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Photo de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, prise le 26 août 220 à Paris.

Avenir lycéen : pourquoi ce syndicat se retrouve-t-il au coeur d’une polémique ?

8 min
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Suite aux révélations de Mediapart puis de Libération, le syndicat Avenir lycéen se retrouve au coeur d'une polémique. Il est soupçonné d'avoir été téléguidé par le ministère de l'Education Nationale. Quelles sont ces révélations ?

Photo de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, prise le 26 août 220 à Paris.
Photo de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, prise le 26 août 220 à Paris. Crédits : ALAIN JOCARD - AFP

« Une affaire à partir de rien », c’est en ces termes que Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education Nationale, a qualifié les révélations de Mediapart (dans un premier temps), puis de Libération, (dans un second temps), autour du syndicat « Avenir lycéen ». Ce syndicat, né dans le contexte des blocages de lycées survenus en décembre 2018, parallèlement au mouvement des Gilets Jaunes, est soupçonné d’avoir été téléguidé par le ministère de l’Education Nationale. De quoi s’agit-il ? 

Guillaume Erner reçoit Marie Piquemal, journaliste à « Libération », en charge de l’Education.

L'histoire

L’histoire autour de ce syndicat commence avec un article de Médiapart publié le 8 novembre dernier. Il faisait état d'une curieuse gestion financière de ce syndicat lycéen qui aurait perçu 65.000 euros de subventions du Ministère en 2019, dont 40 000 pour un congrès qui n'a jamais eu lieu. 

Marie Piquemal : "Tout est parti de cette histoire de Médiapart qui nous a un peu révélé aussi l'existence de ce syndicat (eux, au sein du syndicat, ils se définissent comme une organisation, une association, même apolitique, apartisane, qui est là pour représenter les lycéens)."

Marie Piquemal poursuit : "Médiapart raconte comment cette organisation qui a 400 membres (ce que l'organisation elle-même revendique) a reçu beaucoup de subventions publiques et les a utilisées à d'autres fins que celles pour lesquelles elles étaient destinées. Médiapart explique aussi que le ministère était au courant dès cet été et n'a rien fait, n'a lancé une enquête administrative que le jour où l'article de Mediapart sort et s'offusque  comme s’il découvrait l'affaire."

Libération, (dans les colonnes de Marie Piquemal et Charles Delouche) poursuit l'enquête. 

Marie Piquemal observe : "une sorte de parole se libère à l'intérieur de l'organisation « Avenir lycéen » avec des anciens membres qui se mettent à parler et qui racontent une toute autre histoire d’ « Avenir lycéen » que celle qu'on pouvait imaginer, loin de l'histoire d'une organisation apolitique et qui serait là juste pour représenter des lycéens... L’enquête de Libération raconte que cette organisation a été créée de toutes pièces pour servir les intérêts du ministère, la communication du ministère."

Le contexte de l’hiver 2018

Comme le rappelle Marie Piquemal : "Il faut se replacer dans le contexte de la création de cette organisation : décembre 2018, le contexte des gilets jaunes... Pour la première fois, Jean-Michel Blanquer se retrouve face à un os parce que jusque là, il filait tout droit sur un boulevard, tout lui était plutôt favorable, ses réformes passaient sans trop de difficulté. Au cours du mouvement des gilets jaunes, à la télé, on voit Louis Boyard, qui est le représentant du syndicat UNL, un autre syndicat lycéen qui revendique 7.000 adhérents, et qui appelle les lycéens à rejoindre le mouvement des gilets jaunes."

"Mouvement de panique un peu au sein du ministère pour contrer. On sait tous que la plus grande peur des ministres de l'Education, c'est les mouvements lycéens et étudiants qui sont difficiles à contrôler."

Quels liens entre organisations lycéennes, étudiantes et pouvoir politique ?

Marie Piquemal : "Il y a eu des histoires dans le passé. C’est d'ailleurs un axe de défense du ministère (ou de la droite) - qui est de dire qu’il y a toujours eu des syndicats lycéens financés par des partis politiques. Et ça s'est fait à gauche, c'est vrai. C’est vrai, souvent, les syndicats lycéens sont des jeunes (par définition malléables) chapeautés plus ou moins de près par des syndicats étudiants juste au-dessus d'eux. Au-dessus encore, on a le parti politique qui - on peut dire - les « manipule » un peu. Là, ce qui est très étonnant et un peu nouveau, c'est que pour la première fois, c'est l'administration centrale et le ministère qui a pris sous son aile ce syndicat. Et peut-être aussi parce qu'à l'époque, En marche n'est pas non plus un parti politique très structuré et qu'ils n’ont pas cette structure qui leur permet de gérer un syndicat lycéen."

Marie Piquemal : " Libération recueille des témoignages de personnes d’« Avenir lycéens » (notamment l’un des membres fondateurs) racontant ce sentiment d'avoir été instrumentalisé et utilisé à des fins politiques et qu'on a utilisé leur engagement lycéen militant de démarrage à des fins autres."

"Qu’un syndicat soit raccord avec les avis du ministère, ce n’est pas le problème. Ce que racontent les jeunes impliqués à ce moment là, c’est que tout ce qu'ils essayaient de dire ou de porter comme idée et bien s’il y en avait une qui pouvait être un peu en décalage avec les idées du ministère, les communiqués étaient réécrits par les membres fondateurs qui étaient très, très proches du ministère... C’était pour beaucoup des élus lycéens, qui étaient élus au Conseil académique de la vie lycéenne (des super délégués de classe tête, des jeunes qui représentent les lycéens au niveau du rectorat)."

Une enquête administrative ouverte par le ministère de l’Education Nationale

Marie Piquemal : "L’enquête administrative a été lancée après les révélations de Mediapart sur l'aspect purement financier. Elle pose question parce que qui mène cette enquête administrative ? Si c'est les services internes du ministère, ça pose un problème. Il y a une demande de commission d'enquête parlementaire qui a été déposée. Il s'avère que le ministre a dit lui même qu'il était d'accord. Donc, après ça exige que la majorité vote pour cette commission. Il faut quand même que les députés LREM eux mêmes acceptent..."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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