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Daniel Cueff, maire de Langouët, au tribunal administratif de Rennes le 22 août 2019

Pouvons-nous nous passer de pesticides ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Quels enjeux et quelles urgences derrière le combat contre les pesticides? Fabrice Nicolino, journaliste et président du mouvement "Nous voulons des coquelicots", nous en parle aux côtés de Stéphane Foucart, journaliste au Monde.

Daniel Cueff, maire de Langouët, au tribunal administratif de Rennes le 22 août 2019
Daniel Cueff, maire de Langouët, au tribunal administratif de Rennes le 22 août 2019 Crédits : Sebastien SALOM-GOMIS / AFP - AFP

Ils nous rappellent que le combat contre les pesticides se gagnera à force d'union... Les "maires courage", comme les appellent leurs défenseurs, se veulent les représentants d'une population qui semble prendre conscience de l'urgence écologique. Aujourd’hui, ils sont une trentaine d'élus à avoir intégré le mouvement lancé par Daniel Cueff, maire de Langouët, qui, le 18 mai 2019, signait un arrêté interdisant l'utilisation de substances chimiques "à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d'habitation ou professionnel", arrêté suspendu le 7 août par le tribunal administratif de Rennes au motif qu'un maire n'est pas compétent pour prendre des décisions sur l'utilisation des pesticides. 

Pour soutenir ces maires accusés de contrevenir à la loi, un collectif composé notamment de Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique et solidaire, a signé une tribune qui demande à l'Etat de renoncer à les poursuivre. Une initiative qui rejoint la lettre aux maires publiée dans Libération appelant à se rassembler devant les mairies contre les pesticides de synthèse, le vendredi 6 septembre, à l’appel du mouvement «Nous voulons des coquelicots».

Initiateur de ce mouvement lancé en septembre 2018, Fabrice Nicolino est notre invité aujourd’hui. Survivant de la tuerie de Charlie Hebdo (2015), il a publié un manifeste contre les pesticides (Nous voulons des coquelicots, LLL, 2018) aux côtés de François Veillerette, directeur de l'ONG Générations futures, et poussé Charlie Hebdo à publier un numéro spécial contre les pesticides. Son combat porte aujourd'hui sur les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), des fongicides que personne ne connaît, mais qui, dit-il, sont pourtant épandus partout en France. Ils sont au coeur de son nouvel ouvrage, Le crime est presque parfait. L'enquête choc sur les pesticides et les SDHI (LLL, 2019).

Ce n’est pas qu'une question juridique c’est une question civique. Si un maire n’a pas les moyens de protéger ses administrés, alors qu’il change de métier. On est passé à une autre situation : ce ne sont plus seulement des maires de petits bourgs ruraux, mais aussi des maires de banlieues, qui suivent le mouvement. Ce n’est pas seulement l’affaire des gens qui vivent à la  campagne. Le problème est national, la France entière est empoisonnée par les pesticides.      
(Fabrice Nicolino)

A ses côtés, le journaliste au Monde Stéphane Foucart, lauréat 2018, avec Stéphane Horel, de l’European Press Prize, catégorie «investigation». Il a récemment publié Et le monde devint silencieux. Comment l'agrochimie a détruit les insectes (Seuil/Le Monde, 2019), qui prolonge les enquêtes publiées par le Monde sur l’impact des insecticides néonicotinoïdes sur les insectes non cibles, dont les abeilles. 

S'il déplore les stratégies de l'industrie agrochimique pour faire accepter ces pesticides, des stratégies semblables à celles adoptées par les cigarettiers pour financer la recherche et influencer le grand public, il montre aussi qu'un groupe de résistants, « la confrérie des insectes », 70 scientifiques de diverses nationalités, travaillent sur leur temps personnel et avec leurs propres moyens à développer une recherche indépendante. 

En dépit de cette prise de conscience générale que semblent cristalliser les mouvements et des initiatives citoyens en faveur de l'environnement, l'étude inédite publiée le 3 septembre 2019 par Santé publique France, la première dans son genre, et ses résultats alarmants - on trouverait des polluants « du quotidien » dans l’organisme de tous les Français- montre qu'il est urgent d'agir. 

En outre, la consultation publique lancée par le gouvernement le 9 septembre 2019 pour déterminer un nouveau dispositif d’encadrement de l’utilisation des produits phytosanitaires à proximité des habitations, si elle est vue comme un premier pas par certains, est aussi décourageante pour d'autres, la distance minimum prescrite allant de cinq à dix mètres pour les produits les plus dangereux.

Extraits sonores :

  • Emmanuel Macron répond à Daniel Cueff (Konbini, 23/08/2019)
  • Boris Jollivet dans "Quand nos animaux disparaissent" ("Envoyé spécial", 03/05/2019)
  • Bernard Ronot (Ministère de la Transition écologique et Solidaire  le 18 août 2011)
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