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Hauts fourneaux de l'usine appartenant au groupe sidérurgique et métallurgique Usinor, à Denain

L'apocalypse par le fer dans un roman des années 30

2 min
À retrouver dans l'émission

"La Mort du fer", un roman de Serge-Simon Held publié en 1931 raconte la catastrophe causée par une étrange épidémie qui contamine et fait mourir les métaux. Le cauchemar d'un ingénieur.

Hauts fourneaux de l'usine appartenant au groupe sidérurgique et métallurgique Usinor, à Denain
Hauts fourneaux de l'usine appartenant au groupe sidérurgique et métallurgique Usinor, à Denain Crédits : Jean Meunier - AFP

Paris restait calme. La chute de la Tour de trois cent mètres, construite au début d’une époque illustrée par les grands travaux de la métallurgie, l’écrasement des tunnels métropolitains, ne provoqua qu’une surprise passagère. Les sensibilités s’étaient endurcies aux récits fréquents des morts violentes.

Ces phrases angoissantes sur la chute de la Tour Eiffel sont extraites d'un roman qui raconte une apocalypse par le fer. Il a été publié en 1931 aux éditions Fayard, sous le titre implacable : La Mort du fer. On sait très peu de choses de son auteur, qui répond au nom de Serge-Simon Held, si ce n'est qu'il exerça la profession d'ingénieur. Le roman imagine un cataclysme simple et ses conséquences dramatiques : une épidémie qui atteint le cœur du fer lui-même. Une apocalypse de la matière qui se dégrade, l’envers des rêves de l'âge industriel, le cauchemar de Gustave Eiffel.
 

Tout commence dans une forge du Nord de la France, dans la ville de Denain, banlieue de Valenciennes sur les bords de l'Escaut. Au cœur des usines Morain, l'ingénieur Leclair veille au bon déroulement dans la confection de toutes sortes de structures en acier. Il travaille en binôme avec un autre ingénieur, le russe Sélévine, politiquement proche des tendances socialisantes, et scientifiquement exubérant puisqu'il perçoit dans le métal un organisme vivant.
 

Très vite, le fer des usines Morain commence à baisser en qualité et en résistance. Les accidents se multiplient. Le précieux métal se distord, se casse, pourrit sur place et réagit mal à la fusion. Le fer souffre, il tombe malade, et c'est par lui que la catastrophe arrive. Elle s'étend sur tout le territoire et laisse croître des paysages de ruines.
 

Parfois, au milieu de ruines, quelques constructions, quelques pylônes aux lignes élégantes et sèches restaient intacts, car un étrange caprice caractérisait les effets du Mal Bleu. Indécelable il s’introduisait dans les demeures les plus closes, par les véhicules les plus divers ;  une parcelle de métal suffisait pour amorcer d’irréparables catastrophes. Il stagnait au fond des mines, s’infiltrait avec lenteur dans les villes, il galopait sur les voies ferrées, semant sur son passage les ruines et la mort. 

La maladie contagieuse du fer porte plusieurs noms, un nom scientifique : la Sidérie, et un nom poétique : le "Mal bleu", car elle colore le métal de bleu en l'affectant. Le roman se déploie depuis l'intrigue d'usine pour décrire et contempler les résultats de cette catastrophe à l'échelle d'un pays, la France, et du monde. Il s'emploie à nous montrer les chaînes de conséquences de cette épidémie du fer : un chômage monstrueux, l'affolement des marchés, et des solutions politiques nombreuses, mais toutes inefficaces. 

Avec cette dystopie littéraire des années 30, Serge-Simon Held nous propose notamment une peinture terrifiante de la région du nord de la France, transformée en zone de non-droit, livrée à elle-même, privée d'électricité, de vie et de travail. La Mort du fer s’adonne ainsi à une méditation sur l'outre-confiance placée dans la Machine, où la défaillance d’un simple matériau suffit pour conduire à l’effondrement. 

Il a été publié à nouveau il y a deux ans aux éditions L’Arbre Vengeur.

Musique : Frédéric D. Oberland, Ed Ecco II Loco

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