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La France veut revoir les conditions de conservation des corps donnés à la science.

Dons de corps à la science : une réglementation éthique est-elle possible ?

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Alors que l'université Paris-Descartes fait l’objet d’une enquête judiciaire après la découverte d'un charnier en 2019, la ministre de la Recherche Frédérique Vidal veut revoir la réglementation pour le don des corps à la science.

La France veut revoir les conditions de conservation des corps donnés à la science.
La France veut revoir les conditions de conservation des corps donnés à la science. Crédits : Darrin Klimek - Getty

Des corps nus, démembrés, entassés dans des chambres froides infestées de souris : deux ans après la découverte d'un charnier à l'université Paris-Descartes, son ancien président Frédéric Dardel a été mis en examen pour «atteinte à l’intégrité d’un cadavre», vendredi 4 juin. Si l'accusation porte sur une période allant de 2013 à 2018, de nouveaux éléments dévoilés par Paris Match suggèrent que la situation était en fait connue depuis 1988. Comment expliquer de tels manquements éthiques ?

Pour en parler, Guillaume Erner reçoit la journaliste Anne Jouan, qui a révélé toute l'affaire en novembre 2019 dans un article de L'Express. 

Don d'organes et don du corps à la science

Anne Jouan précise que le don du corps est différent du don d'organes. Le don d'organes sert à soigner les vivants par des transplantations, alors que le don du corps, s'il permet de soigner les vivants, le fait par d'autres moyens.

Quand je dis que le don du corps sert à soigner des vivants, c'est en termes d'expérimentations et d'apprentissage, de connaissance de la science et de l'anatomie. Le fait de s'expérimenter sur des corps permet mieux opérer et de mettre au point des techniques chirurgicales. Mais on ne prélève pas des organes aux gens qui ont donné leur corps à la science. 

Les dessous d'un trafic

L'Université a été mise en examen en tant que personne morale, ainsi que deux préparateurs. Chez l'un d'eux, ont été retrouvés des ossements, des crânes, des dents et de l'argent liquide, attestant l'existence d'un trafic de "pièces détachées".

Comment on en est arrivé là ? À mon sens, pour plusieurs raisons. La première, c'est l'histoire même de l'anatomie. Historiquement, l'anatomie est une discipline mal aimée, une discipline qui s'intéresse aux morts. À la Renaissance, les anatomistes déterraient les corps fraîchement inhumés dans les cimetières pour les disséquer. On a longtemps disséqué les indigents. C'est vraiment une part noire des sciences médicales, ce qui explique la façon dont, très souvent, les anatomistes sont mal vus par le reste du corps médical.

La deuxième explication tient à la façon dont le système s'est reproduit au fil des années. Paris Match a retrouvé des diapositives qui attestent l'existence de charnier à partir de 1988. En réalité, étant donné que ces corps sont là, sur ces diapositives, depuis des années, cette situation est largement antérieure. Les étudiants qui arrivent et qui dissèquent en première année de médecine, découvrent des corps qui sont abîmés, et quand il y en a un qui ose dire aux professeurs que ça ne sent pas très bon, que le corps est abîmé et qu'il y a parfois des vers, les professeurs répondent qu'à leur époque c'était pareil. Donc, le système ne fonctionne pas et se reproduit pendant des années. 

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