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Hameau français

Rural, et alors ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Qui sont les jeunes qui habitent les campagnes en déclin ? Quels sont leurs représentations et leurs modes de sociabilité ? Le sociologue Benoît Coquard y répond dans son ouvrage "Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin" (La Découverte, octobre 2019).

Hameau français
Hameau français Crédits : Robert Kneschke / EyeEm - Getty

Le sociologue Benoît Coquard, actuellement chargé de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique, est l'auteur de Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin (La Découverte, 2019). Cette enquête vise à présenter le contexte social dans lequel a pu prendre place le mouvement des Gilets jaunes, en se focalisant sur les interconnaissances et les réseaux de sociabilité qui existent entre les jeunes ruraux de plusieurs cantons de la région Grand-Est. Du marché matrimonial à celui du travail, la concurrence est de mise dans ces zones désindustrialisées où le travail se fait toujours plus rare et plus précaire.

Néanmoins, l’enquête a commencé bien avant le mouvement, en 2011. Elle est le fruit d’une longue immersion participative du sociologue, dont l’objectif était d’éviter le plus possible le biais d'un regard surplombant. Originaire de la région dans laquelle il enquêta, il affirme vouloir dresser un pont entre ces populations qui vivent dans un sentiment de conflit permanent, et les lecteurs de sciences sociales. Ceux qui restent sont avant tout ceux qui n’ont pas pu partir, en raison du "grand tri scolaire" que détaille l’auteur. En creux se dessine le regard que les enquêtés portent sur l’enquêteur, alors même que domine chez eux la conviction que leur vie n’intéresse personne. 

Je reprends des mots de Bourdieu qu'on vient d'entendre, qui parlaient à leur égard d'une classe objet qui est toujours parlée par les autres. Par exemple, ils seraient en insécurité culturelle, mais on n'est pas allé leur demander. Ils seraient des petits Blancs repliés sur eux-mêmes. Si on les assimile à ça, ils n'ont pas du tout envie d'être vus comme des petits Blancs. Ils sont très fiers de leur style de vie. (Benoît Coquard)

En cela, les campagnes en déclin dont parle Benoît Coquard sont une réalité opposable à certaines campagnes marquées par la vigueur du lien social et de l’emploi. Une des grandes questions que le sociologue remet en perspective est celle du vote Rassemblement National. L’auteur montre combien les sphères amicales ont pris le pas sur les appartenances locales. Gageure de solidarité autant que d’exclusivité face aux autres « clans », ces processus témoignent de la défiance croissante envers ceux qui traînent les rues, à l’inverse des clans qui se regroupent autour des foyers. Parallèlement à l’émiettement des services publics dans ces régions, il y de moins en moins de lieux publics permettant la sociabilité collective.

Et finalement, il y a toujours une partie de ceux qui s'étaient vus rester ici, qui se retrouvent piégés, qui se retrouvent pris dans la crise et c'est ceux-là qui vont récolter les plus forts stigmates, finalement. Notamment, je parle dans le lit d'un mal, à mon avis, qui est un petit peu méconnu, bien que maintenant, il y a deux, trois reportages là dessus, c'est la consommation de drogues dures, notamment d'héroïne. Si on prend les départements sur lesquels je travaille à la Meuse et la Haute-Marne, on est sur les départements avec les plus forts taux de consommation d'héroïne en France.
(Benoît Coquard) 

Les inégalités de genre constituent un autre des volets importants de l’enquête, Benoît Coquard rappelant combien la précarité touche encore plus de femmes, d’autant que leur travail est moins visible (chez des particuliers par exemple). Dans les relations de groupe, elles sont également en retrait, puisque les clans s’organisent autour des hommes. Les loisirs sont, enfin, toujours masculins, principalement le football et la chasse. Habités par la certitude que "tout est loin", ces jeunes ruraux dépendent grandement de la voiture pour les déplacements quotidiens - on comprend dans ce contexte l'impact qu'a pu avoir la hausse du prix du carburant sur ces populations déjà précarisées.

On se rencontre chez les uns les autres, dans les bandes d'amis sur lesquels j'ai travaillé. Et on fait chaque jour dix kilomètres pour aller chez les uns les autres ou même vingt kilomètres. Et effectivement, l'usage de la route est devenu central, et l'usage de la voiture. Non seulement il faut avoir une voiture, mais en plus, il faut [...] faut se méfier des radars, des contraventions et être en état de conduire.
(Benoît Coquard)

Extraits sonores : 

Intervenants
  • Sociologue à l'INRAE à Dijon (laboratoire Cesaer - centre d'économie et de sociologie appliqué à l'agriculture et aux espaces ruraux)
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