LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Photo de consommateurs de crack déplacés près de la Porte de la Villette à Paris. Photo prise le 24 septembre 2021.

Consommateurs de crack : quelles solutions adopter ?

7 min
À retrouver dans l'émission

Comment évolue la consommation de crack en France ? Est-elle ou non en augmentation ou circonscrite à certains territoires ? Des solutions pérennes peuvent-elles être adoptées pour les consommateurs et les riverains ? Certains dispositifs ont-ils déjà fait leurs preuves, en France ou à l'étranger ?

Photo de consommateurs de crack déplacés près de la Porte de la Villette à Paris. Photo prise le 24 septembre 2021.
Photo de consommateurs de crack déplacés près de la Porte de la Villette à Paris. Photo prise le 24 septembre 2021. Crédits : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP

Vendredi 24 septembre 2021, les toxicomanes qui occupaient le quartier du jardin d’Eole à Paris depuis plusieurs mois - nourrissant la colère et le désarroi des riverains - ont été déplacés d’environ deux kilomètres, vers la Porte de la Villette. Un mur a même été construit sur ce nouveau site, officiellement pour limiter les déplacements des consommateurs de crack. Le problème n’a donc été pour l’heure que déplacé, mais existe-t-il des solutions pérennes ? D’autres villes sont-elles aussi touchées par la consommation de crack ? Quelle est la spécificité de cette drogue, le crack ? Comment évolue sa consommation en France ?

Guillaume Erner reçoit Marie Jauffret-Roustide, sociologue, chercheure à l’Inserm, spécialiste des politiques de réduction des risques, a coordonné avec Jean-Maxence Granier le numéro spécial de la revue Esprit intitulé « Politique des drogues » paru en 2017.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Santé et désocialisation : les effets du crack

Pourquoi parle-t-on autant du crack ? Est-ce une drogue nouvelle ? 

Non, c'est un dérivé de la cocaïne (drogue très consommée en France) mais ses consommateurs sont moins nombreux que ceux de la cocaïne. Il y aurait quand même 13 000 personnes qui consomment du crack en France, soit 3 fois plus qu'il y a dix ans. C'est une drogue qui a un pouvoir très addictif, des effets très puissants, et qui doit se consommer très régulièrement : il peut y avoir plusieurs consommations en une heure. Elle coûte donc très cher, ce qui peut vite engendrer une dégringolade sociale qui donne lieu à la forte présence des usagers dans l'espace public.

Le phénomène existe depuis les années 80 à Paris et aux Antilles. Depuis, quelques années, on observe une diffusion du crack, mais c'est véritablement le nord est parisien qui reste concerné. La ville de Lille est confrontée elle aussi à une augmentation importante des consommateurs de crack en lien avec la disponibilité de la cocaïne (sur le marché).

Le crack est-il particulièrement désocialisant par rapport à d'autres substances actives ?

Il y a la question des effets, très rapides, ce qui donne lieu à une désocialisation parce que cela coûte cher et qu'il faut se ruiner pour en racheter souvent. On dit que c'est une drogue du pauvre mais c'est trompeur : une fois, ce n'est pas cher, mais comme il faut en reprendre beaucoup, et que c'est un produit très addictif, cela le devient. Et pour l'héroïne, par exemple, il y a des traitements de substitution aux opiacés, qui permettent de traiter les personnes, mais ce n'est pas le cas pour le crack pour le moment. Des recherches sont en cours actuellement.

De l'usage à l'offre : quelle répression ?

N'y a-t-il pas aussi la possibilité d'agir sur le circuit de distribution ?

C'est le nœud du problème, dont on parle trop peu. Pour le moment, la politique du Ministère de l'Intérieur vise, depuis quelques années, à pénaliser de plus en plus les consommateurs. La littérature scientifique montre que c'est totalement inefficace et que cela produit même des effets délétères : cela stigmatise les consommateurs, précarise les usagers, rend l'accès aux soins plus difficile. Les mesures qui sont prises pour réprimer l'usage devraient l'être pour réprimer l'offre. Ces efforts en faveur de ces mesures y sont déjà mais il y aurait des économies d'échelle à faire en arrêtant de réprimer les consommateurs. Au Portugal, l'usage de toutes les drogues est décriminalisé, donc quand on est arrêté avec une drogue, on passe devant une Commission de dissuasion de la toxicomanie, qui propose une solution adaptée au problème et non une amende forfaitaire (comme en France, où la moitié de ces amendes ne sont pas payées).

Le "mur de la honte"

A quoi sert ce mur ?

C'est vraiment un "mur de la honte", comme on l'a dit : le symbole de l'échec de la politique actuelle sur la répression de l'usage, et c'est une manière de vouloir cacher des populations qu'on considère comme indésirables, qu'on stigmatise, et c'est le symbole d'un abandon des usagers par les pouvoirs publics mais également d'un abandon des riverains et d'un mépris du travail des acteurs de réduction des risques.

Intervenants
  • Sociologue, chercheur à l'Inserm, spécialiste des politiques de réduction des risques, auteure de « Les salles de consommation à moindre risque », article paru en 2015 sur le site laviedesidees.fr et d’un article à paraître sur le
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......