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Photo prise le 28 septembre 2020 / AZERBAIJAN - ARMENIA - KARABAKH

Combats dans le Haut-Karabakh : le début d’une nouvelle guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ?

8 min
À retrouver dans l'émission

Depuis dimanche 27 septembre 2020, le Haut-Karabakh, région du Caucase, est le théâtre d’affrontements entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Pourquoi cette région est-elle au centre d'un conflit entre les deux anciennes Républiques soviétiques ? Quelles sont les forces en présence ?

Photo prise le 28 septembre 2020 / AZERBAIJAN - ARMENIA - KARABAKH
Photo prise le 28 septembre 2020 / AZERBAIJAN - ARMENIA - KARABAKH Crédits : HANDOUT / AZERBAIJANI DEFENCE MINISTRY - AFP

Tirs d’artillerie, blindés, bombardements… depuis dimanche 27 septembre 2020, le Haut-Karabakh, région du Caucase, est le théâtre d’affrontements entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Selon un bilan provisoire et partiel, plusieurs dizaines de morts sont à déplorer… 

Pourquoi cette région se retrouve-t-elle à nouveau au centre de tensions entre les deux anciennes Républiques soviétiques – chacune renvoyant à l’autre la responsabilité d’avoir déclenché les hostilités ?

Guillaume Erner reçoit Florent Parmentier , politologue, secrétaire général du CEVIPOF/Sciences Po, chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Auteur notamment de « Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie », ed. Presses de Sciences Po.

Le Haut-Karabakh

"Nous sommes dans le Caucase, cette montagne de langues. Cette montagne de langues avec une diversité ethnique, humaine, religieuse que l'on retrouve dans l'antagonisme entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Mais ce n'est pas un conflit seulement ethnique, en tout cas une opposition entre deux blocs. Ce qu'il faut voir, c'est que c'est une crise qui perdure depuis, en réalité, assez longtemps, et que, à l'issue de l’URSS, un certain nombre d'affrontements ont eu lieu dans ce Haut-Karabakh. A partir de la fin des années 88, on a vu un certain nombre de situations conflictuelles qui ont mené à un conflit qui a fait 30.000 morts."

A l'issue de cette guerre, un cessez le feu a été conclu en 1994. Mais un cessez le feu n'est pas un traité de paix. Florent Parmentier

"En réalité, la situation est celle de deux pays qui pourraient se retrouver de nouveau sur le chemin de la guerre. D'ailleurs, en avril 2016, il y avait eu une autre série d'affrontements de cinq jours qui avait fait une centaine de morts. Finalement, le conflit n'est pas réglé."

Les alliances

C’est une surface relativement restreinte cette région du Haut-Karabakh. C’est un petit département français. Mais ce qui rend ce conflit essentiel pour la géopolitique, ce sont les pays qui entourent non seulement cette région, mais aussi qui sont les différents protagonistes de ce lieu. L’Azerbaïdjan est un pays turcophone, ce qui donne une idée déjà des alliances des Azéris.  

"A ce sujet à Ankara, on parle finalement d'un peuple et de deux pays. On a cette idée effectivement d'une proximité extrêmement forte (avec la Turquie). L’Azerbaïdjan est soutenu dans la crise actuelle par la Turquie."

"De l'autre côté, les protagonistes du côté de l'Arménie : la Russie - puisque la Russie a une base militaire - la 102e base russe,  de 4.000 personnes à peu près,  qui se trouve en Arménie. Et puis, il y a également, peut-être de manière plus surprenante à première vue, l'Iran, qui fait partie des soutiens de l'Arménie, avec tout un tas d'implications."

L’Arménie n'est pas un pays musulman et on pourrait imaginer que l'Iran soit du côté des Azéris. Pourquoi n'est-ce pas le cas ?  

"L’Arménie s'est convertie au christianisme en tant que religion d'Etat avant l'Empire romain.  La raison pour laquelle l'Iran encourage plutôt l'Arménie : ce n'est pas seulement ses relations avec la Russie qui détermine ça, c’est également le fait que l'Arménie a une solide minorité azérie sur son territoire. L'Iran, de ce point de vue là, a des relations un peu méfiantes vis-à-vis de l'Azerbaïdjan, mais aussi vis-à-vis de la Turquie. On voit effectivement que dans ce cadre là, une théocratie chiite va plutôt soutenir un Etat avec lequel elle a plus d'intérêts stratégiques que d'intérêts confessionnels. »

La Russie

"La Russie connait assez bien les deux protagonistes à la fois parce que ce sont deux anciennes républiques soviétiques et aussi parce que la Russie vend des armes aux deux côtés. Elle vend des armes généralement un peu plus sophistiquées à l'Arménie ou un peu plus tôt, donc, elle a tendance plus ou moins à soutenir un peu plus l'Arménie."

"Mais, dans le cadre présent, en réalité, elle ne peut faire l'impasse sur aucun des deux protagonistes. Ce qui fait que la Russie va essayer de se positionner comme un pays neutre. La vraie question - c'est ce que teste en ce moment Recep Tayyip Erdogan (le président turc) - c’est de savoir jusqu'où elle sera neutre et de savoir si, comment 2016, une voix viendra du Kremlin pour dire « Arrêtez le conflit. Maintenant, on va arrêter. Je m'en chargerai moi-même » ou si la Russie va « laisser faire » le conflit actuel et voir un peu de quel côté la solution militaire se trouvera."

Enjeux économiques, énergétiques et récit national

"L’Azerbaïdjan dispose des ressources historiquement de pétrole et de gaz aujourd'hui. L’Azerbaïdjan est, de ce point de vue là, un partenaire important pour la circulation des hydrocarbures et du gaz, la consommation de gaz en Turquie." 

"Du côté des récits nationaux, l'Arménie a eu historiquement des territoires extrêmement variables. Au fil du temps, ce territoire est partagé, comme beaucoup d'autres territoires, entre entre deux récits nationaux. Ce qui fait qu'aujourd'hui, il n'y a pas véritablement de perspective de règlement du conflit. On sent que d'un côté comme de l'autre, du côté arménien, du côté de la diaspora arménienne, mais aussi du côté des Arméniens du Haut-Karabagh, comme du côté de l'Azerbaïdjan, ce qui pousse aujourd'hui à la déstabilisation, c'est davantage le renforcement de l'Azerbaïdjan - un État aujourd'hui trois fois plus peuplé que l'Arménie." 

"Le déséquilibre des forces vient précisément de ses ressources gazières. L'Arménie est face à un État qui accumule des ressources militaires, économiques, diplomatiques et donc, dans ce cadre là, l'Azerbaïdjan tente finalement de savoir quel sera le bon moment pour attaquer et estime  que 20% de son territoire est occupé. Ni d'un côté, ni de l'autre, il n'y a de véritable désir, de régler ce problème territorial."

La Turquie, l'Iran et la Russie, n'ont pas intérêt à ce que le conflit dégénère. Florent Parmentier.

"Si on regarde bien, aujourd'hui, le conflit au Haut-Karabakh est médié depuis un certain nombre d'années. Il y a une instance de médiation qui est le groupe de Minsk. Dans ce groupe de Minsk, il est intéressant de noter que c'est l'un des derniers espaces de discussions entre les Etats-Unis, les Européens et la Russie. Et dans ce cadre, sur tout un tas d'autres sujets - sur Alexeï Navalny, sur la Biélorussie, sur la Syrie - on voit bien les difficultés du dialogue avec la Russie et donc là, il y a l'un des canaux qui fonctionnent encore. Il y a les puissances régionales proches qui sont très impliquées, mais aussi, probablement qu'à un moment donné, la France, les Etats-Unis auront leur mot à dire sur cette crise avant qu'elle ne dégénère."

Trois scénarios :

"On peut imaginer un retour au calme assez rapide. Ce scénario n’est peut-être pas le plus optimiste, mais en tout cas, comme en 2016, on a cette idée que les deux protagonistes ont certainement envie d'en découdre ; les opinions publiques sont très mobilisées. Mais in  fine régionalement, Moscou dira à un moment donné, « Arrêtez avant que je ne m'en mêle »."

"La seconde hypothèse serait celle du dérapage : un dérapage pas contrôlé, des opinions publiques  chauffés à blanc, des dirigeants qui n'ont pas nécessairement envie d'y aller, mais sont obligés de suivre leurs opinions publiques. Donc ce scénario de dérapage a sa crédibilité. Et c'est ça, effectivement, dont il faut se défier."

"Et puis, il y a une troisième hypothèse qui serait celle de la pacification de la région pour éviter précisément la guerre d'après. Mais de ce point de vue là, on peut malheureusement regretter que les esprits ne sont pas prêts pour ce développement."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • Secrétaire général du CEVIPOF/ Sciences Po, chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC.
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