LE DIRECT
Un dolmen en terres mayennaises

Jour 22 : Mégalithisme

4 min
À retrouver dans l'émission

Nous accompagnons Aurélien Bellanger dans son footing matinal et sillonnons les alentours d'Argentré au gré des édifices de pierre - les églises - et des roches mégalithiques - les dolmens. De quoi rendre un athée adepte aux rites sacrés.

Un dolmen en terres mayennaises
Un dolmen en terres mayennaises Crédits : Aurélien Bellanger

Le roi des sports en temps de confinement : la course à pied

Je ne suis, techniquement, pas catholique, je ne suis pas baptisé et la seule fois où je suis allé communier à la messe j’ai été sévèrement grondé par ma grand-mère. La campagne mayennaise, cependant, m’éprouve considérablement.

J’ai mis mon costume le pus christique, mon collant noir, mon tee-shirt Nike transpirant et mes Five Fingers à orteils apparents – pour un meilleur toucher du sol – et je suis ainsi parti relever, comme les missions chrétiennes du renouveau catholique du XIXème siècle, les calvaires des villages du sud : Louvigné, Bazougers et Parné-sur-Roc. Je m’étais cependant, avec une certaine prudence, fixé la plus païenne des destinations, le menhir de la Hune, sur une route isolée, auquel le site "Mégalithes du monde" attribue la note de 5/5.

Tout au long du chemin aller, le christianisme était pourtant bien là, solidement établi sur la terre, rocheux et presque indéracinable. D’abord, avec la petite église grise de Louvigné, au clocher minuscule tenu par quatre puissants contreforts, et au vitrail arrière mystérieusement muré. Puis, à gauche des chemins de ferme que j’ai pris, dans les lointains, le clocher pointu de Bazougers, et plus près de moi, la masse carrée de celui du prieuré de la Cotellerie, qui flottait, comme le mirage d’une oasis, au-dessus de la masse verdâtre et floue d’un petit bois. 

Je suis descendu ensuite dans la vallée de l’Ouette, en laissant à ma droite un moulin à vent, et j’ai traversé la rivière sur quatre grosses pierres plates. C’est là, en remontant, que j’ai aperçu le menhir, immense et solitaire dans son champ de colza – une splendeur. J’ai couru jusqu’à lui et réalisant soudain la similitude entre mes chaussures de course et des chaussons d’escalade, j’en ai spontanément entamé l’ascension – façon personnelle de désacraliser la pierre, ou plutôt de la retourner, en gravant sur elle une sorte de croix, celle du sport, décadent et fluo, de la modernité tardive.

Géologie mégalithique

Il fait plus de cinq mètres et j’ai rapidement échoué, faute de prises. J’ai alors pris un peu de recul pour l’admirer de façon plus conventionnelle – quoique l’érection de ce genre d’objet soit une conséquence rituelle immédiate de notre bipédie et de notre besoin simiesque d’utiliser nos mains perdues pour la marche. Utilisé un temps comme polissoir, disent les archéologues, avant d’être dressé, il présente sur sa face la plus accueillante, le profil d’une des statues de l’Île de Pâques, avec un nez clairement marqué. Cette paréidolie n’est pas son aspect le plus troublant. 

J’ai réalisé, en en faisant le tour, et nonobstant les fissures, sans doute dues à la foudre, qui le lézardent depuis son sommet, qu’il s’agit strictement d’une dalle, rectangulaire, épaisse et régulière – à peu près 70 centimètres d’une épaisseur constante. On visualise la couche rocheuse qu’on a fait sauter quelque part, et retaillée – mais impossible, mentalement, de me représenter le synclinal d’origine. Les pierres plates du gué de l’Ouette étaient bien trop récentes, et rien, dans le paysage traversé, n’était à ce point compact, rocheux et régulier. A l’exception peut-être d’une petite mare rectangulaire qui paraissait avoir été découpée directement dans la roche mère. Je me suis souvent retourné, sur la route de Parné, vers l’entêtante structure.

Sans y penser, sur la route de Meslay, un fabricant de vitrage avait signalé sa PME par une sorte de show-room en plein air composé de trois mégalithes de section carrée, intégralement revêtus de miroirs. Le menhir de la Hune ne dissimule sans doute aucun secret plus profond – c’est le show-room probable d’une peuplade néolithique qui avaient dû faire fortune dans une proto-industrie quelconque. 

J’ai enfin escaladé, par des roquets abrupts, le joli village de Parné, pour tomber en face, en haut d’un calvaire sophistiqué adossé à l’église, du crucifié lui-même. Je respirais mieux que lui. Mais j’ai repensé, sur la longue ligne droite qui m’a ramené à Louvigné, à son glorieux calvaire, devant les rares fermes que je croisais, et qui toutes arboraient, sur leur pignon, des petits niches destinées à recevoir des statues de la vierge, et dont l’une d’elles, avec sa croix en brique incrustée au-dessus d’elle, ressemblait à la fois à une crèche et au mont Golgotha.

J’avais vu, sur la route de Saint-Céneré, un râtelier adossé à une petite falaise, au-dessus d’une mare, avec un toit en tôle : je ne connais, dans toute l’iconographie chrétienne, pas de plus belle évocation de Bethléem. J’ai enfin revu le clocher d’Argentré, au loin, un peu avant le kilomètre 21, et j’ai levé, difficilement, les bras en signe de victoire et de résurrection. 

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......