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The LIFE Picture Collection. Date de création : 1 juin 1947.

Existe-t-il des neurones de l’instinct parental ?

9 min
À retrouver dans l'émission

Une chercheuse française en neurobiologie, Catherine Duval, a été récompensée le 10 septembre 2020 du Breakthrough Prize, pour avoir découvert les neurones de l’instinct parental chez la souris. Ces travaux peuvent-ils nous éclairer sur l'existence de l'instinct parental chez l'humain ?

The LIFE Picture Collection. Date de création : 1 juin 1947.
The LIFE Picture Collection. Date de création : 1 juin 1947. Crédits : Al Fenn - Getty

Qu’est-ce que l’instinct parental – comment se manifeste-t-il ? Une chercheuse française en neurobiologie, vivant aux Etats-Unis, Catherine Duval, a reçu, le jeudi 10 septembre 2020, le Breakthrough Prize, pour avoir découvert les neurones de l’instinct parental chez la souris. Comment fonctionnent ces neurones chez la souris ? Que peuvent nous apprendre ces découvertes pour l’humain ? Comment le cerveau dicte-t-il la manière de s’envisager mère ou père ?

Guillaume Erner reçoit Catherine Dulac, neurobiologiste, directrice de laboratoire à Harvard et à l’institut médical Howard Hughes aux Etats-Unis.

Définir l'instinct parental en neurobiologie 

Si vous mettez une souris femelle avec des petits souriceaux, elle va s'en occuper de façon spontanée, même si c'est une souris vierge, c'est-à-dire une souris qui n'a jamais eu ses propres petits. C'est cette reconnaissance des signaux émis par les souriceaux qui entraîne une série de comportements qui tendent à protéger ces souriceaux. On retrouve cet instinct dans beaucoup d'espèces animales. Catherine Dulac

Une différence entre les cerveaux mâles et femelles ? 

"Il y a une très grande différence de réaction des souris mâles femelles aux souriceaux. Une souris femelle vierge va spontanément construire un nid, s'occuper des souriceaux, les lécher, les ramener au nid. Un mâle vierge va avoir une réaction complètement opposée : il va les attaquer et démontrer un comportement infanticide. On retrouve ce type de comportement chez les mâles dans pas mal d'espèces animales, avec l'idée qu'il ne s'agit pas d'un comportement pathologique, mais un comportement qui tient à éliminer la progénie des rivaux mâles." 

"Ce qui nous fascinait, c'était de comprendre quelles sont les zones du cerveau, les neurones, les cellules qui contrôlent ce comportement, et essayer de déterminer s'il existe une différence entre le cerveau mâle et le cerveau femelle. Donc nous avons effectué un certain nombre d'expériences et nous avons découvert de façon très précise les régions du cerveau, dans une zone qu'on appelle l'hypothalamus, et dans cette zone, le type de neurone très particulier qui est essentiel pour le comportement parental. La grande surprise, c'est que ces neurones existent à la fois dans le cerveau mâle et le cerveau femelle."

Si on manipule le fonctionnement de ces neurones, par exemple si on les élimine dans le cerveau des femelles, celles-ci n'arrivent plus à être parentales. Si on active ces neurones dans le cerveau de mâles qui sont normalement infanticidaires, ils commencent à s'occuper des petits souriceaux. L'idée, c'est que ces neurones constituent un bloc essentiel pour le comportement parental. C'est une sorte d'interrupteur : vous appuyez dessus, l'animal devient parental, vous le fermez, l'animal ne peut plus être parental - et c'est vrai pour le cerveau femelle comme le cerveau mâle. Catherine Dulac

Des neurones de l'instinct parental qui fonctionnent comme un "interrupteur"

L'évolution a-t-elle désactivé cette zone du cerveau chez les souris mâles vierges ? Pourquoi ces neurones existent-ils dans le cerveau mâle ? 

"Il se trouve que les souris mâles peuvent être paternels, et ceci se produit à peu près trois semaines après le comportement reproducteur d'un mâle avec une femelle. Le comportement des mâles change complètement. Quand ils deviennent pères, ils deviennent parentaux. Ces neurones sont mis au silence pendant une certaine période et réactivés quand on a besoin d'eux, c'est-à-dire au moment où les souris deviennent des parents." 

Le génome des mâles et des femelles est très semblable, mais du point de vue du développement, c'est sans doute beaucoup plus simple de construire un cerveau, et ensuite de réguler différentes du cerveau en fonction du sexe de l'animal, mais aussi en fonction des conditions physiologiques. Catherine Dulac

"Les femelles aussi, dans certaines circonstances très particulières, peuvent être infanticidaires. Lorsqu'elles sont très stressées, par exemple quand il n'y a plus de nourriture ou trop de prédateurs autour et qu'il n'y a aucune chance que les nouveaux nés puissent survivre, très souvent, elles éliminent leur progénie. Ces neurones qui dirigent le comportement infanticidaires existent à la fois chez le cerveau mâle et le cerveau femelle. De la même façon que les neurones qui contrôlent l'instinct parental, ces neurones sont normalement silencieux chez les femelles et sont aussi silencieux chez les mâles après le comportement reproducteur."

... Et chez les humains ? 

"Les recherches et les découvertes que nous faites sont chez les souris. Dans quelles mesures ces résultats peuvent-ils s'appliquer à d'autres espèces y compris l'espèce humaine ? On ne sait pas. Mais la région du cerveau dans laquelle ces neurones se trouvent, l'hypothalamus, est une région où il y a énormément de fonctions qui sont très conservées dans tous les vertébrés, en particulier chez les mammifères. C'est la région qui contrôle la faim, la satiété, la soif, le sommeil, la reproduction, le comportement agressif, des tas de comportements qui sont conservés parmi les espèces. Est-ce que les neurones qui contrôlent l'instinct parental sont aussi conservés ? Je parie que oui, mais il va falloir faire des recherches pour le démontrer."

Intervenants
  • neurobiologiste, directrice de laboratoire à Harvard et à l’institut médical Howard Hughes aux Etats-Unis.
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