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Photo d'un burger végétal. Collection Vetta

Du soja dans nos assiettes : faut-il s’inquiéter ?

7 min
À retrouver dans l'émission

Après Burger King et McDonald’s, c’est l’enseigne de restauration Starbucks qui a lancé en mars 2020, au Canada, son burger végétal. Le soja est souvent présenté comme une alternative à la viande. Pourtant il fait débat. Explications.

Photo d'un burger végétal. Collection Vetta
Photo d'un burger végétal. Collection Vetta Crédits : LauriPatterson - Getty

Après Burger King et McDonald’s, c’est l’enseigne de restauration Starbucks qui a lancé en mars 2020, au Canada, son burger végétal. Les burgers sans viande sont de plus en plus prisés, notamment par les végétariens. Les grandes enseignes ne s’y sont pas trompées. Objectif affiché : maintenir un apport en protéines et réduire l’empreinte carbone. Dans ce marché porteur, le soja est souvent présenté comme une alternative à la viande. Pourtant, il est controversé. Pourquoi ? Faut-il s’inquiéter de voir du soja, dans nos assiettes ?

Guillaume Erner reçoit Pierre-Marie Aubert, chercheur en politiques agricoles et alimentaires à l'IDDRI, l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales.

Intérêt nutritif du soja

"Le soja est une protéine très intéressante car elle comprend la quasi totalité des acides aminés essentiels, dont on a besoin pour se construire et renouveler nos muscles...  C'est un substitut aux protéines d'origine animale, que l'on peut utiliser de plusieurs manières : celles notamment proposées aujourd'hui par l'industrie agroalimentaire. Mais traditionnellement, ce n'est pas exactement comme cela qu'on l'a consommée."

"Le soja en termes de protéines végétales a une particularité, c’est qu’il est mieux digérable que beaucoup d'autres protéines végétales. La grande force des protéines animales et en particulier de la viande, c'est son taux de digestibilité : quand le consommateur mange de la viande, il la digère facilement et il arrive à récupérer l'essentiel des protéines directement. Quand on mange des protéines végétales, c'est plus compliqué... Le soja est mieux que les autres protéines végétales, mais il est moins performant directement que les protéines animales."

Risques pour la santé ? 

"Le sujet des perturbateurs endocriniens est extrêmement débattu. Dans la pellicule de la graine de soja se trouve ce qu'on appelle effectivement les isoflavones et ces isoflavones jouent, imitent le rôle des œstrogènes. On appelle cela des phytooestrogènes et leur importance, leur impact sur la santé et le développement au moment de la puberté est effectivement discuté. Mais on n'est pas aujourd'hui capables de montrer qu'il y a un impact ce qui ne veut pas dire que c'est absolument sans effet." 

Il faut rappeler qu'en Europe, on consomme environ 0,6 grammes, un peu moins d'1 gramme par jour de soja en moyenne dans l'UE ; et que les Japonais, depuis des années, en consomment entre 10 et 20 grammes par jour. Dans les années 80, la question était posée dans l'autre sens : est-ce que le soja n'aurait pas des effets bénéfiques ? Pierre-Marie Aubert

Incidences sur l'environnement

"La consommation de soja aujourd'hui par les Européens est invisible. Elle est essentiellement sous la forme d'alimentation animale. Quand vous achetez du poulet, du porc, produits de manière intensive, ce porc et ce poulet sont nourris à partir de soja et de céréales. Ce soja est importé d'Amérique latine et contribue à la déforestation."

Aujourd'hui, en Europe, 80% du soja qu'on consomme, on le consomme pour nourrir les animaux. Donc le vrai enjeu il est là, dans la diminution de la viande produite avec ce soja et il est parallèlement dans l'augmentation de la consommation de produits à base de soja, si ce soja est produit en France ou en Europe, parce qu'il va contribuer à rediversifier la qualité de nos paysages agricoles et à limiter notre impact sur le reste du monde. Pierre-Marie Aubert

"Il faudrait doubler, tripler les surfaces en soja et en autres légumineuses en Europe pour parvenir à s'affranchir de la dépendance aux Amériques et réduire notre impact sur l'environnement."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page ou en consultant la vidéo ci-dessous :

Intervenants
  • chercheur en politiques agricoles et alimentaires à l'IDDRI, l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales, auteur d’une étude pour l’IDRI sur la durabilité de l’huile de palme.
L'équipe
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