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Dernier débrief des Matins de France Culture avant le confinement

Jour 3 : L’année des doubles grandes vacances

3 min
À retrouver dans l'émission

Qui a eu cette idée folle un jour d’arrêter l’école ? C’est ce sacré… coronavirus. Le lendemain de l’annonce présidentielle, vendredi 13 mars donc, Aurélien Bellanger perçoit les airs d’adieu qui raisonnent dans les locaux de France Culture. On interrompt tout.

Dernier débrief des Matins de France Culture avant le confinement
Dernier débrief des Matins de France Culture avant le confinement Crédits : Aurélien Bellanger

Le dernier jeudi est marqué par l’attente de l’allocution solennelle du président Macron à 20h. On parle toute la journée, sur Twitter, de l’article 14 – sorte de version musclée, militarisée du 49-3 qui avait fait l’actualité deux semaines plus tôt. 

Vagues souvenirs du dernier jour d'avant, ou la routine au goût âcre

J’ai peu de souvenirs de ma journée. J’ai consacré ma chronique matinale à la forêt de Fontainebleau.

J’ai pris un café en terrasse avec mon ami Etienne, rue Cadet, café essentiellement passé à commenter les municipales, et à préparer pour le mardi suivant une sortie à vélo, sans doute vers Beauvais – l’hiver avait été très calme, avec seulement un Paris-Chartres en décembre, et un Paris-Meaux en janvier, par le canal de l’Ourcq, aux berges en terre, rendues exceptionnellement accessibles par le gel – la seule journée de gel de tout l’hiver.

Le soir, avant Macron, j’avais mis mes filles devant les Gremlins – nous partageons le même compte Netflix, mais pour éviter Trotro, Pat’Patrouille et le lapin Simon, nous nous connections en général sous mon identifiant, dont j’ai réussi à faire croire à mes enfants qu’il donnait accès aux meilleurs films. Aucun problème pour Jeane, qui a presque 10 ans. C’est plus embarrassant pour Emma, qui n’en a que 3 et demi : c’est un peu juste pour Joe Dante et pour les productions Amblin en général.

C’est un peu juste aussi pour les allocutions de Macron. Le président annonce essentiellement la fermeture des écoles. Je ne leur relance pas le film, à 20h30 – c’est à ça qu’on voit que la situation est grave : j’estime soudain que Gremlins c’est un peu anxiogène : tant pis pour la scène du mixeur. Max, en pleine varicelle, est de toute façon exempté de crèche, mais nous décidons de mettre les deux filles à l’école – au moins qu’elles prennent les consignes de leurs maîtresses et qu’elles embrassent leurs amis. 

Vendredi je lis une chronique sur les cathos de gauche qui me vaut un succès notable sur Twitter – je passe de trois retweets à quasiment une trentaine, un record. On ne sait pas encore que le petit débrief des Matins, dans l’open space du sixième étage, est notre dernier – enfin on commence à sérieusement le soupçonner, on est anormalement nombreux, et j’en profite pour faire une grande photo panoramique. Nous sommes une bonne vingtaine, contre 5 ou 6 d’habitude. Mauvaise blague : je me vante de ma photo, en précisant qu’il ne me restera plus, pour les jours qui viennent, qu’à mettre des croix noires au-dessus de la tête des gens. 

La valse des "derniers"

Un dernier café en terrasse, au soleil, avec Hervé et Mathilde, puis je passe chez Gallimard récupérer le manuscrit annoté de mon prochain roman : la réceptionniste portait un masque, le service de presse était en quarantaine. Je commande néanmoins au magasin les trois tomes du Principe espérance d’Ernst Bloch.

D’ultimes courses au Naturalia – j’hésite un peu, devant le vrac, mais j’aime trop les mangues séchées. Dernière sortie d’école : pour ceux qui ont des enfants, le confinement, la quarantaine, commence à cette date, à cet instant : vendredi 13 mars 2020, à 16h30.

Le premier samedi j’ai dû me lever à 8h10, l’équivalent d’une belle grasse matinée, et à 8h15 je ne supportais déjà plus aucun de mes enfants. Nous sommes allés à la médiathèque Françoise Sagan, pour rendre des livres, mais elle était déjà fermée, puis nous sommes allés acheter des mangas dans une librairie en face du Rex, en traînant, le temps que ça ouvre, dans un parc discret des Grands Boulevards, où nous étions tout seuls : des Naruto,  de 14 à 20, pour l’aînée, et un One piece, pour la petite, sinon elle aurait pleuré sur mes épaules. 

L’après-midi, en traversant le square Montholon, nous avons été repérés par une camarade d’école de ma fille, et je suis allé, contre toutes les consignes de prudence, prendre un café chez ses parents. Le père m’a montré qu’il écoutait ma chronique quotidienne en la diffusant sur deux enceintes Phantom synchronisées : jamais ma voix n’avait été aussi belle. On a parlé aussi de diamants, c’est son métier, comme d’une façon astucieuse de dissimuler de l’argent en période de grande catastrophe.

C’est là que j’ai eu ma directrice au téléphone qui m’a proposé un plan de repli – écrire quarante chroniques de chez moi, et les diffuser pendant l’été. J’étais un peu vexé, mais nous y sommes.

Enfin, nous avons été chez JouéClub. Ma grande fille a pris le coffre-fort Playmobil, mon fils l’hydravion, et la petite a pris une parure Reine des Neiges.

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