LE DIRECT
Des gilets jaunes à Longeville-lès-Saint-Avold le 15 décembre 2018

Pour une psychanalyse politique

34 min
À retrouver dans l'émission

Une lecture psychanalytique du mouvement des Gilets Jaunes est-elle possible ? Gérard Pommier y répond dans son essai "Occupons le Rond-point Marx et Freud" (Editions le Retrait, novembre 2019).

Des gilets jaunes à Longeville-lès-Saint-Avold le 15 décembre 2018
Des gilets jaunes à Longeville-lès-Saint-Avold le 15 décembre 2018 Crédits : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP - AFP

Les Gilets jaunes, les ronds-points et la parole, autour d’une lecture psychanalytique... C’est la démarche de notre invité : Gérard Pommier, psychanalyste et ancien médecin chef adjoint à Etampes. 

Avec Occupons le rond-point. Marx et Freud (Le Retrait, 2019), il propose une lecture psychanalytique du mouvement des Gilets jaunes qu’il replace dans la contestation française des deux derniers siècles. En reliant le pouvoir à sa nature fondamentalement incestueuse, il atteste la nouveauté absolue de cette prise de parole des sans-voix. 

Nous sommes des millions de rêveurs à rêver d'un monde où la parole serait possible et c'est justement dans l'impossibilité de la parole que s'est déclenché ce mouvement.      
(Gérard Pommier)

Rappelant que la parole est le premier bien communautaire, il rapproche les lectures freudienne et marxiste, pointant ce qui avait échappé à l’auteur du Manifeste, à savoir : la superstructure qui manquait à sa lecture du capitalisme, la dimension sexuelle de l’exploitation.

Le peuple est affectivement divisé, il garde dans son idée du pouvoir celle de sa première enfance, c'est-à-dire l amour du père et la nécessité en quelque sorte de grandir avec lui mais contre lui qui se reproduit plus tard au niveau de la société toute entière.    
(Gérard Pommier)

En outre, alors que, de toutes parts, la psychanalyse est attaquée au motif qu’elle est dépourvue de scientificité, Gérard Pommier exhorte le psychanalyste à prendre acte des changements de notre société (notamment avec la contestation #MeToo) pour entrer dans la sphère du politique, comme l’exigeait Jacques Lacan. 

Tout ce qui est individuel est repris au niveau du social. Si vous voyez par exemple la question du genre, des minorités sexuelles, évidemment que cela prend racine dans l'enfance, c'est intime. Beaucoup de patients parlent de cela, de la honte qu'ils ont. [...] Pour libérer l'intime, il y a nécessité d'une action politique.  
(Gérard Pommier)

Sans cela, écrit-il, la psychanalyse en est réduite à n’être qu’un suppôt de l’idéologie dominante. Le divan est par essence le lieu d’une contestation, d’une prise de parole et d’une interprétation qui associe au désir présent son fondement infantile. Ainsi l’essayiste met-il à jour le fétiche du capitaliste, la "livre de chair", qu’il arrache au laborieux pour sa jouissance.

Extraits sonores : 

  • Jacques Lacan, "la psychanalyse a fait considérer comme des faits ce qui était auparavant jugé insignifiant" ("A l'écoute de Jacques Lacan,", 1966)
  • Dionys Mascolo ("Creation on air", 19/05/2016)
Intervenants
  • psychiatre, psychanalyste, directeur de recherche à Paris-VII
À venir dans ... secondes ...par......