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Des dessins d'enfants représentant les violences commises pendant le génocide au Rwanda (décembre 1996, Rwanda)

Rwanda, le génocide à hauteur d’enfants

32 min
À retrouver dans l'émission

Le génocide du Rwanda dans des cahiers d'écoliers, des mot d'enfants qui, devenus adultes, racontent l'avant, le pendant et l'après. Notre invitée, l'historienne Hélène Dumas, les a retrouvés.

Des dessins d'enfants représentant les violences commises pendant le génocide au Rwanda (décembre 1996, Rwanda)
Des dessins d'enfants représentant les violences commises pendant le génocide au Rwanda (décembre 1996, Rwanda) Crédits : Joe McNally / Contributeur - Getty

Entre le 7 avril et la mi juillet 1994, en moins de trois mois, les trois quarts de la population tutsi est assassinée. A l’époque, le génocide n’est pas reconnu dans sa spécificité par une communauté internationale passive. Hélène Dumas, notre invitée, s'applique à intégrer les archives de ceux qui y survécurent à notre Histoire, hors de toute victimisation et de tout manichéisme. Historienne et chargée de recherche au CNRS, elle consacre ses travaux à l’histoire du génocide des Tutsi rwandais de 1994.  

A partir des procès gacaca, elle s’est notamment intéressée aux conditions d’exécution des massacres à l’échelle locale, un premier travail à l'origine de l'ouvrage Le génocide au village. Le massacre des Tutsi au Rwanda (Seuil, 2014) qui analysait la proximité géographique, sociale et familiale des bourreaux et des victimes. Elle revient aujourd'hui avec Sans ciel ni terre. Paroles orphelines du génocide des Tutsi (1994-2006) (La Découverte, octobre 2020), qui cette fois donne à entendre la voix des enfants.

Ces anciens enfants écrivent au présent du génocide, c'est ce qui fait de cette écriture une écriture particulière qui nous fait rentrer dans la chair du génocide et qui permet d'écrire une histoire incarnée de cette tragédie. (Hélène Dumas)

Des récits d'orphelins retrouvés dans des cahiers d’écolier. Des archives du Centre national de lutte contre le génocide (CNLG), une institution chargée de la mémoire des massacres. La majorité d'entre eux avaient entre 8 et 12 ans au moment du génocide. Au moment de la rédaction, ils avaient entre 20 et 24 ans. Néanmoins, ces scripteurs s'écrivent “comme des enfants”, comme figés dans le temps du génocide. Le processus d'écriture et la traduction de ces textes constituent ainsi une démarche essentielle aux yeux d'Hélène Dumas, soucieuse de ne pas rajouter de violence à celle que ces rescapés ont déjà connue.

Ce qui était très frappant dans ces textes, c'est l'hypermnésie de ces rescapés qui décrivent avec une précision terrifiante ce qu'ils ont subi : (…) les manières de se cacher, de se nourrir, la mort de leurs proches... et l'aspect très concret des descriptions de la vie d'avant, l'assignation raciale à travers les recensements ethniques à l'école et les persécutions qu'ont subi leur famille entre les années 1990 et 1994. (Hélène Dumas)

Car les enfants ont occupé une place centrale, dans le génocide- ils constituaient la majorité des victimes dans ce processus meurtrier qui allait jusqu'au saccage des filiations- et après celui-ci. Dans les politiques de l'après-coup, ils comptaient ainsi comme des acteurs de premier plan.

Témoins de violences insoutenables, ils décrivent celles-ci avec la plus grande transparence, donnant à lire des récits crus, sanglants, où le voisin proche se change en bourreau. Leurs parents ne pouvant plus les protéger, ils construisent seuls leur « écosystème de survie » et nous donnent à ressentir, à nous lecteurs, l'expérience physiologique de celui qui, affamé, survit dans les marais, entre peur et déshumanisation.  

Le premier changement qu'ils perçoivent, c'est l'assombrissement du visage des pères. (…) C'est cette inquiétude qui se lit sur le visage des adultes qui pour les enfants est la première interprétation de la menace. (Hélène Dumas)

Le  20 décembre, à 14 h 30, Hélène Dumas participera à une table ronde au Mémorial de la Shoah sur le thème « Écrire l’histoire de la guerre et des violences de masse à partir des sources enfantines ». La table ronde sera retransmise en direct sur www.memorialdelashoah.org.

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