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Escalier en colimaçon d'un château de la Mayenne.

Jour 28 : Un château en Mayenne

3 min
À retrouver dans l'émission

Aurélien Bellanger se plonge dans les vestiges et dans le patrimoine architectural des châteaux de la Mayenne. Découverte de pépites oubliées, vestiges du temps passé et rêves d'une vie châtelaine.

Escalier en colimaçon d'un château de la Mayenne.
Escalier en colimaçon d'un château de la Mayenne. Crédits : Aurélien Bellanger

A la découverte des châteaux mayennais

La Mayenne se vante d’être, tout de suite après le Val de Loire, le coin de France où on trouve encore le plus grand nombre de châteaux habités. C’est à peu près tout ce que j’avais retenu d’un livre appartenant à mon grand-père, La Mayenne : Châteaux, Manoirs, Belles demeures – un syllogisme obscur qui disait que je ne serais pas mayennais du tout pendant que je n’habiterais pas dans un château.

J’ai participé, cet automne, avec Les Matins, aux rencontres de Blois, et j’avais passé ensuite la journée à vélo, joignant Chambord, Chenonceau et Amboise. Le soir, j’étais retourné, pour un dîner, à Chambord – où nous avons cru ne jamais arriver,  le bus s’étant engagé trop loin dans une allée forestière, au milieu des sangliers, et les rares d’entre nous qui avaient encore du réseau étaient suspendus à cette nouvelle prodigieuse, depuis démentie, qu’on aurait retrouvé Dupont de Ligonnès, le plus grand fugitif de France, l’ultime branche, décadente, évanouie, de la noblesse française. 

Le lendemain j’étais remonté jusqu’à Chartres, pour une rencontre à la librairie L’Esperluète, via Châteaudun – avec un détour proustien par Illiers. Peu de choses m’ont autant impressionné dans mes tours de France à vélo que l’aplomb troglodyte des murailles de la forteresse de Châteaudun – je me suis promis d’y revenir en famille, et comme j’avais bêtement posé mes lunettes dans un tournant après Saint-Christophe, cela fut fait dès le lendemain. De là, nous nous sommes vaguement mis en quête, puisque j’avais un peu d’argent sur mon compte, d’une maison de campagne dans le Dunois, pariant sur le traditionnel dédain des parisiens pour la Beauce.

Ce furent des semaines faustiennes de délice immobilier sur « Le bon Coin » et « seloger.com » : découvrir qu’à dix kilomètres près, et sur la base de deux photos et d’une description sommaire, nous arrivions à deviner le prix, à 5000 euros près, était particulièrement réjouissant. La carte de la France physique se dédoublait d’une carte des prix de l’immobilier que nous commencions à maîtriser si bien que ma compagne s’aventurait la nuit jusqu’à la Bourgogne et jusqu’au Perche. Mais le Dunois revenait toujours, comme hypothèse principale : il y avait là un néant immobilier particulièrement propice à nos aventures, et nous avons failli aller visiter une maison de ville à Courtalain.

C’est alors que je me suis souvenu de l’existence, à une heure et demi de voiture de là, d’un département qui tombait presque entièrement sous ce concept arrogant de néant immobilier : j’ai proposé à ma compagne d’élargir ses recherches à la Mayenne. Il ne lui fallut pas plus d’une nuit de recherche pour se persuader qu’on avait mis la main sur un Eldorado de la pierre. Mais le véritable déclencheur fut la mauvaise photographie d’un escalier en colimaçon sur une maison dont le prix semblait être la dernière chose à y avoir dégringolé. On distinguait aussi l’équivalent d’une meurtrière.

Châtelain en songe

A défaut de posséder jamais un château, nous n’en avons pris le chemin, capitalistiquement parlant, à aucun moment, il y avait dans cette miniature comme l’âme, en condensation, de mes rêves d’enfance – et comme une réitération aussi du fugace infini d’un tableau de Rembrandt, celui que j’avais vu au Louvre, avec un philosophe méditant sous un escalier, et qui avait délivré, à mon esprit paresseux, le seul résumé exploitable des charmes ambiguës du spinozisme : la philosophie comme mélancolie de la fatalité.

La maison, bien sûr, construite en L autour de cet escalier métaphysique, ne tenait pas tout à fait ses promesses – sinon par le fait, qui charmera toujours l’amateur de châteaux mayennais que le corps principal était du XVIIIè siècle, comme le château de Craon, et la petite barre du XVIè, voire du XVè – comme le château de Lassay –, et que cela pouvait être, à l’époque de la guerre de Cent Ans, comme un second ouvrage défensif, l’ébauche d’une tour, à quelques mètres d’un petit pont stratégique.

C’était envisageable, et le vendeur, lecteur de Tolkien, amateur de villages féeriques, m’a raconté comment, pour lui aussi, la découverte de cet escalier, en 1990, avait été le déclencheur de son achat.

Ainsi que la légende, qu’il m’a légué comme un sort dont on se débarrasse, d’un trésor des Templiers emmuré quelque part – et je suis certain que c’est lui qui a commencé, sous la cuisine, depuis le petit appentis, à creuser cette ébauche de tunnel – comme il m’a avoué être descendu dans le puits. 

Avant de s’apercevoir, sans doute, que le trésor était immatériel, dans le château invisible qui tournoyait, en sifflant par les biseaux de ses meurtrières, autour de cet escalier en chêne à demi millénaire.

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