LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Georgia O'Keeffe à Abiquiu, au Nouveau-Mexique

L'origine du monde de Georgia O'Keeffe

3 min
À retrouver dans l'émission

Un tableau de l'artiste peintre américaine Georgia O'Keeffe représentant des collines du Nouveau-Mexique pourrait furieusement faire penser à l'Origine du monde de Courbet...

Georgia O'Keeffe à Abiquiu, au Nouveau-Mexique
Georgia O'Keeffe à Abiquiu, au Nouveau-Mexique Crédits : Tony Vaccaro - Getty

Aujourd'hui nous allons regarder un tableau qui partage un lien mystérieux avec L'Origine du monde, il a été peint dans les années 40 par l'artiste américaine Georgia O'Keeffe. On peut le voir au Smithsonian Institute de Washington, et au Centre Pompidou dans une grande rétrospective consacrée à l'artiste. Il s'appelle Black Hills with Cedar, en français : "Collines noires avec un cèdre".
 

A quoi ressemble ce tableau ? Ce sont deux collines dont les sommets, qu’on suppose éloignés, baignent dans le noir. En descendant vers nous, les spectateurs, en plis successifs de roches, elles prennent une couleur de terre cuite, en tous points semblables à celle d’une peau plutôt hâlée. Ces deux collines sont séparées par une vallée qui tombe à pic au milieu du tableau. Au-devant de la vallée, on observe un élément de végétation : un cèdre, une pointe de vert dans le paysage aride.  
 

Si l'on regarde rapidement ce tableau, et sans avoir un esprit absolument mal tourné, c'est à s'y méprendre : on dirait deux jambes écartées et repliées, autour d'un sexe de femme. Et donc on ne peux pas ne pas penser à L'Origine du monde de Courbet. On ne sait pas si la peintre américaine d'avant-garde s'est directement inspirée de la toile du maître français. Mais on sait que la peinture de Georgia O'Keeffe a provoqué de nombreuses équivoques, notamment ses tableaux des années 20 qui représentent l'intérieur des fleurs en plans rapprochés. D'aucuns percevaient dans ses œuvres des motifs érotiques évident. Si l'artiste revendiquait une forme de sensualité dans son travail, elle s'est souvent défendue contre les perceptions unilatéralement sexuelles de sa peinture.

Son ambition réside davantage dans le dépassement de l'opposition entre art abstrait et réalisme : 

Je suis toujours surprise de voir comment les gens séparent l'abstraction du réalisme. La peinture réaliste n'est jamais bonne si elle n'est pas réussie d'un point de vue abstrait.

Mais revenons au tableau des Black Hills. Il a été peint dans les années 40, au Nouveau-Mexique, pendant que la guerre gronde ailleurs. Dans cet état des Etats-Unis, Georgia O'Keeffe tombe littéralement en arrêt devant la beauté des paysages. C'est pourtant une terre inhospitalière, sèche, un endroit qu'on appelle les « Badlands », et un ancien territoire des indiens navajos. C'est là qu'elle campe pendant des jours et des nuits, et qu'elle trouve l'inspiration pour plusieurs peintures. Car la toile Black Hills s'inscrit dans toute une série sur les paysages nus et arides de « mesas », qu'elle décrira comme je cite : "un endroit d'une immense beauté, où l'impression de solitude est intacte - partie intégrante de ce que j'appelle le lointain".  

Georgia O'Keeffe mêle dans son tableau le corps humain avec la géologie, mais on ne sait pas si c'est la nature qui devient corps humain, ou l'inverse. Black Hills peut ressembler à une origine du monde, au sens où toute géologie est porteuse des strates successives de temps, mais c'est aussi une fin du monde : un paysage accidenté, une nature violente et originaire où le ciel pèse lourd. Black Hills, dans sa netteté picturale est une peinture trou noir, d'où l'on ne sait pas ce qui est sorti, et d’où l’on ne sait pas ce qui pourrait sortir.
 

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......