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"Des hommes" (Jean-Robert Viallet, Alice Odiot, 2019, Rezo Films)

Que reste-t-il de l’humanité en prison ?

34 min
À retrouver dans l'émission

La recherche d’humanité derrière les murs, derrière les barreaux, derrière les cicatrices visibles et invisibles, c’est ce que montrent les réalisateurs Alice Odiot et Jean-Robert Viallet, nos invités, dans leur documentaire "Des hommes" (au cinéma le 19 février 2020, Rezo Films).

"Des hommes" (Jean-Robert Viallet, Alice Odiot, 2019, Rezo Films)
"Des hommes" (Jean-Robert Viallet, Alice Odiot, 2019, Rezo Films) Crédits : Copyright Unité de production

Des hommes est davantage film que documentaire. Pas de voix off des réalisateurs pour guider nos pensées et nos émotions. Ceux qui parlent, ce sont les habitants d'une prison : les détenus, mais aussi le personnel pénitencier. Car, ce qui nous est montré, c’est la vie en général dans un lieu où les hommes sont privés de leur liberté, avec tout ce que cela entraîne comme horreurs, violences, mais aussi comme chaleur et humanité. Cette oeuvre est un miroir, un témoignage, un fragment d'une réalité invisible et trop souvent livrée aux fantasmes.  

C'est la misère sociale et la folie qui mènent les gens en prison.
(Jean-Robert Viallet)

Et quel lieu est-il plus emblématique pour montrer la violence de l’institution carcérale que les Baumettes, la célèbre prison marseillaise ouverte à la fin des années 1930? Les Baumettes symbolise parfaitement le délabrement du parc pénitencier français, l’impuissance du personnel et le désespoir des détenus. A tel point qu’en 2012, le contrôleur général des lieux de privation de liberté a qualifié les conditions de détention de la prison "d’inhumaines". A l'époque, il y avait 1769 personnes incarcérées pour 1190 places. 

C'est d'abord une prison qui est très présente à Marseille. C’est troublant de s'apercevoir que des écoliers marseillais ont déjà vu leur mère préparer leur cabas pour aller au parloir. (...) Y entrer était comme une évidence.
(Alice Odiot)

Aux Baumettes, les murs lépreux, les sols crasseux, l’effritement général, semblent être une parfaite métaphore des échecs de la politique carcérale française qui n'est pas parvenue à appréhender correctement les questions de détention, de réinsertion et de récidive. On comprend, en voyant ces détenus enfermés à plusieurs 22h30 par jour dans des cellules de 9 m2, à quel point la prison est un engrenage, et que ceux qui y entrent ont peu de chances de sortir de ce cercle vicieux. La prison les précarise, les isole, les confine davantage dans la violence; elle ne fait qu'accentuer la déviance sociale et mentale qu'exacerbent les pulsions morbides. 

La prison pousse encore plus à la délinquance. Dans le film, on a un jeune enfermé pour défaut de permis pour 6 mois. Il se retrouve dans une histoire de paquet de cigarettes non payée qui débouche sur une bagarre avec un autre détenu et qui termine avec le décès de l'un d'entre eux. (...) La prison telle quelle ne résout pas les problèmes de ces gens-là.
(Jean-Robert Viallet) 

Le climat sécuritaire empêche toute remise en question de ce que doit être une peine privative de liberté. On n'a jamais eu autant de détenus depuis le XIXème siècle et, depuis quatre ans, on enferme à tour de bras.
(Alice Odiot)

Ce documentaire puissant qui refuse le sensationnalisme montre l’insalubrité des prisons, la violence, le manque de moyens, d’infrastructures, la situation complexe des gardiens, la détresse des hommes en prison, le manque de prise en charge des détenus, l’ennui, la solitude. Il ne dresse pas la sociologie neutre et exacte d'une prison, mais propose au spectateur une plongée dans la réalité d'un lieu et d'un système. 

Alice Odiot et Jean-Robert Viallet,qui ont passés 25 jours en immersion aux Baumettes, expliquent d'ailleurs qu'ils ont joui d'une grande liberté pour filmer les lieux, que tout le monde a joué le jeu de la caméra. Preuve, selon eux, de la détresse commune qui hante cette prison.

Je crois aussi qu'il y a une volonté de la part de l'institution pénitentiaire de voir ce qu'il se passe à l'intérieur. (...) On nous ouvre les portes en 2015, dans un chaos absolu, (...) et la directrice nous dit qu'elle veut montrer ce dans quoi on enferme les hommes, et ce qu'elle a à gérer, elle.
(Alice Odiot)

Extraits sonores: 

  • Bande annonce Des Hommes (Rezo Films, 2020)
  • Extrait du documentaire Des Hommes (Rezo Films, 2020)
  • Extrait du film Un prophète de Jacques Audiard (2010)
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