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Satyajit Ray sur le tournage de "La Forteresse d'or" en 1974

"Charulata" de Satyajit Ray : scènes de la vie conjugale et du Bengale

3 min
À retrouver dans l'émission

Le réalisateur et compositeur Satyajit Ray a été marqué par les écrits de Rabindranath Tagore. Il a adapté plusieurs de ses textes au cinéma, dont le magnifique "Charulata" en 1964, un grand classique du cinéma indien.

Satyajit Ray sur le tournage de "La Forteresse d'or" en 1974
Satyajit Ray sur le tournage de "La Forteresse d'or" en 1974 Crédits : Nik Wheeler - Getty

Le nid brisé (en bengali : "Nastanirh"), c'est le titre d'un récit de Rabindranath Tagore, publié en 1901. Il a été adapté sur grand écran en 1964, par l'un des grands maîtres du cinéma indien : Satyajit Ray.
 

Le film s'appelle Charulata. Qui est Charulata ? C'est l'héroïne du film, le personnage central, interprété par l'actrice indienne Madhabi Mukherjee.
 

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On entend le thème du film composé par Satyajit Ray lui-même. Sur cette musique, on voit Charulata tourner en rond dans son appartement. Elle a l'air de s'ennuyer. Tout au long des deux heures que dure le film, elle ne sortira presque jamais de sa somptueuse demeure, aux grandes pièces ornées de papier-peint, et de son large patio. Le film prend l'aspect d'un huis-clos presque complet, et ses décors peu nombreux font pencher le cinéma du maître vers le genre théâtral.
 

L'intrigue de Charulata prend place au cœur de la haute société de Calcutta à la fin du 19ème. Charulata est mariée à Bupathi Dutta, directeur du journal La Sentinelle, un titre libéral, qui critique aussi bien le gouvernement indien que le colonisateur anglais. Dans la nouvelle de Tagore, l’auteur proposait une peinture de la classe sociale des "bhadralok", ces familles aisées et cultivées qui émergent au Bengale à l’époque. Une bourgeoisie qui maîtrise l'anglais. On entend d'ailleurs dans la voix des acteurs un mélange entre les langues bengali et anglaises, le langage de la littérature d'un côté, et celui des affaires politiques de l'autre.
 

Mais, malgré cette aisance matérielle, Charulata s'ennuie. Le nid que son mari a construit autour d'elle va rapidement se briser avec l'arrivée d'un jeune poète dilettante et inspiré, Amal. Charulata, travaillée par le désir d'écrire, tombe éperdument amoureuse de lui.
 

affiche du film "Charulata"
affiche du film "Charulata" Crédits : Getty

Une histoire d'adultère qui suit, dans le film de Ray, la trajectoire d'une tragédie : car c'est Bupathi qui organise la rencontre entre Amal et sa femme, pour qu'elle se mette à écrire. Sur ce canevas d'intrigue amoureuse classique, le film de Satyajit Ray déploie une immense douceur, du récit, des dialogues et du regard qu'il pose sur ses personnages. Une douceur semblable à celle de la musique qui accompagne tout le récit. Charulata est aussi un film déchirant où, dans le triangle amoureux, tout le monde parait sincèrement bon et innocent.
 

Deux scènes sublimes donne à voir le génie de Satyajit Ray : une scène d'ouverture où Charulata, enfermée dans ses appartements sombres ouvre une à une les persiennes. A l'aide d'un sémaphore qui brille (des petites jumelles), elle scrute les passants de la rue, de ce dehors où elle ne va pas. Ainsi, elle va de fenêtre en fenêtre pour suivre une femme avec un parapluie. On pourrait ici voir, dans le personnage de Charulata, un double du cinéaste lui-même.
 

L'autre scène, hallucinatoire, est située vers le milieu du film. Charulata est assise sur une balançoire dans le jardin de la maison. La caméra de Satyajit Ray contemple son regard perdu dans le vide. Soudain, des images apparaissent en fondu. Et c'est tout un dehors occulté qui surgit sur l’écran, et se superpose au visage de l’héroïne : des étoiles, un bateau sur le fleuve, une femme qui file la laine au rouet, une fête peuplée et sacrée. Une manière pour Satyajit Ray d'exprimer le feu de l'inspiration. Car Charulata est un grand film sur l'écriture, le rythme, l'inspiration et le souvenir, qui porte l'idéal d'une écriture simple et naturelle.
 

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