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Portrait de Robert Badinter à son domicile, le 27 février 2006, près du jardin du Luxembourg, à Paris.

Robert Badinter : "Je venais d'avoir 17 ans quand la guerre s'est finie, j'étais un adulte"

50 min
À retrouver dans l'émission

2012 |Il restera dans l’histoire comme celui qui a aboli la peine de mort. Pour le comprendre il suffit de remonter de cours de la sienne. Celle d’un enfant de la guerre, fils d’immigré russe exterminé en 1943 au camp de Sobibor et qui, à la Libération, n’a voulu exercer qu’un seul métier, avocat.

Portrait de Robert Badinter à son domicile, le 27 février 2006, près du jardin du Luxembourg, à Paris.
Portrait de Robert Badinter à son domicile, le 27 février 2006, près du jardin du Luxembourg, à Paris. Crédits : Catherine Gugelmann - AFP

Robert Badinter est l'invité de l'émission "La part d'enfance" en 2012. Il raconte l'histoire de sa famille née en Bessarabie que sa mère a quittée suite aux pogroms de 1905 et son père dans les années 1920.

Il évoque "le langage admirable" de son père qui "s'exprimait dans le français très classique". A partir du moment où la famille s'est installée en France, "le reste n'était plus que passé, donc personne ne parlait russe dans notre famille."

Élève au lycée Janson de Sailly sous l'Occupation Robert Badinter raconte : "J'ai eu conscience de l'antisémitisme ambiant, je dirais, très tempéré -dans ce quartier-là- par les principes de l'éducation bourgeoise. Si on était antisémite on ne le disait pas en public."

L'idée que l'on doit défendre la patrie, elle nous était dès le départ enseignée, inculquée. […] Je ne dis pas du tout qu'on élevait cette génération au roulement du tambour pour en faire comme en Allemagne des soldats et des officiers revanchards, simplement le culte de la patrie, le patriotisme étaient fervents et dans tous les milieux d'ailleurs.

Il parle de la débâcle comme d'un "souvenir d'une intensité inouïe", il garde une "vision stupéfiante" de cette "débandade" de l'armée française. Puis Robert Badinter raconte l'Occupation, les premières mesures antisémites qui touchent sa famille et leur départ avec sa mère et son frère pour la zone libre. Il évoque alors le village où ils se sont installés en Savoie comme d'un "cocon protecteur".

Après la Libération, à son retour à Paris , il dit avoir "été saisi par la mort de [ses] rêves". Il n'y a pas vu "d'aube nouvelle", l'injustice régnait partout. "J'ai traversé à toute vitesse l'enfance et l'adolescence pour devenir un adulte, j'étais prêt pour la vie.", conclut-il l'entretien.

Au quotidien, le tragique s'insère par intervalles et puis vous apprenez que X est arrêté et puis Y a disparu. […] La vie pour un adolescent demeure la vie entrecoupée de moments tragiques et sur fond de tragédie.

Intervenants
  • homme politique, ancien président du Conseil Constituttionnel, ancien Garde des Sceaux
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