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Marceline Desbordes-Valmore en 1833

Chroniques de la révolte des canuts, par Marceline Desbordes-Valmore

2 min
À retrouver dans l'émission

La deuxième révolte des canuts à Lyon est écrasée dans le sang en 1834. La poétesse Marceline Desbordes-Valmore, lyonnaise à l'époque, a été témoin de ces violences, qu'elle a consigné dans plusieurs poèmes.

Marceline Desbordes-Valmore en 1833
Marceline Desbordes-Valmore en 1833 Crédits : lithographie de Baugé

En avril 1834, la seconde insurrection des Canuts éclate à Lyon, à la suite notamment d’un conflit salarial. Cette révolte est réprimée dans le sang, et sur les ordres d’Adolphe Thiers, occupant le fauteuil du ministre de l’Intérieur sous la monarchie de juillet. Plusieurs centaines de personnes seront tuées par l’armée, et des milliers arrêtées. On a donné un nom à cet événement, qui a eu lieu 35 ans avant la Commune de Paris : la "sanglante semaine".

Parmi les habitants de la ville du Rhône qui assistent à l'émotion populaire, se trouve une spectatrice, une poétesse : Marceline Desbordes-Valmore. Elle vit en effet à Lyon depuis le début des années 1820. Frappée par la violence de la répression des manifestations qu’elle qualifie de "guerre civile", elle compose plusieurs poèmes sur les événements. Ils seront réunis dans le recueil des Pauvres Fleurs, publié en 1839. Parmi eux, un long poème adressé "À monsieur A.-L.", soit son ami Alphonse de Latour à qui elle décrit les événements, de cette manière :

Quand le sang inondait cette ville éperdue,        
Quand la bombe et le plomb balayant chaque rue,        
Excitaient les sanglots des tocsins effrayés,        
Quand le rouge incendie aux longs bras déployés,        
Étreignait dans ses nœuds les enfans et les pères,        
Refoulés sous leurs toîts par les feux militaires,        
J’étais là ! quand brisant les caveaux ébranlés,        
Pressant d’un pied cruel les combles écroulés,        
La mort disciplinée et savante au carnage,        
Étouffait lâchement le vieillard, le jeune âge,        
Et la mère en douleurs près d’un vierge berceau,        
Dont les flancs refermés se changeaient en tombeau,        
J’étais là : J’écoutais mourir la ville en flammes ;        
J’assistais vive et morte au départ de ces âmes,        
Que le plomb déchirait et séparait des corps,        
Fête affreuse où tintaient de funèbres accords :        
Les clochers haletans, les tambours et les balles ;        
Les derniers cris du sang répandu sur les dalles ;        
C’était hideux à voir : et toutefois mes yeux        
Se collaient à la vitre et cherchaient par les cieux,        
Si quelque âme visible en quittant sa demeure,        
Planait sanglante encor sur ce monde qui pleure ;

On entend une veine épique et intense dans les alexandrins de la poétesse qui observe le chaos répandu dans sa ville, et qui n'a rien à envier aux chroniques poétiques de Victor Hugo, par exemple. Un long poème de la violence civile qui consigne des images précises, et représente notamment des supplices exercés sur la foule. "J'étais là", répète Desbordes-Valmore, qui décrit la révolte des Canuts depuis le point de vue du témoin retranché derrière sa vitre. On l’entend aussi chercher dans le ciel un sauvetage, un salut.

Sur la révolte de 1834, Marceline Desbordes-Valmore compose en outre un Cantique des bannis et un Cantique des mères, dans lesquels elle constate et déplore le sort des femmes laissées veuves ou seules, après les crimes et les arrestations. Elle invoque alors l'aide et la protection de Notre-Dame de Fourvière pour "les prisonniers du roi".

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