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Allégorie de la justice

Qui veut la mort de l’universel ?

31 min
À retrouver dans l'émission

Chantal Delsol, philosophe et écrivaine questionne dans son dernier essai « Le crépuscule de l’universel » (éditions du Cerf, 2020) l’opposition et la remise en question que subit l’Occident sur le terrain des valeurs et de la modernité.

Allégorie de la justice
Allégorie de la justice Crédits : Getty

Dans Le crépuscule et l’universel Chantal Delsol constate la chose suivante : l’universalisme, et plus généralement les valeurs occidentales comme les droits de l’homme ou l’individualisme se trouvent dans une période de remise en question. L’Occident qui pendant deux siècles a fait rayonner son idéologie sur le monde se trouve aujourd’hui contesté par un bloc de pays étrangers.  

Peut-être avons-nous été trop loin dans l'enthousiasme. (...) On s'était imaginé que la démocratie était" l'horizon indépassable de notre temps" pour paraphraser J. P Sartre, mais on est allé trop loin en considérant qu'il s'agissait d'une utopie universelle.    
(Chantal Delsol)

Chantal Delsol considère que la radicalité de l’individualisme occidental a entraîné des excès comme la destruction des liens sociaux, des racines, l’effacement de l’histoire, des héritages. Face à cet homme sans chaîne mais nu de toute identité, certains pays (Chine, Russie, Europe centrale, pays musulmans) se sont mis à prôner un retour à une vision holiste de la société caractérisée par l’importance du lien entre les groupes sociaux. 

Nous avons institutionnalisé la solitude en partant du principe que chaque individu est une île or c'est complémentent faux. (...) Aucun d'entre nous n'est indépendant, nous dépendons de beaucoup.    
(Chantal Delsol)

On ne peut pas rester longtemps sans religion. Toute société a des besoins religieux, c'est humain. Ce sont les excès qui nous ont fait passer de l’humanisme à l'humanitarisme et c'est ce qui produit des réactions de la part des pays étrangers.    
(Chantal Delsol)

Elle développe son propos en expliquant que l’universalisme occidental est à présent perçu comme une simple idéologie et n’est donc plus accepté comme allant de soi. De plus, beaucoup critiquent le non-respect par l’Occident des spécificités culturelles des autres pays ainsi que sa capacité à penser sa doctrine de manière absolue. Bien que ces critiques existent depuis longtemps, la philosophe explique que le changement actuel repose dans l’importance et la récurrence de cette remise en cause de l’Occident. 

Nous avons rendu notre universalisme presque idéologique.    
(Chantal Delsol)

Tout n'est pas faux dans les critiques de l'Occident.    
(Chantal Delsol)

L’occasion pour la philosophe de revenir sur la division qui règne entre les pays occidentaux, d’interroger la remise en question des dérives occidentales par les pays d’Europe centrale et d’expliquer la manière dont  la Chine propose aujourd’hui une nouvelle définition de la modernité. Une modernité matérielle qui ne nécessite pas l’apparition des libertés individuelles et de la démocratie. 

L’Occident n'est pas unique en son genre, il est d’ores et déjà coupé en deux, il y a l'Occident d'E. Macron et l'Occident de D. Trump. L'Occident s'est scindé en deux et l’universel aussi, or un universel coupé en deux ce n'est plus de l'universalisme    
(Chantal Delsol)

Extraits sonores : 

  • Extrait du discours de Viktor Orban devant le Parlement européen, le 11 septembre 2018
  • Emmanuel Macron lors de sa visite en Chine, en janvier 2018 
Intervenants
  • philosophe, romancière, éditorialiste, professeure émérite de philosophie politique et membre de l’Institut, Académie des Sciences morales et politiques

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