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Pourra-t-on un jour connecter totalement notre cerveau à la machine ?

Cerveau connecté : bienvenue dans la matrice

59 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi cherche-t-on à connecter notre cerveau à internet et à relier nos cerveaux entre eux ? Quels sont les enjeux techniques et éthiques de relier nos organes à des réseaux numériques ?

Pourra-t-on un jour connecter totalement notre cerveau à la machine ?
Pourra-t-on un jour connecter totalement notre cerveau à la machine ? Crédits : GDJ (CC0)

Troisième temps de notre semaine spéciale de fin d’année, une semaine de prospective, d’anticipation où l’on flirte avec le futur pour essayer d’en dessiner les contours. Aujourd’hui, nous allons partir de l’interface cerveau-machine, un des domaines de recherches les plus ambitieux, qui a donné lieu à quelques résultats spectaculaires, comme la collaboration à distance entre deux individus, uniquement fondée sur la lecture et l’interprétation de signaux cérébraux, ou plus concrètement, le contrôle de prothèses via des boucles de rétroaction. À quand le pas suivant, celui qui connecte directement notre cerveau au réseau ?

Connecter notre cerveau à Internet : dit comme ça, ça ressemble à du pur délire spéculatif. Pourtant, Elon Musk a fondé en juillet 2016 une compagnie, Neuralink, dont c’est l’objet explicite. Il évoque une “couche supérieure par dessus le cerveau pour se connecter à une Intelligence Artificielle”.

Je crois que toutes les idées, tous les rêves, toutes les hypothèses sont possibles, on a le droit de se les poser toutes. Après, il faut les passer à la moulinette de la méthode scientifique. Cette méthode implique que les hypothèses soient testables et réalisables, et elle implique de douter - ce qui n’est pas la caractéristique de la plupart des transhumanistes. Les interfaces cerveau-machine pour l’instant et dans le concret de la science actuelle, s’appliquent essentiellement à ce qu’on appelle "l’homme réparé", c’est-à-dire la possibilité chez des sujets qui sont paraplégiques ou même tétraplégiques de reproduire quelques mouvements en utilisant une dérivation neuronale. Mais on est très très loin du délire ou du rêve que représente l’idée d’une couche digitale qui dialoguerait en permanence avec la chair du cerveau.          
Jean Mariani

Moi ce qui m'intéresse là-dedans, ce sont les fantasmes sous-jacents, qui révèlent ce que nous pensons sur nous-mêmes, sur notre statut existentiel, ontologique. Il y en a deux. Le premier, c'est celui de l'esprit augmenté : c'est le fantasme que l'on puisse être le même que nous-mêmes, mais en supérieur ; c'est le fantasme de l'humain transformé en Dieu par le truchement de quelque chose. Il est très ancien, et passe par la drogue, le chamanisme, la machine... Le deuxième, c'est celui de la communication directe. Il est également très ancien, on le retrouve notamment chez les mystiques. Il y a cette idée que l'on aurait accès à quelque chose de véritable si l'on pouvait se passer des mots. On trouve cela aussi dans certaines réflexions philosophiques, comme chez Kant. Romain Lucazeau

Avec : 

  • Jean-Gabriel Ganascia (professeur d’informatique à Sorbonne Universités et directeur de l’équipe "Agents cognitifs et apprentissage symbolique automatique" au sein du laboratoire d’informatique de Paris IV)
  • Jean Mariani (médecin neurobiologiste, professeur émérite à Sorbonne Universités et co-auteur avec Danièle Tritsch de Ça va pas la tête ! Cerveau, immortalité et intelligence artificielle, l’imposture du transhumanisme)
  • Romain Lucazeau (auteur de l’indispensable néo-space opéra Latium)

Les références musicales :

  • générique de début : "Music to watch space girls by" par Leonard Nimoy
  • générique de fin : "Time is the enemy" par Quantic
Intervenants
  • professeur à la faculté des sciences de Sorbonne Université et Président du comité d’éthique du CNRS
  • directeur de l'Institut de la Longévité Charles Foix à l'université Pierre et Marie Curie
  • écrivain

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