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Illustration d'un magazine de science-fiction des années 50

"Le Crâne" de Philip K. Dick, un joli petit paradoxe temporel

3 min
À retrouver dans l'émission

Au début des années 1950, le jeune Philip K. Dick publie ses premières nouvelles dans des revues pulp. Parmi elle, "Le Crâne" qui expérimente un paradoxe temporel.

Illustration d'un magazine de science-fiction des années 50
Illustration d'un magazine de science-fiction des années 50 Crédits : GraphicaArtis - Getty

En 1952, soit quelques années seulement après la mort de Wells, un très jeune auteur de science-fiction publie à 23 ans dans la revue If (en français Si) une nouvelle intitulée le Crâne. Il s'appelle Philip K. Dick. De cette époque, l’auteur de Ubik et du Maître du Haut-château dira lui-même dans les années 80 : "Nous étions miséricordieusement cantonnés dans d’atroces magazines à deux sous et n’impressionnions personne. »
 

Dans cette nouvelle, Le Crâne, Philip K. Dick s’essaye au récit classique du voyage temporel, hérité de Wells, mais ses premières obsessions qui feront la singularité de son monde pointent déjà. C’est parti pour un résumé de l’intrigue.
 

C'est l'histoire d'un prisonnier que l'on nomme Omar Conger. Un jour, un homme qui semble important, et que l'on désigne comme "le porte-parole" vient l'extraire de sa cellule en lui proposant une mission mystérieuse.

Nous sommes au 22ème siècle, une époque où les voitures volent dans le ciel, et où règne sur le monde une institution aussi étrange que puissante : la "Prime Eglise". Elle repose sur un dogme de non-violence absolue, grâce auquel elle est parvenue à éradiquer toutes les guerres, ces fléaux des siècles précédents. La Prime Eglise est l'œuvre d'un Fondateur inconnu, qui dans les années 60 du 20ème siècle a prononcé dans le Middle West américain, un discours sur la nécessité d'abandonner toute violence. Ce discours a donné naissance à un nouvel Ordre religieux. On ne sait pas trop pourquoi mais le porte-parole veut en finir avec celle-ci. Et c'est pour cela qu'il fait appel à Omar Conger.
 

La mission qu'il lui confie consiste tout simplement à voyager dans le temps, à se rendre dans l'Amérique des années 60 du 20ème siècle, le 2 décembre 1960, soit le jour même du premier discours du Fondateur, pour l’assassiner. Pour l'aider dans sa quête, on lui remet deux objets : un fusil et le Crâne du Fondateur, comme preuve.
 

Omar Conger remonte donc le temps à bord d'une machine en forme de cage, et débarque à Cooper creek, petite ville du midwest. Il est accueilli par un couple paranoïaque américain typique, animé par la peur des "rouges". Car les Etats-Unis de 1961, telles que les imagine Philip K. Dick alors qu'il écrit cette nouvelle dix ans avant, sont le terrain de jeu d'un Maccarthysme échevelé. Après plusieurs péripéties et quiproquos, Conger se fait remarquer par son accoutrement, son accent et sa barbe. Les manières de ce voyageur le dénoncent comme « une sorte de communiste », venu d'un autre endroit, et pourquoi pas de l'URSS ?

Le pauvre Omar Conger devient donc la curée de toute la petite ville qui se lance à sa poursuite. Désemparé, il s’apprête à se défendre avec son fusil du futur. Quand soudain, retournement hamletien de situation : son regard se pose sur le crâne du fondateur, il le contemple un moment, et s’aperçoit que ce n’est autre que son  propre crâne, vieilli de deux siècles. Omar Conger n’est autre que le Fondateur lui-même. Il sort alors de son vaisseau et prononce un discours de non-violence, juste avant d’être lynchée par la foule. La dernière phrase de la nouvelle est vertigineuse et glaçante : 

Il souriait toujours en attendant sa mort, prévue de si longue date.

En voulant annihiler le culte de la Prime Eglise, le porte-parole n’a fait, à l'inverse, que créer et perpétuer son règne, dans une boucle temporelle infinie.
 

Philip K. Dick, avec cette nouvelle, se confronte à ce qu’il appelle le « joli petit paradoxe » temporel et à l'impossible transformation du passé, une piste qu'il abandonnera au profit d'autres thèmes déjà présents dans la nouvelle : la paranoïa de l'Amérique et les univers parallèles.

Musique : Ludwig Göransson, The Baby (bande originale de la série The Mandalorian)

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