LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Photo prise le 22 décembre 2015 à l’Hyper Cacher de Paris où a eu lieu un attentat perpétré par Amedy Coulibaly le 9 janvier 2015.

Attentats de 2015 : comment Amedy Coulibaly a-t-il pu se procurer des armes ?

7 min
À retrouver dans l'émission

D’où provenaient les armes qu’a utilisées Amedy Coulibaly dans l’attentat de l’Hyper Cacher ? Comment a-t-il pu se les procurer ?

Photo prise le 22 décembre 2015 à l’Hyper Cacher de Paris où a eu lieu un attentat perpétré par Amedy Coulibaly le 9 janvier 2015.
Photo prise le 22 décembre 2015 à l’Hyper Cacher de Paris où a eu lieu un attentat perpétré par Amedy Coulibaly le 9 janvier 2015. Crédits : ERIC FEFERBERG - AFP

D’où provenaient les armes qu’a utilisées Amedy Coulibaly dans l’attentat de l’Hyper Cacher ? Comment a-t-il pu se les procurer ? Au procès des attentats de janvier 2015, aujourd’hui, jeudi 1er octobre 2020, sera entendu, en tant que témoin, un certain, Claude Hermant. 

Figure de l’extrême droite, déjà condamné pour trafic d’armes, Claude Hermant était aussi un indic de la police. Quel rôle a-t-il pu avoir dans l’approvisionnement en armes d’Amedy Coulibaly ? Que raconte cette histoire sur les rapports entre indics et police ? 

Guillaume Erner reçoit Didier Hassoux, journaliste au « Canard Enchaîné ».

Qui est Claude Hermant ? 

"Claude Hermant est un sexagénaire qui est aujourd'hui en prison pour avoir trafiqué des armes. C'est un homme qui est un des piliers de ce qu'on appelle la maison flamande à Lille. C'est un "héros" de la mouvance identitaire nordiste lilloise. C’est quelqu'un qui, pendant des années, est un délinquant, qui a un lourd passé de trafiquant en tout genre et notamment de trafiquants d'armes."

Quel lien avec Amedy Coulibaly et l’attentat de l’Hyper Cacher ? 

Il sera jeudi 1er octobre 2020 entendu au procès d'Amedy Coulibaly de l'Hyper Cacher. Pourquoi cet homme, qui est un délinquant venu de l'extrême droite, se retrouve aujourd'hui dans ce procès ? 

"Il a été condamné pour trafic d'armes. Il a été jugé pour ça, dans un procès à Lille. Il a écopé de 8 ans de prison et on a trouvé sur Coulibaly des armes qu'il (Claude Hermant) avait importées légalement de Slovaquie via un site internet. Les armes étaient démilitarisées (autrement dit ne pouvaient tuer/étaient empêchées de tuer), et Claude Hermant, de façon artisanale, dans son atelier à Lille, les a  remilitarisées - il a fait en sorte qu'elles puissent tuer. Il les a vendues à un tiers." 

"Le problème, c'est (qu'on ne trouve pas quel est ce tiers), que la justice n'a pas trouvé le chaînon manquant entre Claude Hermant et Amedy Coulibaly. Autrement dit, on ne sait pas qui a servi d'intermédiaire à Claude Hermant. On sait simplement qu'il les a données, qu’il les a vendues à quelqu'un qui était un braqueur. Comment le sait-on ? Parce que Claude Hermant était ce qu'on appelle, dans le jargon de la police, un « tonton », une « balance », un « indic », un « mouchard ». Quelqu'un qui travaillait pour les services des douanes et de gendarmerie." 

Claude Hermant était ce qu'on appelle, dans le jargon de la police, un « tonton », une « balance », un « indic », un « mouchard ». Didier Hassoux

Le terroriste de l'Hyper Cacher (Amedy Coulibaly) aurait pu être armé par un indic d'extrême droite. "Ce qui pose un vrai problème, c'est pourquoi les services en question n'ont pas fait remonter cette information à leur hiérarchie. Ils ont fait remonter le fait que Claude Hermant était un trafiquant notoire, ils ont raconté sans doute à leur hiérarchie que les armes arrivaient à des braqueurs. Mais ils n'ont pas su, ou ils n'ont pas vu, ou ils n'ont pas dit - on ne sait pas - que ces armes pouvaient potentiellement armer des terroristes."

Les relations entre indics et police

Est-ce qu'à chaque fois qu'un indic fait une vente d'armes, il prévient la police ? Est ce qu'il le fait lorsqu'il en juge bon, lorsqu'il est interrogé par la police ?  Comment cela fonctionne ? 

"Il y a l'esprit et la loi. Et puis, il y a le quotidien, la pratique. Quand on fait un tout petit retour en arrière, en 2004 (seulement en 2004), le principe de la gestion des informateurs a été acté dans la loi. C'est la loi Perben 2 qui a défini précisément ce qu'on peut faire, ce qu'on ne peut pas faire avec des indicateurs de police, de gendarmerie ou de douanes. C’est assez récent."

"Normalement, à chaque fois, le recrutement d'un indicateur doit être validé par la hiérarchie (policière). On doit évaluer le profil (de l'indicateur). On doit savoir s'il est en capacité de faire le travail qu’on lui demande. A chaque fois qu'il y a un contact avec un indicateur, l'agent traitant doit faire un rapport, un rapport d'activité, un rapport de contact et à chaque fois, à chaque contact, une évaluation nouvelle doit être faite. Malheureusement, ça ne se fait pas toujours comme ça. Pourquoi ? Parce que - si vous me permettez l'expression - gérer un contact pour un douanier, pour un gendarme, pour un policier, c'est la loi de « l’emmerdement maximum »." 

Gérer un contact pour un douanier, pour un gendarme, pour un policier, c'est la loi de « l’emmerdement maximum ». Didier Hassoux

"Il faut les choyer (les contacts/les indics). Il faut les chouchouter, ces contacts. Ces indics sont tous des voyous, de plus ou moins grands voyous, mais on leur a promis quoi ? On leur a promis soit de l'argent, soit un coup de pouce administratif, soit de se débarrasser d'un concurrent dans leur métier de trafiquant. Et ça, ça demande de l'énergie. Un suivi pratiquement permanent, pratiquement 24 heures sur 24. Les policiers qu'on a pu rencontrer dans nos enquêtes vous racontent tous que c'est des coups de fil permanents : il faut s'occuper des enfants du tonton, s'occuper de ses déboires familiaux en tout genre, etc."

"Tout le problème (dans l’affaire de l’Hyper Cacher et d’Amedy Coulibay), c’est qu'on n'a pas réussi (en tout cas aucune des instructions - soit celle de l'Hyper Cacher, soit celle du trafiquant Hermant à Lille) à démontrer s'il y a eu un vrai suivi ou pas de ce trafiquant d'armes. Ce qu'on sait, c'est que les enquêteurs ont retrouvé un certain nombre d'échanges entre l'indicateur et les officiers traitants. Ces échanges là, soit par téléphone, soit par mail, étaient devenus amicaux : « Comment ça va, mon lapin ? » ; « Tiens, tu rentres aujourd'hui ? »... C’était une conversation comme vous pouvez en avoir avec vos amis et c'est là où est le problème. On sort d'une relation professionnelle contractualisée, on va dans une relation qui est beaucoup plus amicale. C’est là que ça dérape. C’est là que l'officier traitant peut manquer de jugement, peut manquer de recul et ne pas dire ce qu'il a vu ou ce qu'il sait, ce qu'il subodore. C’est tout le problème (de travailler avec des indics)."

Qu’attendre du témoignage de Claude Hermant au procès des attentats de janvier 2015 ?

"Je ne sais pas quel est l'esprit de Claude Hermant aujourd'hui. Il a écopé de 8 ans de prison. Je pense qu'il va rester dans un mutisme total. Ou bien il va dire le minimum, il va dire qu’il n'a pas du tout armé Coulibaly, qu'il a fait simplement son travail. Je doute qu'on apprenne des choses. "

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......