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 Donald Trump, président des Etats-Unis, lors du sommet du G20 (Osaka, 28 et 29 juin 2019)

Qui veut encore diriger le monde ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Qui sont les nouveaux gendarmes du monde ? Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales, nous en parle dans son dernier essai, "L'hégémonie contestée : les nouvelles formes de domination internationale" (Odile Jacob, octobre 2019).

 Donald Trump, président des Etats-Unis, lors du sommet du G20 (Osaka, 28 et 29 juin 2019)
Donald Trump, président des Etats-Unis, lors du sommet du G20 (Osaka, 28 et 29 juin 2019) Crédits : Chip Somodevilla / Employé - Getty

Si les Etats-Unis ont su imposer leur hégémonie pendant toute la seconde moitié du XXème siècle, le monde aujourd’hui n’aurait plus de centre. C’est la thèse que présente Bertrand Badie, professeur des universités à Sciences Po Paris, spécialiste des relations internationales, auteur notamment de L'hégémonie contestée : les nouvelles formes de domination internationale (Odile Jacob, octobre 2019). 

Cet été déjà a paru L’état du monde annuel des relations internationales, collection qu’il co-dirige avec Dominique Vidal, et où les auteurs questionnent "La fin du leadership américain ?". Il poursuit aujourd'hui cette réflexion en se penchant à nouveau sur le grand désordre mondial et sur les nouvelles formes de domination internationale. Si l’Amérique de Trump se replie sur elle-même et priorise désormais ses propres intérêts, qui va diriger le monde ? La Chine ? La Russie ? 

Au centre de la mondialisation, il y a désormais l’inclusion de toutes les parties du monde, ce qui rend très difficile l’hégémonie. Il y a aussi l’interdépendance : le fort dépend du faible et le faible dépend du fort.          
(Bertrand Badie)

Ainsi, dit-il, "la puissance [américaine] est devenue impuissante" : trente ans après la guerre-froide, avec la fin d’une époque, vient la fin d’une hégémonie ; les Etats-Unis ne dominent plus les affaires mondiales. 

En outre, ceux qui se voulaient les gendarmes du monde n’ont pas gagné une guerre menée à leur initiative depuis 1945, du Vietnam à l’Irak. Le président Barack Obama lui-même considérait que le leadership militaire ne se mariait plus avec son époque. Plus encore, les Etats-Unis ont connu une vague successive d’échecs dont les derniers comptent parmi les plus emblématiques : celui du néoconservatisme de George W. Bush, qui croyait que l’Amérique pouvait imposer ses valeurs par la force,  celui du néolibéralisme de Barack Obama, pour qui le multilatéralisme assurerait une place privilégiée aux Etats-Unis, et celui du néonationalisme de Donald Trump, pour qui rejeter la gouvernance mondiale profiterait à « l’America First ».

Il y a quelque chose de suffocant à imaginer que les Etats-Unis, qui ont porté la mondialisation, en sont devenus les premiers contestataires.          
(Bertrand Badie)

Surtout, l’hégémonie aujourd’hui est devenue une "aporie", une question que l'on ne peut résoudre. Dans le monde actuel, ni multipolaire ni multilatéral, apolaire, donc, car sans centre véritable et avec des formes variées de domination (grandes multinationales, formes renouvelées de domination comme la route de la soie de la Chine…), le coût des violences et des guerres pourrait atteindre de telles proportions que les Etats préféreront abdiquer une partie de leur souveraineté et gouverner ensemble.

Les alliances anciennes laissent place à des alliances de circonstances. C’est ce que M. Poutine a très bien compris en s’engageant avec la Turquie et l’Iran, contrairement aux Européens qui ont cru qu’ils pourraient continuer à décider de ce qui se passait au Moyen Orient sans relais dans la région. Résultat, ils n’ont plus même un orteil en Syrie, ils sont hors du jeu.          
(Bertrand Badie)

L’hégémonie n’étant aujourd’hui plus possible, les Etats qui souhaitent dominer la scène internationale pourraient être menés à penser de nouvelles formes de domination.

Extraits sonores : 

  • Le Tiers-monde à Belgrade (1961) (Journal Les Actualités Françaises 06/09/1961)
  • Donald Trump (09/10/2019, Le Point.fr)
  • Recep Tayyip Erdoğan (Guardian News, 10/10/2019)
Intervenants
  • Professeur des universités à Science Po Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)
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