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Photo prise le 11 septembre 2021 dans le village de Kulangar, près de Puli Alam en Afghanistan.

Aveux d’échec sur le retrait d’Afghanistan : quelles sont les erreurs de l’armée américaine ?

8 min
À retrouver dans l'émission

Des hauts gradés du Pentagone sont auditionnés depuis plusieurs jours par le Sénat à Washington sur le retrait des troupes américaines en Afghanistan. Ils reconnaissent des erreurs de jugements, une mauvaise évaluation de la situation sur le terrain.

Photo prise le 11 septembre 2021 dans le village de Kulangar, près de Puli Alam en Afghanistan.
Photo prise le 11 septembre 2021 dans le village de Kulangar, près de Puli Alam en Afghanistan. Crédits : Marcus Yam / Collection : Los Angeles Times - Getty

"Un échec stratégique". C’est en ces termes que plusieurs dirigeants du Pentagone viennent de qualifier le retrait américain d’Afghanistan. Des hauts gradés, auditionnés depuis plusieurs jours par le Sénat à Washington, qui reconnaissent des erreurs de jugements, une mauvaise évaluation de la situation sur le terrain. Ils estiment aussi que leurs recommandations n’ont pas toujours été suivies d’effets. Des généraux mais aussi des ministres à l’heure de l’autocritique. Quelles erreurs ont été commises ? A qui incombe la responsabilité de l’échec du retrait américain ? 

Guillaume Erner reçoit Elie Tenenbaum, directeur du Centre des Études de Sécurité de l'IFRI, co-auteur avec Marc Hecker de « La Guerre de vingt ans. Djihadisme et contre-terrorisme au XXIe siècle », ed. Robert Laffont (2021).

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Les erreurs états-uniennes

Cette guerre apparaît aujourd'hui comme une dépense inouïe d'êtres humains et d'investissements colossaux. Peut-on aujourd'hui pointer avec précision les erreurs commises ?

Il y a plusieurs facteurs qui contribuent, effectivement, à cet échec colossal : deux décennies de morts et de destructions. Un point important à garder en tête, c'est que justement, il n'y a pas eu vingt ans de guerre en Afghanistan, mais quarante fois six mois de guerre. C'est une guerre qui été conduite sous une grande pression, avec une impatience politique considérable.

Dès 2001, George W. Bush n'avait de cesse de dire : il est urgent de tourner la page pour passer à autre chose. Mais à chaque fois, quand on regarde l'histoire de cette guerre, on voit qu'il y a un saucissonnage de la stratégie : si les Américains étaient partis avec l'idée qu'ils en avaient pour vingt ans, on n'en serait pas là. 

Aujourd'hui, cet échec est pratiquement officiel. Il y a ce rapport, et il parle clairement d'erreurs. Mais est-ce qu'en même temps, ce n'est pas difficile de terminer une guerre ?

L'impatience du politique

Oui, c'est difficile, mais en même temps, si vous savez que vous avez une tâche considérable, qui est celle de la stabilisation et de la reconstruction d'un Etat, on sait qu'on en a pour longtemps, et l'objectif fixé ne doit pas être pensé en termes de dates (cela fait partie des éléments reprochés aux politiques), mais en fonction d'un état final recherché. C'est la démarche stratégique à adopter, et l'impatience du politique a empêché d'y parvenir.

La part de responsabilité de Trump

Quelle est la part de responsabilité de Donald Trump dans cette affaire ?   

Il est arrivé déjà au bout d'un processus, après qu'Obama a retiré le gros des troupes sous son mandat. Trump était sceptique sur la guerre, il a fait signer l'accord de Doha (2020), accord de paix avec les talibans qui portait déjà en germe l'échec qu'on a vu cet été.

L'intervention de 2001 vue d'aujourd'hui

S'il n'y avait pas eu d'intervention états-unienne en Afghanistan, peut-on imaginer ce qui se serait passé ? Est-ce que l'on sait si véritablement, la situation serait celle à laquelle on assiste aujourd'hui, ou bien est-ce que l'Afghanistan serait devenu un sanctuaire pour les terroristes ?

Il était bien un tel sanctuaire avant l'intervention états-unienne, dont c'était le sens. Les talibans hébergeaient Ben Laden et accueillaient des groupes étrangers venant s'entraîner. Sans réaction, ce sanctuaire aurait persisté.

Est-ce un argument qui peut être mobilisé par ceux qui défendent aujourd'hui l'intervention de 2001 ?

Absolument, et c'est la base même de l'accord de Doha : il y avait une distinction qui pouvait être opérée et qui n'existait pas en 2001 entre les talibans et Al-Qaïda. Ce qui est sûr, c'est que les talibans sont de retour au pouvoir, mais qu'Al-Qaïda n'est plus dans la même situation qu'en 2001 avec ce sanctuaire.

Intervenants
  • Directeur du centre des études de sécurité à l’IFRI
L'équipe
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