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Vue aérienne modifiée de passants

Sommes-nous entrés dans une société de vigilance ?

32 min
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Elle dénonce une société de surveillance dans laquelle les citoyens sont appelés à assurer la sécurité de tous, de la lutte contre le terrorisme à celle contre l'épidémie. Vanessa Codaccioni, spécialiste de la justice pénale et de la répression, est notre invitée aujourd'hui.

Vue aérienne modifiée de passants
Vue aérienne modifiée de passants Crédits : Busà Photography

Elle analyse la répression sous un angle autre que celui, habituel, des dispositifs punitifs : celui de l'association des populations à la traque des ennemis publics. Vanessa Codaccioni est spécialiste de la justice pénale et de la répression, maîtresse de conférences HDR au département de science politique de l’université Paris VIII et membre du laboratoire CRESPPA-CSU.  Après des titres comme Punir les opposants. PCF et procès politiques 1947-1962 (2013) ou Justice d’exception. L’État face aux crimes politiques et terroristes (2015) publiés aux éditions du CNRS, elle fait paraître La société de vigilance — Auto-surveillance, délation et haines sécuritaires (éditions Textuel, 06.01.21). Elle y dénonce la normalisation d'une forme de vigilance populaire avec les attentats et avec une communication politico-policière intensive. Surtout, la vigilance antiterroriste est le prétexte à une participation citoyenne aux activités de répression de l’État. Là où ce phénomène est relativement courant en temps de guerre ou de crise, jamais les populations n’ont été autant sollicitées en temps de paix.

Aujourd'hui, vigilance et surveillance deviennent synonymes et visent à faire de l'autre un suspect, un être potentiellement dangereux duquel il faut se méfier. (Vanessa Codaccioni)

Une telle politique du secret et de l'ombre fait ainsi des citoyens les « yeux » et les « oreilles » des autorités. Cela permet au pouvoir de recueillir des informations « par le bas » et de faire participer les populations à la sécurité nationale. En outre, les recherches en sciences sociales ont nommé “vigilantisme” cette participation citoyenne aux activités du maintien de l’ordre.  

Plusieurs enjeux : discipliner les citoyens en leur inculquant des comportements policiers, guerriers et espions – le proche, la connaissance, le passant doivent être surveillés et dénoncés- ; cibler les ennemis désignés par les institutions de répression et, plus encore, légitimer le profilage racial et raciste de la lutte antiterroriste, avec la constitution de « camps » et la stigmatisation, dans les faits, de certains groupes.

N'importe quelle information est valable, qu'elle soit vraie ou fausse. (...) C'est vraiment une dérive, de nous associer, de nous responsabiliser à ce point. (Vanessa Codaccioni)

La sécurité n'est plus un droit, c'est un devoir qui engage chacune et chacun. (Vanessa Codaccioni)

De la responsabilisation de la population découle la déresponsabilisation des pouvoirs publics. (Vanessa Codaccioni)

Le but est, à terme, de construire : la « résilience » des sujets, mot devenu fourre-tout, renvoyant ici à la capacité d’une société à résister à une attaque majeure puis à reprendre le cours normal de ses activités. La participation citoyenne à la sécurité nationale serait de fait partie intégrante de la résilience. Le sujet vigilant est ainsi  doublement obéissant, puisqu'il participe à la traque des ennemis désignés par l’État et respecte les règles fixées par ce dernier. En outre, en soulignant la responsabilité et la vigilance de chacun, l'Etat partage, plus que la responsabilité de la punition, l'échec à punir si celui-ci advient.

Dénoncer la délation, valoriser la dénonciation. (Vanessa Codaccioni)

A noter que Vanessa Codaccioni a signé la tribune de Libé  «Police partout, images nulle part» rédigée par la Société des réalisateurs de films (SRF), des cinéastes, organisations et collectifs le 11 novembre 2020 pour contester la loi de « sécurité globale ».

Extraits sonores:

  • Emmanuel Macron,  hommage à la préfecture du 8 octobre 2019
  • Envoyé spécial, "Lutte contre le coronavirus en Italie : une application pour dénoncer ceux qui ne respectent pas les règles", un reportage de Brando Baranzelli, Corinne Langlois et Olivier Ferraro pour CAT & Cie, 14 mai 2020
  • Patrice Spinosi (France Inter, 17 novembre 2020)
Intervenants
  • maîtresse de conférences au département de science politique de l'université Paris VIII et membre du laboratoire CRESPPA-CSU.
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