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Maurice Pialat en 1971

Autoportrait de Maurice Pialat en instituteur

3 min
À retrouver dans l'émission

Au début des années 70, Maurice Pialat a réalisé une série "La Maison des bois" dans laquelle il joue lui-même et se donne le rôle d'un instituteur de la 3ème République.

Maurice Pialat en 1971
Maurice Pialat en 1971 Crédits : Bernard Charlon - Getty

A la fin des années 60, après l'échec commercial de son premier film, L'enfance nue, la carrière et la situation sociale de Maurice Pialat sont au point mort. Il accepte alors la réalisation d'un feuilleton pour la télévision. La série sera diffusée sur l'ORTF fin 1970,  elle compte sept épisodes d'une cinquantaine de minutes, elle s'appelle La maison des bois. A la fin de sa vie, Pialat dira lui-même de cette œuvre, peut-être par provocation mais peut-être pas, « C’est la plus belle chose que j’ai faite"

La Maison des bois raconte la vie quotidienne d'un village pendant la guerre de 14-18, et les répercussions de celle-ci sur l’arrière et sur ses habitants. L'intrigue se concentre autour de trois enfants : Hervé, Michel et Albert, alias Bébert. Tout commence par une scène d'école.

Nous sommes dans une salle de classe typique du début du 20ème siècle avec tout son décorum : un tableau noir, le buste de Marianne fiché dans un mur, des pupitres de bois, un drapeau tricolore et un instituteur en blouse grise. 

Sauf que la voix qu’on vient d’entendre, c’est celle de Maurice Pialat lui-même. C’est un des gestes importants du cinéaste dans la série : il se donne à lui-même le rôle de l'instituteur, un remplaçant car son prédécesseur est parti au front. 

Pourquoi s’est-il donné ce rôle de professeur ?

Il n'est pas exclu que Maurice Pialat, qui a échoué au baccalauréat, soit, entre autres choses, en train de s'amuser en campant cette figure d'instituteur rigoureux et moral, de hussard noir de la Troisième République, parfois aussi moqueur et rieur. Car, quelle autorité peut-on incarner pendant la Grande Guerre, dans un temps où les institutions explosent ?

Entre autorité et dérision, on le voit donc réciter le dogme patriotique, interroger les élèves sur l’origine du drapeau et l'Albatros de Baudelaire. Il réprimande aussi les bêtises d’une manière singulière : les « cafteurs », ceux qui dénoncent, sont plus lourdement condamnés par lui que ceux qui ont commis la faute.

Car les élèves de la Maison des bois sont turbulents : ils caricaturent le professeur à la craie sur le tableau noir, ils bavardent, et se font passer des photos érotiques. Une fois, l’instituteur Pialat a recours à la punition classique : il pose un bonnet d’âne sur la tête de Bébert.
 

Cette scène est d’une grande et folle beauté. D’abord parce qu’elle fixe un moment suspendu chez l’enfant, entre le rire et les larmes. Entre l’humiliation cuisante du bonnet d’âne – et de toutes les punitions scolaires – et le regard amusé qui libère de la faute. C’est ensuite une manière pour Pialat de montrer comment il travaille avec des jeunes acteurs. Comme une manière de transmettre et de révéler tout d’un coup, à la fois un savoir et une émotion chez l’enfant.  

Toutes les scènes d’école de la Maison des bois montrent la capacité incroyable de la caméra de Pialat à révéler tous les regards, les sons, les événements et les émotions qui peuvent tourner dans une salle de classe.
 

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