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Tout clic mérite-t-il salaire ?

Digital Labor : tout clic mérite-t-il salaire ?

58 min
À retrouver dans l'émission

À quoi correspond le digital labor ? Dans quelle mesure peut-on considérer les internautes comme producteurs de valeur sans le savoir ? En tant qu’internaute, chacun d’entre nous n’aurait-il pas tendance à devenir à notre insu plus micro-travailleur que consommateur ?

Tout clic mérite-t-il salaire ?
Tout clic mérite-t-il salaire ? Crédits : Witthaya Prasongsin / EyeEm - Getty

Serions-nous tous tombés dans le panneau ? Les géants d’internet nous ont-ils eus jusqu’à la moelle, au point de nous transformer, à notre insu, en travailleurs non-rémunérés ? A chaque like, à chaque note attribuée, à chaque commentaire rédigé, nous produisons de la valeur et nous engraissons ces services qui nous apparaissent comme gratuit. Ça c’est pour la voie passive. A la voix active, ce sont ces gens contraints au micro-travail : le tâcheronnat 2.0 qui consiste à aider les Intelligences Artificielles à apprendre, à reconnaître, à déchiffrer ou dans le pire des cas, les fermes de clics dans les pays pauvres. Bienvenus à l’ère du digital labor. 

Digital Labor : tout clic mérite-t-il salaire ? : c’est le programme néo-prolétaire qui est le nôtre pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.

Et pour décrire, analyser et comprendre les enjeux de ce « digital labor » qui est, comme on le verra, difficilement traduisible en français, nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Antonio Casilli, professeur à Telecom Paris, Institut Polytechnique de Paris, co-auteur notamment de « Qu’est-ce que le digital labor » avec Dominique Cardon aux éditions INA et Benjamin Bayart, président de la fédération des fournisseurs d’accès à Internet associatifs et co-fondateur de la Quadrature du Net.

Le reportage du jour

Rencontre avec David Benoilid, co-fondateur de Wirk, anciennement Foule Factory, une entreprise spécialisée dans l'externalisation et le microtravail. Alors que 50.000 microtravailleurs sont inscrits sur cette plateforme et 110.000 autres sur liste d’attente, de quelles natures sont les microtâches proposées aux microtravailleurs et comment s’organise leur rémunération ? Par Antoine Beauchamp :

Écouter
6 min
LA_METHODE_SCIENTIFIQUE - Reportage Antoine Beauchamp/ Daniel Benoilid : Wirk

Repères

  • Faire une recherche Google, se connecter à Facebook ou autre application, ou encore commenter une vidéo YouTube : autant d’activités accomplies en ligne qui, depuis quelques années, sont présentées par certains chercheurs et activistes comme appartenant à du digital labor.
  • Cette notion a vocation à souligner que des tâches relativement disparates ont pour point commun d'être au cœur des business models de l'économie numérique : chacune de nos recherches améliore l'efficacité de l'algorithme de Google, nos “likes” permettent à Facebook d'affiner son ciblage publicitaire, nos commentaires renforcent l'attractivité des plateformes où ils sont postés, utiliser le système des reCAPTCHAs nous fait contribuer à notre insu à la numérisation de textes du service propriétaire Google Books, etc. 
  • Les activités dont il est question passent aisément pour de simples loisirs. Or, les internautes participent à la création de valeur, soit par les plateformes généralistes, soit par les plateformes de micro-travail dédiées (comme Amazon Mechanical Turk aux USA ou encore Foule Factory/Wirk en France), soit par le biais des fermes à clics dans les pays en développement ou en voie d’émergence.
  • Quel que soit leur profil, les micro-travailleurs jouent surtout un rôle important dans l'amélioration des services qu’ils utilisent en tant que consommateurs du  numérique. En particulier, le micro-travail tient un rôle prépondérant dans le développement de l’IA : en réalisant des tâches répétitives, les micro-travailleurs annotent, préparent, enrichissent les bases de données qui sont nécessaires pour la production d’algorithmes, d’enceintes connectées, d’assistants virtuels.
  • Pour les théoriciens du digital labor, l'occultation de ce rôle de production de valeur dissimule une exploitation : la valeur créée par les internautes est presque intégralement captée par les grandes entreprises du Net. C’est la raison pour laquelle ils requalifient comme travail (labor) nos activités quotidiennes d'utilisation d'Internet.

Pour aller plus loin

[Thread] Retrouvez aussi toutes les sources de cette émission sur le fil Twitter de La Méthode scientifique.

Les références musicales

Le titre du jour : « A hard days night » par The Supremes

Le générique de début : "Music to watch space girls by", par Leonard Nimoy

Le générique de fin : "Says" par Nils Framh

Chroniques
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Mars : d’inexplicables variations d'oxygène
Intervenants
  • Professeur à Telecom Paris, Institut Polytechnique de Paris
  • Cofondateur de la Quadrature du Net, co-président de la fédération des Fournisseur d’Accès à Internet associatifs (FFDN)
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