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Charles Baudelaire par Gustave Courbet (vers 1848) // Musée Fabre

"Le Vin de l'assassin", un grand fait divers de Baudelaire

3 min
À retrouver dans l'émission

"Le vin de l'assassin" est un poème extrait de la section "Le Vin", dans le recueil des "Fleurs du mal" de Charles Baudelaire. Soit le récit terrible d'un féminicide par son auteur, un poème d'horreur objective.

Charles Baudelaire par Gustave Courbet (vers 1848) // Musée Fabre
Charles Baudelaire par Gustave Courbet (vers 1848) // Musée Fabre

Le recueil des Fleurs du mal de Charles Baudelaire comporte, dans sa dernière édition, six sections différentes, et la troisième s'intitule Le Vin. C'est une partie plutôt brève : cinq poèmes seulement qui contiennent tous le mot "vin" dans leur titre. Baudelaire y développe les usages poétiques de la boisson. Tour à tour, source d'inspiration et de perception renouvelée, le breuvage est un objet de célébration, un moyen de fuir, et un filtre dans tous les sens du terme.

Parmi ces poèmes d'éloges paradoxaux du vin, il y en a un qui est noir, sordide et scabreux, c'est Le Vin de l'assassin, repris en chanson par Léo Ferré :
 

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C'est, si l’on veut, un poème fait-divers, soit une forme rare. Le poème raconte une histoire, à la première personne, celle d'un homme qui, sous l'emprise du vin, a assassiné sa femme. Cet acte horrible, ce féminicide, possède peut-être une origine réelle, que Baudelaire aurait lu dans un journal, ou entendu de vive voix. On l'ignore. C'est en tout cas un récit des bas-fonds assez abstrait dans sa forme, et glaçant dans son développement. Bref, c'est un poème scandaleux.
 

Baudelaire y déploie les images terrifiantes et vertigineuses du crime de l'homme, le tout raconté par lui-même. 

L’horrible soif qui me déchire 

Aurait besoin pour s’assouvir  

D’autant de vin qu’en peut tenir 

Son tombeau ; — ce n’est pas peu dire

Ici, le poète subvertit les procédés traditionnels de la poésie amoureuse : la soif et le vin remplacent ainsi dans les strophes le désir et l'amour. Le tonneau devient le tombeau.

Le Vin de l'assassin est aujourd’hui un peu tombé dans l’oubli. On raconte pourtant que, du vivant de Baudelaire, c’était l'un de ses poèmes les plus célèbres. Il le récitait en public dans différents cercles. Un projet de drame théâtral intitulé L'Ivrogne a même été imaginé avec le comédien Tisserant. Une lettre de Baudelaire en 1854 en ébauche le plan resté inachevé.

Au dernier vers de la sixième strophe, on trouve une sentence, écrite au présent de vérité général: "Nous sommes tous plus ou moins fous !" Une phrase exclamative qui me fait venir une question : Baudelaire esquisserait-il avec Le Vin de l’assassin quelque chose comme une morale ?

Rien n'est moins sûr, puisqu'il n'y a aucune forme de condamnation de l'acte, l'auteur du féminicide qui dit "je" n'est rattrapé par aucune forme de justice. De plus, le poème se termine sur la possibilité de boire enfin tranquille et sur un blasphème : 

"Je m’en moque comme de Dieu, / Du Diable ou de la Sainte Table !" 

Plutôt que le registre moral, le poème s'inscrirait dans le genre pictural du tableau des "horreurs sympathiques" (pour reprendre le titre d'un autre poème des Fleurs). Il s'agirait pour Baudelaire de représenter le crime pour lui-même, dans une forme de vérité nue, sans dieu et sans ordre. Dans la lettre sur le projet L'Ivrogne, le poète souhaite décrire "simplement le développement d'un vice, et des résultats successifs d'une situation".

Le Vin de l'assassin montre donc un noir effet du vin, en contrepoint au poème précédent Le
Vin des chiffonniers, qui fait l’éloge poétique de l'alcool favori des Français. Ici le vin y est décrit comme le "linceul" de l'oubli, une inspiration de l'assassin. "Assassin", terme qui d’ailleurs renvoie à un autre paradis artificiel, le haschisch des Haschischins... Mais ce sera pour une autre Pièce Jointe...

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