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"Le concept d'une pandémie mondiale"
Épisode 3 :

Le documentaire entre-t-il dans une nouvelle ère ?

33 min
À retrouver dans l'émission

Contenu créatif ou informatif, formes participatives.... Depuis peu, on voit apparaître de nouvelles initiatives pour raconter le réel. A l'exemple de "Il est temps", initiative transmédia lancée par Arte France. On en parle avec le documentariste Christophe Nick et la productrice Margaux Missika.

Des étudiants de la New York City High School quittent leur classe pour protester contre le changement climatique et l'inaction gouvernementale le 15 mars 2019 à Colmbus Circle, New York (Etats-Unis)
Des étudiants de la New York City High School quittent leur classe pour protester contre le changement climatique et l'inaction gouvernementale le 15 mars 2019 à Colmbus Circle, New York (Etats-Unis) Crédits : Andrew Lichtenstein / Contributeur - Getty

Comment le documentaire capte-t-il les bouleversements du monde actuel ? Quels changements ces derniers impliquent-ils pour le genre documentaire lui-même, dans sa forme et ses contenus ? 

Il y a un mouvement sociologique très profond, qui est assez rare dans l'Histoire - il se produit quelques fois au cours des siècles - et qui replace l'urgence documentaire, l'urgence d'une époque, l'urgence du temps réel et du récit sur ce qui se passe, d'une autre manière.        
(Christophe Nick)

On en parle avec Christophe Nick, journaliste et réalisateur de documentaires pour la télévision, cofondateur, avec Pierre Péan, de Yami 2, une société de production audiovisuelle française indépendante. Notre deuxième invitée est Margaux Missika, productrice chez Upian, une société spécialisée dans la production de contenus en ligne, et notamment de webdocumentaires. 

Christophe Nick a lui-même réalisé et produit des documentaires mêlant les disciplines, dans le but d'aider le spectateur à comprendre les mécanismes de pouvoir qui régissent nos sociétés : ainsi, avec TF1, Un Pouvoir (1997) - une enquête-fleuve menée avec Pierre Péan -, il montre à quel point les chaînes de télévision apportent un pouvoir absolu à qui les détient (Bouygues, en l'occurrence). Yami 2 constitue une sorte de laboratoire qui a notamment su allier savoir-faire journalistique et recherches universitaires, entre histoire (Résistance, 2008), psychologie sociale (Le Jeu de la mort, 2010) ou sociologie (Au bonheur des riches, 2013). 

Chaque sujet, chaque thématique, chaque approche nécessite d'inventer une écriture : dans le format documentaire, on est sur des récits avec une limite de temps et qui s'adressent au plus grand nombre. Raconter l'histoire du trafic de drogue ne nécessite pas les mêmes outils qu'enquêter sur un phénomène de psychologie sociale.        
(Christophe Nick)

Son travail sur l'enjeu documentaire s'oppose à l'offre commerciale télévisée, notamment la télé-réalité  - dont il critique la manipulation à travers le documentaire Le Jeu de la Mort, avec Thomas Bornot, Gilles Amado et Alain Michel Blanc. C'est cette perspective qui place Christophe Nick en bonne position pour être acteur au sein de l'opération spéciale « Il est temps », lancée par Arte France en partenariat avec Arte Deutschland, Arte GEIE, NHK World, Upian, YAMI 2, On est prêt et Basis Berlin.

L'idée de départ était d'examiner les zones de fracture de la société française, et d'utiliser le documentaire et le web sous la forme d'un questionnaire pour que les documentaires fassent le portrait d'une situation et que, sur le web, les gens fassent eux-même l'autoportrait de ce qu'ils sentaient.        
(Christophe Nick)

Un projet de portée internationale qui s’ouvre par une enquête participative en ligne, élaborée par un collectif de sociologues, anonyme et ouverte à tous. Elle se poursuivra pendant six mois avant de se conclure en novembre par une programmation sur Arte et sur d’autres chaînes à l'étranger.

Notre objectif dans ce projet est d'essayer d'évaluer ce que les gens veulent, font, pensent, de quoi ils rêvent, de quoi ils ont peur, pour contribuer au débat public autour de ce monde d'après, sans forcément apporter directement de solution ou d'idées très arrêtées, mais d'agrémenter le plus de gens possibles pour avoir les points de vue les plus divers.        
(Margaux Missika)

« Il est temps » cherche à mesurer « le pouls de l’ensemble de la société sur les enjeux climatiques, démocratiques et sociaux et proposer à la nouvelle génération d’ébaucher son autoportrait ». Constituée de 133 questions, l'enquête a été mise en ligne le 27 mai en Europe et en Asie et est accessible en 8 langues. Elle pose des questions telles que "Doit-on arrêter de manger des animaux ?” ; “Faut-il une dictature verte ?” “L’épidémie de coronavirus a-t-elle apporté plus de divisions ou plus de solidarité ?”

On voit un réveil très profond des sociétés civiles dirigées par la jeunesse, par sa colère (…), mais avec une dimension inédite et morbide: on ne se bat plus pour conquérir quelque chose, mais parce qu'on fait face à une menace de fin du monde.        
(Christophe Nick)

En outre, les sociologues accorderont une place importante aux réponses des 16-34 ans, afin de proposer une « photographie de la jeunesse internationale et de son inclinaison au changement ». Or pour Christophe Nick se joue actuellement un renversement de l’échelle de transmission traditionnelle des valeurs qui rappelle ce qui s’est produit dans les années 1960. En effet, c'est désormais la jeune génération qui partage ses préoccupations auprès du reste de la société, le tout dans un mouvement ascendant - marches pour le climat et phénomène Greta Thunberg à l'appui. Les manifestations en réaction à la mort de George Floyd semblent révéler une étape supplémentaire dans cette irruption de la jeunesse sur la scène politique. 

Il y a plusieurs jeunesses, et notamment une jeunesse très mondialisée, très insérée dans ce monde qui deviendra le monde d'avant ou qui restera le monde d'après, et une jeunesse à côté, qui n'a pas forcément bénéficié de tout ce que la mondialisation avait à offrir : vols low cost, accès à la technologie...        
(Margaux Missika)

Le société Upian avait déjà participé au projet "Génération Quoi", une grande enquête auprès des 19-34 ans au succès remarqué et qui, en mettant l'accent sur l'interaction avec les enquêtés, ouvrait la voie à de nouvelles formes. Pour le projet "Il est temps", Upian participe à l'éditorial en co-produisant les contenus proposés en ligne.

Extraits sonores : 

  • Bande annonce de "Il est temps"
  • Cyril Dion à propos des récits de notre société (France Inter, au micro de Nicolas Demorand le 21 mai 2018)
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