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Alfred North Whitehead (1861-1947)

Quelle philosophie pour faire sens commun ?

33 min
À retrouver dans l'émission

Comment la science en est-elle venue à être l'unique autorité sur bien des questions dont nous sommes seulement spectateurs ? Isabelle Stengers, philosophe y répond dans"Réactiver le sens commun" (La Découverte, coll. «Les Empêcheurs de penser en rond », janvier 2020).

Alfred North Whitehead (1861-1947)
Alfred North Whitehead (1861-1947) Crédits : Hulton Deutsch / Contributeur - Getty

Dans Réactiver le sens commun. Lecture de Whitehead en temps de débâcle (La Découverte, 2020), la philosopheIsabelle Stengers problématise ce qu’elle nomme « défaite du sens commun » au sens d’une dissolution de notre capacité d’objecter. Face au « public » qui contemple en spectateur, les « experts » sont placés dans le rôle de « ceux qui savent » et, de ce fait, sont les seuls aptes à prendre des décisions. Il s’agit ici de « faire sens en commun » de nouveau. 

Avec le philosophe et mathématicien Whitehead, la philosophe rappelle la nécessité impérieuse de maintenir la vigilance envers nos modes d’abstraction, qui donnent aux sciences la valeur d’autorités. Elle incite à garder toujours en tête la relativité de chaque science, et à chercher la possibilité d’une transversalité entre elles. 

Pour moi le sens commun n'est pas une espèce d'attribut humain. Le sens commun est quelque chose qui existe dans des collectifs, dans les milieux, et qui est varié, c'est-à-dire cette capacité aussi de se mettre à la place de l'autre, de comprendre pourquoi il voit les choses autrement. [...] Whitehead voulait souder le sens commun et l imagination.      
(Isabelle Stengers)

Il s’agit d’autre part de souligner la nouveauté de certaines formes d’activismes, qui donnent lieu à ce qu’elle nomme des « dispositifs génératifs » : un art de la parole et de la convention qui donne naissance à une relation, une sensibilité d’un nouveau type. Contre « la Science » qui dissocie la nature objective et celle que nous percevons, il incombe de situer l’homme comme partie de la nature, et non uniquement situé dans celle-ci. La biologie qui étudie les individus isolément se fourvoie en ce qu’aujourd’hui, on ne pense plus une sélection de lignées en compétition les unes avec les autres, mais la perpétuation de liens et d’interdépendances entre les vivants. 

Dans "responsabilité", il faut entendre "abilité" [...] ça veut dire être capable de penser devant les conséquences. Les Iroquois pensaient, dit-on, ce qu'ils avaient à prévoir pour six générations. Or, ce que la modernité nous a dit, c'est que le progrès prenait en charge les conséquences.      
(Isabelle Stengers)

La pensée d'Isabelle Stengers et sa relecture au présent de Whitehead se révèlent particulièrement fécondes face à la débâcle de notre civilisation, et prennent pour point de départ la « triple » catastrophe écologique telle que pensée par Guattari. Autre figure tutélaire avec laquelle Stengers a beaucoup travaillé : Donna Haraway, autrice notamment du Manifeste des espèces compagnes et présente dans l’ouvrage (entre autres) dans l’exemple de la course d’agilité avec sa chienne, interprétée comme une « chorégraphie ontologique ».

Extraits sonores :

  • Témoignage d'un habitant de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes
  • Bruno Latour invité de Noël Mamère dans "Le Media" (30/01/2018)
Intervenants
  • philosophe spécialiste de philosophie des sciences, enseignante à l'Université libre de Bruxelles

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