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Près de 150 enfants posent, le 08 juin 2005 sur la plage de Saint-Malo, pour inscrire "Attention mer fragile" sur le sable à l'occasion de la journée mondiale de l'océan.

Climat : qu’attendre de la COP25 à Madrid ?

7 min
À retrouver dans l'émission

La COP25 s'est ouverte lundi 2 décembre 2019 à Madrid en Espagne. Quelles mesures vont pouvoir prendre les pays réunis, qui avaient conclu l'historique accord de Paris, sur le climat, lors de la COP21 ?

Près de 150 enfants posent, le 08 juin 2005 sur la plage de Saint-Malo, pour inscrire "Attention mer fragile" sur le sable à l'occasion de la journée mondiale de l'océan.
Près de 150 enfants posent, le 08 juin 2005 sur la plage de Saint-Malo, pour inscrire "Attention mer fragile" sur le sable à l'occasion de la journée mondiale de l'océan. Crédits : VALERY HACHE - AFP

Après Katowice en Pologne, en 2018, c’est à Madrid que s’est ouverte lundi 2 décembre 2019 la conférence internationale pour le climat qui, chaque année, vise à coordonner les pays dans la lutte contre le réchauffement climatique. Près de deux cent pays sont donc réunis jusqu’au 13 décembre 2019 à Madrid pour cette COP25  – quatre ans après avoir scellé ensemble le fameux accord de Paris de la COP21, un accord historique qui entend limiter à 1,5 degrés Celsius la hausse des températures dans les années à venir. Que s’est-il passé depuis cette COP21 – qu’attendre de la COP25 ?

Guillaume Erner reçoit Laurent Bopp, climatologue, océanographe au CNRS et à l’ENS.

Quelles règles concernant la comptabilité des émissions de carbone ?

Ces COP, qui ont lieu toutes les années, visent à améliorer les objectifs et à travailler sur les règles qui vont permettre d'aller vers cette limitation du réchauffement climatique à 1,5 degré. 

Comment est-ce que l'on compte les émissions carbone – car il faut éviter la double comptabilité ? Imaginez qu'on ait envie de compenser une partie des émissions que l'on fait en France : pour cela, j'achète ou nous achetons une parcelle, par exemple au Brésil, pour faire de la reforestation. Donc, on va compter les émissions de carbone liées à cette nouvelle forêt. Pour nous, parce qu'on a payé pour cette reforestation. Et puis, les Brésiliens aussi vont peut-être compter cette parcelle de reforestation. Donc, il faut éviter cette double comptabilité. Sinon, évidemment, ça ne va pas marcher. On va trop compter et on n'arrivera pas à atteindre les objectifs. Laurent Bopp.

Il y a un certain nombre de littérature, d'articles scientifiques qui nous expliquent comment compter les réductions d'émissions ou la compensation carbone avec un certain nombre d'actions. Laurent Bopp.

Le rôle des océans dans la lutte contre le réchauffement climatique :

Cette COP devait être organisée par le Chili. Et c'est le gouvernement chilien qui a décidé, suite aux problèmes sociaux, d'abandonner l'organisation de cette COP. Madrid - l'Espagne a donc proposé d'organiser cette COP. C'est toujours le Chili qui garde la présidence et le Chili avait décidé de mettre cette COP sous le signe de l'océan. Donc, on a parlé de Blue COP ou de COP bleue pour parler de l'océan. Alors pourquoi parler de l'océan ? Peut-être en raison du récent rapport du GIEC, du rapport spécial sur l'océan Biosphère, qui rappelle le rôle de l'océan dans la lutte contre le changement climatique. Laurent Bopp.

L’océan est un acteur très important du système climatique qui absorbe de la chaleur. Il absorbe du carbone et donc ralentit la vitesse à laquelle le changement climatique se développe. Laurent Bopp.

Ce qu'on observe aussi, c'est que l'océan répond aux changements climatiques avec des modifications importantes de la circulation océanique, de la chimie dans l'océan et des écosystèmes océaniques. Et donc, l'océan nous rappelle l'urgence de lutter contre le changement climatique. Laurent Bopp.

Et enfin, ce que rappelle le rapport récent du GIEC, c'est que l'océan est aussi source de solutions pour lutter contre le changement climatique. 

Il faut à la fois s'adapter aux modifications qui ont lieu dans l'océan et utiliser l’océan pour atténuer le réchauffement climatique. Laurent Bopp.

Pour diminuer le réchauffement climatique, on peut utiliser la formidable possibilité d'énergie qu'on trouve dans l'océan. On parle des énergies marines renouvelables et il y a un stock d'énergie très important dans l'océan. On peut utiliser cette énergie renouvelable. On peut parler des hydroliennes. On peut parler de l'énergie qui est liée au gradient de température dans l'océan : en utilisant les différences de température entre la surface de l'océan et des températures beaucoup plus froides en subsurface. En fabriquant un courant marin qui va générer l'électricité, en utilisant ces différences de températures, ça fonctionne. Il y a quelques prototypes et le potentiel est très important. Il faut encore des développements technologiques, vraisemblablement, et il faut une volonté politique pour aller vers ces énergies marines renouvelables. Laurent Bopp.

L'incidence du retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris :

C’est le principe de l’accord de Paris : pour l'instant, il n'y n'a rien de contraignant. On ne peut pas obliger un pays à réduire ses émissions. 

L'idée, c'est de faire preuve par l'exemple et donc de mettre en avant les pays qui s'engagent pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Laurent Bopp.

C'est le cas d'un certain nombre de pays. Il y a un article récent qui montre que 18 pays sont - en termes d'émissions peut-être pas sur la trajectoire nécessaire pour atteindre les 1,5 degré - mais en tout cas, ils ont réussi à faire baisser les émissions. Laurent Bopp.

En France aussi, les émissions baissent. Elles ne baissent pas suffisamment vite pour atteindre la neutralité carbone en 2050, ce qu'il faut pour limiter le réchauffement à 1.5 degrés. Mais on peut apprendre de ce que font ces pays. C'est assez simple : c'est de basculer une grande partie de l'énergie primaire vers les renouvelable, de diminuer la consommation énergétique de façon générale et d'augmenter l'efficacité énergétique. Laurent Bopp.

La pression de la jeunesse :

Je crois qu’il n’y a que ça efficace : c'est la pression que mettent les populations, les jeunes en particulier sur les gouvernements, et c'est comme ça qu'on va pouvoir avancer. C'est un défi majeur pour les prochaines années de baisser ses émissions. Laurent Bopp.

Alors, encore une fois, les exemples de ces 18 pays qui ont atteint leur pic et qui commencent à décroître doivent nous informer. Est ce qu'on arrivera à 1,5 degré ? J'en doute. Mais est ce qu'on peut faire mieux que les 3 degrés, 3,5 degrés émis qui sont sur la table aujourd'hui avec les contributions ? Sûrement, et donc entre 1,5 et 3,5 degrés, il y a de la place et il faut faire beaucoup mieux que 3. La COP importante, c'est vraisemblablement celle de l'année prochaine à Glasgow, qui est la COP qui verra les différents pays, les 200 pays signataires de l'accord de Paris, revoir leur contribution à la baisse en termes d'émissions de carbone. Laurent Bopp.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page ou consulter la vidéo ci-dessous.

Intervenants
  • Océanographe et climatologue, Directeur de Recherche CNRS au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE) de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL), Professeur à l’Ecole Normale Supérieure
L'équipe
Production
Réalisation
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