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Photo de Douch, prise au tribunal le 20 mars 2012 à Phnom Penh au Cambodge.

Génocide cambodgien : qui était Douch, le bourreau khmer rouge ?

7 min
À retrouver dans l'émission

Mercredi 2 septembre 2020, la mort de Douch était annoncée. Douch est l'un des principaux bourreaux du génocide cambodgien qui s'est déroulé de 1975 à 1979 et a fait près de deux millions de morts.

Photo de Douch, prise au tribunal le 20 mars 2012 à Phnom Penh au Cambodge.
Photo de Douch, prise au tribunal le 20 mars 2012 à Phnom Penh au Cambodge. Crédits : NHET SOKHENG / ECCC - AFP

Le Cambodge face à son histoire. La mort de Douch, bourreau du régime de Pol Pot, mercredi 2 septembre 2020, a ravivé le souvenir du génocide commis par les khmers rouges entre 1975 et 1979. Un génocide qui a fait presque 2 millions de morts. Certains comme le cinéaste Rithy Panh y ont perdu leur famille. Qui était Douch, premier Khmer rouge condamné par un tribunal pour crimes de guerre, régulièrement décrit comme un bourreau difficile à cerner, « méthodique et zélé » ?

Guillaume Erner reçoit Rithy Panh, cinéaste, a notamment réalisé « S21, la machine de mort khmère rouge » (2003) et « Douch, le maître des forges de l'enfer » (2012).

Qui était Douch ?

Rithy Panh : Douch c'est un brillant intellectuel, qui parle plusieurs langues différentes. Il parlait très bien la langue française. Il aimait la poésie française. Il pouvait tout à fait vous citer de mémoire, un poème d’Aubigné. 

C'est quelqu'un qui a une formation de mathématiciens, qui aime les littératures, évidemment. Il est très ouvert sur les arts, la peinture. Il connaissait bien les peintres de Van Gogh à Da Vinci.

Et il aimait lire, il aimait le cinéma et était grand grand lecteur notamment de Maô.  

Qu'est ce qui peut conduire un homme à être un tortionnaire ? 

Rithy Panh : J’ai plus de questions que de réponses. 

Plus je découvre les crimes et moins je comprends la nature de l'homme, la nature humaine. Rithy Panh

C’est compliqué : comment on devient un assassin ? Comment un être doué d'intelligence, de mémoire (il avait une énorme mémoire) doué de réflexion, capable de différencier le mal et le bien,  la beauté et les choses dans la vie - arrive à être aussi froid ?  On dirait que rien n'importe quand on doit éliminer quand on doit être fidèle et sincère envers le parti.  

Douch devant la caméra de Rithy Panh

Pourquoi Douch avait-il accepté de se livrer devant la caméra de Rithy Panh ? 

Rithy Panh : Je crois qu’il a vu mes films. Je voulais faire un film sur lui parce que quand j'ai commencé à travailler sur le camp S21 qu’il commandait, je n'ai pas pu avoir un accès à lui. 

Je me sentais un peu injuste de faire un film sur lui sans qu’il puisse se défendre. Donc, j'ai demandé à faire un film, à le voir. Le tribunal m'a accordé de le voir. 

Quand je l'ai vu, je lui ai dit : « Je voudrais faire un film sur vous, vous avez vu mon (précédent) film, il est plutôt contre vous ». 

Il m'a dit : « Monsieur Rithy, ensemble, nous allons chercher la vérité ».  

Du coup je lui ai dit : « Attention, moi, je ne prends pas tout ce que vous me direz et je serai certainement contre vous ». Mais non, il a dit : « On ira chercher la vérité ensemble ». 

Je pense qu'il avait besoin de quelqu'un pour le confronter avant le procès.  En fait, j'étais devenu malgré moi une sorte de partenaire d'entraînement. Rithy Panh

Douch et la religion 

A la fin de sa vie, Douch se convertit au christianisme évangélique.

Rithy Panh : La prise de conscience certainement (l'a amené à cette conversion), ce n’était pas un idiot. Par contre, c’est une stratégie le changement vers le christiananisme évangélique. Je pense que si il doit dire la vérité, vraiment toute la vérité, comme il est plutôt intelligent, il faut qu’il se flingue après, qu’il se tire une balle dans la tête, après avoir tout dit. Il ne pouvait pas dire tout ce qu'il a fait, il lui était nécessaire d'inventer une stratégie de défense, de survie.

Si vous placez dans un contexte culturel les bouddhistes, le bouddhisme dit que si vous faites du mal, vous recevrez le mal, vous allez en enfer. Vu le nombre de gens qu'il a tués, il aurait passé beaucoup de temps en enfer. Il fallait qu'il change de religion, qu'il aille vers les évangélistes. Avec les évangélistes, il n'y a même pas de curé, vous n'allez pas faire de confession chez le curé, vous allez directement vers Dieu, vous parlez avec Dieu. Et puis, ce que vous espérez, c’est la rédemption. Rithy Panh 

Tout ce que les gens évangélistes américains ont fait au Cambodge, c’est aussi d'aller voir pas mal d'anciens Khmers rouges et de proposer la rédemption - dans cette stratégie de survie.

Mais au fond, je crois qu'il reste profondément révolutionnaire. Douch n'a qu'une seule singularité, c’est toujours avec son idéologie.  

Banalité du mal 

Rithy Panh : Non, rien n'est banal, c'est lui qui m'a dit une fois que je suis banal. Quand on a parlé, il m'a dit : « Vous êtes banal », parce que j'avais posé une question très simple. Non, il est tout sauf banal. 

C'est difficile de dire que c'est l'incarnation du mal ou du bien cet homme, parce qu'il est humain comme vous et moi. Donc ma confrontation avec Douch, c'est plutôt finalement que je m'interroge sur moi même, sur la nature de l’être, mais ça ne pardonne rien du tout. Rithy Panh

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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