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Philippines : une nouvelle espèce humaine découverte

Découverte de l’Homo Luzonensis : que doit-on à ce nouvel ancêtre ?

6 min
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La première image d’un trou noir, dévoilée hier a fait grand bruit mais l’univers de la science a fait, une autre découverte importante : celle d’une nouvelle espèce humaine, dont la revue "Nature" s'est fait hier l’écho.

Philippines : une nouvelle espèce humaine découverte
Philippines : une nouvelle espèce humaine découverte Crédits : Florent DETROIT - AFP

"Homo luzonensis", c'est le nom de cette nouvelle espèce humaine. Elle a été découverte sur l'île de Luçon aux Philippines à partir de fossiles ayant appartenu à trois individus différents. Des fossiles de dents, de phalanges et d'un bout de fémur ont été trouvés dans la grotte de Callao. Tous datés de 50 000 et 67 000 ans.

Pourquoi cette découverte est-elle importante ? Que nous apprend-elle sur l’évolution de l’homme ? Pour répondre à ces question, Guillaume Erner reçoit Florent Détroit, paléoanthropologue au musée de l'Homme à Paris et principal auteur de l'étude parue dans la revue Nature.

Il s’agit d’un individu âgé de 50 000 à 67 000 milles ans, quelles sont ses caractéristiques physiques ?

Les deux datations effectuées indiquent qu’il vivait effectivement il y a au moins 50 000 ans et 67 000, probablement plus. A quoi il ressemblait ? C’est une grande question. Le petit nombre de fossiles que l’on a retrouvé est un événement rare qui nous donne des indications. La taille des dents extrêmement petites nous indique que vraisemblablement c’était un hominine de petite taille. Mais on ne peut pas en être certain car il existe des exceptions chez certains de nos ancêtres : l’"Homo habilis" avait de très grosses dents et il était très petit. Donc probablement de petite taille, mais on ne sait pas à quel point. Surtout on ne sait pas s’il était aussi petit que l’"Homo floresiensis" (homme de Florès). Je dirais non, probablement pas.

Les dents découvertes sont à plusieurs racines. Pourquoi est-ce important ?

Cela peut sembler anecdotique mais c’est un détail très important notamment sur les prémolaires. Pour la petite histoire, lorsque l’on était en train de faire les fouilles et que l’on a commencé à trouver ces « restes », j’ai aperçu ces petites prémolaires avec ces trois racines. Je me suis dit : « oulalala, qu’est-ce que c’est que cette chose ? ». Ces trois racines sont un caractère très très primitifs que l’on retrouve chez nos ancêtres africains entre autre qui vivaient il y a deux ou trois millions d’années. Nos prémolaires ont en général une seule racine, parfois deux.

Dents supérieurs droites de l’individu CCH6 découvert au Philippines, qui a servi à définir une nouvelle espèce d’hominine, « Homo luzonensis ». De gauche à droite, deux prémolaires et trois molaires en vue linguale.
Dents supérieurs droites de l’individu CCH6 découvert au Philippines, qui a servi à définir une nouvelle espèce d’hominine, « Homo luzonensis ». De gauche à droite, deux prémolaires et trois molaires en vue linguale. Crédits : Callao Cave Archaeology Project

Les os du pied aussi sont très surprenants ?

C’est l’un des aspects les plus surprenant de cet assemblage fossile : la phalange proximale présente une courbure très marquée. Un ensemble de caractéristiques que l’on ne connait pas du tout dans le genre "Homo sapiens" qui avait, on le pensait, totalement disparu depuis deux millions d’années. Ce sont des caractères que l’on ne trouve que chez les Australopithèques, hominine qui était probablement à la fois bipède et arboricole. Il nous reste à travailler plus finement sur la biomécanique mais l'on retrouve par exemple sur les phalanges, les insertions des muscles fléchisseurs des pieds. Aujourd’hui, nous ne nous en servons plus du tout car ils servent normalement à attraper avec ses pieds. De là à dire qu’ils sont retournés vivre dans les arbres, il y a un pas que l’on ne franchit pas complètement,mais il y a quelque chose de vraiment très très surprenant dans cette découverte également.

Fossiles de dents, fémur, os du pied et de la main découverts dans la grotte de Callao aux Philippines et attribués à une nouvelle espèces, « Homo luzonensis ».
Fossiles de dents, fémur, os du pied et de la main découverts dans la grotte de Callao aux Philippines et attribués à une nouvelle espèces, « Homo luzonensis ». Crédits : Callao Cave Archeology project

La "famille humaine" devient de plus en plus compliquée. Nous avons les "Homo sapiens", les "Néandertaliens", les "Denisoviens", l’"Homme de Florès"… Pouvez-vous replacer l'"Homo florensiensis"dans cette famille ?

Elle devient plus complexe mais elle devient surtout plus intéressante. Si on remonte à une quinzaine d’année en arrière, l’évolution de l’homme en Asie c’était très ennuyeux : "Homo erectus" sortait d’Afrique pour s’installer en Chine ou en Indonésie puis plus rien ne se passait jusquà l’arrivée d’"Homo sapiens" notre espèce qui venait conquérir les territoires puis point finale. Depuis quinze ans, on a assisté à des découvertes qui nous montrent que c’était bien plus intéressant et complexe que ça. Les derniers "Homo erectus" ont peut-être disparu il y a 300 000 ans peut-être, mais entre 300 000 ans et maintenant, on connait une multitude d’espèces qui s’ajoutent à Homo sapiens. On a ces mystérieux "Denisoviens" quelque part en Sibérie autour de 50 000 ans, on a "Homo florensiensis" sur l’île de Florès en Indonésie entre 100 000 et 60 000 ans et on a maintenant "Homo Luzonensis" sur l’île de Luçon entre 50 000 et 67 000 ans. Il faut donc imaginer tous ces petits groupes, toutes ces petites espèces qui ne se rencontraient pas tous les jours, très isolés. Des éléments beaucoup plus complexes à comprendre et analyser, mais il n’y a pas de raison pour que l’histoire de l’homme ne soit pas complexe.           

"Homo luzonensis" présente un mélange déroutant de caractères archaïques et modernes.
"Homo luzonensis" présente un mélange déroutant de caractères archaïques et modernes. Crédits : Visactu - Visactu

Ces groupes ont-ils pu être interféconds ?  

C’est la grande question. Malgré les progrès des généticiens, il est trop tôt pour y répondre. Dans le cas d’ "Homo Luzonensis", on a fait des tests. On nous a même demandé de préciser dans le cadre de l’article, que l’on avait tenté de prélever de l’ADN mais que la tentative avait échoué ; sans surprise à cause de l’environnement tropical, la chaleur, l’humidité qui sont les pires conditions pour la préservations de l’ADN. Mais ça fonctionnera un jour.

Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec le paléoanthropologue Florent Détroit en vidéo

Intervenants
  • paléoanthropologue au Musée de l'homme/CNRS, maître de conférences au muséum national d'histoire naturelle.
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