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Elizabeth Barrett Browning, gravure de 1873

A la rencontre d'Elizabeth Barrett Browning

3 min
À retrouver dans l'émission

Elizabeth Barrett Browning (1806-1861), poétesse prolifique et inventive de la période victorienne, demeure assez peu connue dans le domaine francophone, sa poésie est pourtant splendide.

Elizabeth Barrett Browning, gravure de 1873
Elizabeth Barrett Browning, gravure de 1873 Crédits : Getty

"Nul ne la lit, nul n'en parle, nul ne songe à lui rendre justice" remarquait Virginia Woolf dans un texte critique publié au début des années 1930. Mais de qui parle-t-elle ainsi ? D'une poétesse anglaise de l’ère victorienne, d'une amie de John Ruskin, dont le critique d’art a salué en son temps, je cite : "la parfaite expression poétique". Cette poétesse s'appelle Elizabeth Barrett Browning. Force est de constater que, sous nos latitudes francophones, son nom résonne dans un espace qui ressemble à du vide.
 

Pourtant, en 1845, Edgar Allan Poe publie à New-York un recueil de poème qui restera célèbre : Le Corbeau. Sur la page de garde, on peut y lire la dédicace suivante : "A la plus noble des femmes, à mademoiselle Elizabeth d'Angleterre, avec l'admiration la plus enthousiaste et l'estime la plus sincère." Oui, le recueil de Poe, qui a marqué si fort Baudelaire et Mallarmé est dédié, en ces termes plus qu'élogieux, à Elizabeth Barrett Browning. 

Plus tard, en 1908, c'est le poète autrichien Rainer Maria Rilke, qui tombe en admiration devant la poésie de Browning. Il fait d’Elizabeth un modèle de la figure poétique de "l'aimante". Il est même allé jusqu'à apprendre la langue anglaise dont il ignorait tout, seulement pour pouvoir traduire une des œuvres splendides d'Elizabeth Barrett Browning : un recueil de 44 poèmes amoureux qui revisitent la forme du sonnet, illuminée en son temps par Shakespeare, 44 poèmes à son amant, et futur mari, le poète Robert Browning : ce sont les Sonnets Portugais.
 

Le sonnet portugais n° 32, lu par Suliane Brahim de la Comédie Française, où l’on entend la surprise de l’élection amoureuse. Qualifier la vie d'Elizabeth Barrett Browning de romanesque serait bien en dessous de la réalité. Elle grandit sous les ordres d'un père absolument autoritaire, et qui refuse le mariage d'absolument chacun de ses enfants. Une faiblesse de constitution et un accident de cheval survenu jeune, gardent Elizabeth recluse dans une chambre de Wimpole Street, à Londres. 

Néanmoins, alors qu’Elizabeth avance vers la quarantaine, un jeune poète, de six ans son cadet, Robert Browning a lu ses vers, il les aime et lui écrit. Elle répond. Une correspondance s'amorce, puis des rencontres officielles ont lieu. Elizabeth Barrett rencontre Robert Browning, et inversement. La chose possède la vitesse du coup d’éclair amoureux.
 

Robert Browning (gravure de 1882)
Robert Browning (gravure de 1882) Crédits : Getty

Contournant l'interdiction paternelle, les deux amants se marient clandestinement en 1846 et en une demi-heure. Puis, Robert Browning enlève Elizabeth à son père, et tous deux s'enfuient vers des climats plus doux pour elle, vers l'Italie, vers Florence, la ville de Dante
 

Les Sonnets Portugais de Barrett Browning, portent l'empreinte de cet amour, et déroulent à la première personne le récit et les différents effets de son arrivée. Ainsi le dernier vers du premier sonnet s'interroge sur cette surprise :

"Devine qui te tient ?" - "La mort", dis-je.  Mais 

La réponse d'argent tinta : "non, l'amour."

Ce sont 44 poèmes de retour à la vie, le chant d’un corps et d’un esprit qui s'illuminent, et d’un dehors qui fait irruption. Ils sont devenus classiques dans les pays anglophones, notamment le sonnet 43 qui énumère les formes que prend l’amour. Le recueil se termine sur ce vœu adressé à l’amant :

Sache tes yeux garder leurs vraies couleurs, 

Sache ton âme que leurs racines sont en moi.

Les Sonnets Portugais ont été publiés aux éditions le Bruit du temps, dans une traduction de Claire Malroux, et Aurora Leigh, son long poème d'apprentissage narratif, a été publié l'année dernière aux éditions Classiques Garnier, traduit par Jean-Charles Perquin.

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