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Photo d’une librairie dans le quartier de Montmartre à Paris prise le 2 novembre 2020.

Reconfinement : pourquoi les libraires ont-ils changé de position sur la fermeture de leur commerce ?

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À retrouver dans l'émission

Une saison de prix littéraires bousculée sur fond de librairies fermées pour cause de reconfinement. Le monde littéraire est chamboulé par la fermeture des librairies. En mars (2020), le syndicat des libraires n’avait pas souhaité ouvrir les boutiques. Aujourd’hui, il le réclame. Paradoxe ?

Photo d’une librairie dans le quartier de Montmartre à Paris prise le 2 novembre 2020.
Photo d’une librairie dans le quartier de Montmartre à Paris prise le 2 novembre 2020. Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Une saison de prix littéraires bousculée sur fond de librairies fermées pour cause de reconfinement. Le Goncourt ou le Renaudot devaient être décernés mardi 10 novembre. Mais les deux prestigieux prix ont fait le choix du report, en soutien aux libraires indépendants contraints de baisser le rideau… D’autres comme le Médicis ou le Femina ont, eux, fait le choix du maintien, arguant vouloir soutenir l’actualité du livre… Le monde littéraire est chamboulé ; la question de savoir si le livre est un produit de première nécessité ou non, débattue. En mars (2020), le syndicat des libraires n’avait pas souhaité ouvrir les boutiques. Aujourd’hui, il le réclame. Paradoxe ou non ? Pourquoi les libraires veulent-ils maintenant lever le rideau ?

Guillaume Erner reçoit Renny Aupetit, co-fondateur du réseau Librest, réseau de 13 Librairies du Grand Paris, qui a mis en place une solution permettant de mutualiser les stocks de librairies. Renny Aupetit dirige aussi deux librairies : « Le comptoir des mots » dans le 20è arrondissement à Paris et « Le comptoir des lettres » dans le 5è arrondissement à Paris.

Les librairies face au "click and collect"

Pourquoi les libraires ont-ils revu leur position par rapport au confinement du mois de mars ?  Renny Aupetit : "Les libraires s'adaptent et c'est dans la nature du vivant de s'adapter, c'est-à-dire que c'est devenu un confinement, par définition, ça n'est pas le premier et donc les libraires, comme d'autres professions, veulent aborder ce (re)confinement d'une autre manière. "

Le click and collect s’est beaucoup développé entre le confinement et le reconfinement. 

Renny Aupetit : "Il faut revenir un petit peu sur la génèse. Au moment du premier confinement, il y a eu un effet de surprise. Les libraires, comme tout le monde, ont eu envie de donner l'exemple en souhaitant rester fermés. Mais très vite, ils ont constaté que la vente de livres se faisait encore, notamment à travers le e-commerce. Et donc, petit à petit, un certain nombre de libraires se sont mis au click and collect. Maintenant, cette pratique est un peu généralisée et l'ensemble des libraires, au cas à cas, sont capables d'en faire. L'absurdité de la chose, c'est que, oui les libraires sont capables de faire du click and collect, mais faire du click and collect, c'est faire 50% de son chiffre d'affaires, avec le même temps de travail, avec la même masse salariale que d'habitude, puisque c'est évidemment beaucoup plus chronophage. C’est comme si vous demandiez à votre épicier de faire les courses, ça demande un travail supplémentaire. "

Face à Amazon

Une librairie peut préparer les livres des clients qui viennent les chercher, elle peut le faire, mais de manière artisanale... Elle ne le fera jamais de manière industrielle, comme le fait Amazon depuis longtemps. Renny Aupetit.

Renny Aupetit : "Une librairie peut préparer les livres des clients qui viennent les chercher, elle peut le faire, mais de manière artisanale... Elle ne le fera jamais de manière industrielle, comme le fait Amazon depuis longtemps, avec aujourd'hui l'insertion de robots, ce genre de choses. Evidemment, sur ce terrain là, on ne peut pas lutter. On sait très bien qu'Amazon aujourd'hui fait le même chiffre d'affaires qu'un libraire avec deux à trois fois moins de salariés parce qu'ils ont industrialisé leurs usines à faire des colis."

On sait très bien qu'Amazon aujourd'hui fait le même chiffre d'affaires qu'un libraire avec deux à trois fois moins de salariés. Renny Aupetit.

Aujourd'hui, que pèse Amazon dans la distribution du livre en France ? Pour Renny Aupetit : "C’est environ un cinquième, un sixième, du marché du livre. Plus généralement, le premier confinement a fait s’accroître la part du e-commerce. Il n'y a pas que Amazon, même si Amazon est leader sur la vente en ligne. Il y a des dizaines de solutions. Nous, on en a une Librest.com ; on en a une autre sur l’ensemble de la France qui s’appelle lalibrairie.com, il existe une vingtaine de solutions en France. Toutes ces solutions là ont bénéficié du confinement, d'une certaine manière. Les Français ont appris à commander, réserver en ligne. Et ça, je crois qu'effectivement, c’est un pas en avant et on ne fera pas de pas en arrière. Donc c'est des pratiques qui vont s'installer durablement. Mais ça n'est pas que Amazon qui en profite."

Des pratiques qui vont s'installer durablement. Mais ça n'est pas que Amazon qui en profite. Renny Aupetit.

Des pratiques durables 

Renny Aupetit : "Je crois qu'effectivement, on revient sur le point de départ. Il faut qu'on s'adapte. Et le e-commerce, c'est quelque chose qui s'implante depuis une dizaine d'années un peu partout. Donc, il n'y a pas de raison - simplement nous, libraires, on a des magasins et on a des libraires à l'intérieur - donc on n'a pas spécialement envie de ne faire que ça. Avant c’était marginal, même pas 5% de notre activité, aujourd'hui, certes, c’est 100% notre activité ; mais ce qu'on a constaté pendant le premier déconfinement, c’est que ça représentait 20% de notre activité. L'histoire aujourd'hui du e-commerce est que, de toute façon, le click and collect va s'installer durablement comme une activité non marginale.

Renny Aupetit poursuit : "Aujourd'hui, quand on sert nos clients, on les sert sur le trottoir avec une relation dégradée. Si on a des magasins, si on paye cher, des magasins et des libraires et de la surface, c’est parce qu'on veut exercer ce métier en faisant du lien social. Il n'y a pas que l’aspect économique. Mes libraires, par exemple, aujourd'hui, ils sont enthousiastes à aller travailler parce qu'ils ont vécu un premier confinement chez eux et ils n'en pouvaient plus. Mais aujourd'hui, quand même, ce n'est pas exactement le métier qu'ils ont envie de faire : de préparer des colis, bien sûr.  "

Renny Aupetit : "Les librairies qui ne se sont pas mises au numérique vont dérouiller parce qu'on va probablement avoir d'autres épisodes de confinement, déconfinement. Cette nécessité de s'adapter va s'imposer aux libraires et ceux qui ne vont pas le faire, ça va être de plus en plus compliqué de pouvoir vivre ces périodes hors normes que sont le confinement avec des restrictions.  Peut-être qu'on aura le droit d'ouvrir, mais avec des conditions tout à fait particulières, donc de toutes façons, le click and collect sera une solution complémentaire et qui ne sera pas marginale."

Cette nécessité de s'adapter va s'imposer aux libraires. Renny Aupetit.

Les aides octroyées par le gouvernement 

Renny Aupetit : "Les aides gouvernementales ne suffisent pas, parce que, en fait, c'est un peu comme d'autres métiers, il faut bien le faire tourner quand même : être capable de payer les charges fixes de l'entreprise. Aujourd'hui, si effectivement on n'atteint pas l'intégralité de notre chiffre d'affaires, probablement qu'on aura des aides. On a de toute façon le recours au chômage partiel. On a un certain nombre de choses. Mais il ne faut pas attendre de l'Etat que ce soit le père Noël et qu'il compense exactement toutes les pertes. Il faut bien qu'on y mette notre part d'investissement, notre part d'adaptation pour faire en sorte que les difficultés soient moins importantes."

Renaud Aupetit : "Ce qui est clair, c'est que vu l'engouement qu'il y a eu pour les librairies, je pense qu'on sera probablement les premiers à réouvrir s'il y a un certain relâchement. A côté de ça, dans une dizaine de jours, est-ce qu'il y aura eu une situation sanitaire qui se sera améliorée - je n’en sais rien. Mais probablement que si on doit permettre à un certain nombre d'activités de rouvrir, on sera les premiers. Pour autant, si la situation sanitaire ne s'est pas améliorée, on sera comme les autres, on n'aura pas l'autorisation d'ouvrir. C'est bien pour cela qu'il faut qu'on se prépare à pouvoir vendre des livres d'une autre manière et faire en sorte que nous aussi, on apprenne à optimiser notre manière de travailler sur le click and collect. 

Portails de librairies pratiquant le click and collect :

Librest.com

Lalibrairie.com

Librairiesindépendantes.com

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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