ont-ils investi les institutions culturelles françaises? On en parle avec Anne Monier, docteure en sciences sociales et auteure de "Nos chers "Amis américains"" (PUF, septembre 2019).

Cochon en céramique
Cochon en céramique Crédits : SOPA Images / Contributeur - Getty

Anne Monier publie le texte Nos chers "Amis américains" – une enquête sur la philanthropie transnationale issue de sa thèse et parue aux Puf. Il s’agit d’une étude des acteurs américains et français participant aux levées de fonds dont bénéficient les institutions culturelles françaises. L’auteure étudie comment ces échanges tendent à modifier le monde culturel et, de surcroît, la structure étatique par une redéfinition de la frontière entre le public et privé.

La contrepartie est quelque chose de très complexe : ce qui intéresse les Américains, c'est aussi de participer au prestige qui caractérise la culture française. Il s'agit d'obtenir, en échange d'un capital économique, un capital symbolique. La dépendance vis à vis du mécénat est de plus en plus importante et le risque, c'est que les institutions culturelles soient obligées de se plier aux exigences des donateurs.           
(Anne Monier)

Anne Monier explique que la philanthropie transnationale est un domaine peu étudié par les sciences sociales qui induit pourtant de nouveaux modes de circulation et qui participe d’un phénomène de globalisation. Les associations d’American Friends sont rattachées au droit américain mais aussi à des institutions culturelles françaises. Elles opèrent donc dans un cadre de double dépendance.

Ces associations sont composées d’élites américaines relativement traditionnelles et dotées d’un grand capital économique et culturel, souvent caractérisées par leur francophilie et par un fort entre-soi. Cette philanthropie américaine s’est internationalisée dès la Première Guerre mondiale, et plus particulièrement à partir des années 1960. Selon le site GuideStar, il existerait aujourd’hui entre 1000 et 2500 associations d’American Friends.

La thèse principale de mon livre est cette idée qu'entre les donateurs américain et les institutions françaises, il y a ces intermédiaires qui vont faire un travail diplomatiques entre les mondes économiques et culturels.            
(Anne Monier)

Cette étude croise la sociologie des intermédiaires et celle de la diplomatie en questionnant les usages privés qui sont faits de pratiques diplomatiques. On observe une division hiérarchisée et sexuée du travail pour effecteur ce qu’ils nomment le "sale boulot". L’image des dîners fastueux qui coïncide avec l’idée de philanthropie ne recouvre que la part visible de la réalité profondément inégalitaire d’un système complexe. Ainsi, les professions intermédiaires sont celles qui, dans l’ombre, exécutent les tâches les plus pénibles.

Lever des fonds aux Etats-Unis, c'est énormément de travail. Il y a, au sein de ces associations, une grande hiérarchisation entre ceux qui font le "sale boulot" et ceux qui sont dans un travail plus tactique, plus glamour.            
(Anne Monier)

Ces actions philanthropiques soulèvent des fonds particulièrement importants (1 milliard sur trente ans pour le Louvre Abu Dhabi) qui deviennent une nécessité pour de nombreuses structures, si bien que l’Opéra de Paris a pour projet de créer des Chinese et Australian Friends tandis que le Châtelet et le Centre Pompidou développent en ce moment les Japanese Friends

Il y a un véritable commerce, une marchandisation des décorations, des honneurs, auprès des donateurs. Cette originalité française semble fasciner les élites américaines.

Il y a des contreparties informelles. Il vont avoir droit à des événements prestigieux. Les élites françaises sont réputées difficiles d'accès, mais l'Etat encourage ces actions symboliques par des actions logistiques et des actions de légitimation de ces mécènes, par des décorations ou l'ouverture de lieux prestigieux.  La question qui se pose actuellement, c'est celle de la nature du contre-don. Ce contre-don qui était autrefois purement symbolique est aujourd'hui beaucoup plus politique. Les donateurs exigent plus de pouvoirs et, le risque, c'est qu'ils soient de plus en plus interventionnistes. Il y a une ligne rouge à tracer.           
(Anne Monier)

Extraits sonores: 

  • Extrait d’une vidéo promotionnelle : "Château de Versailles : Entrez dans l'Histoire en devenant mécène."
  • Antoine Arnault, administrateur de LVMH, a indiqué  que le groupe fera don de 200 millions d'euros pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. (BFMTV, 16/04/2019)
Chroniques
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6 min
Le Rendez-vous de la médiatrice
Pluralisme sur France Culture
Intervenants
  • Docteure en sciences sociales, spécialiste de la philanthropie, de la sociologie du transnational, des politiques culturelles. Membre de la Chaire Philanthropie de l'ESSEC.
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