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Photo d’Elon Musk prise le 9 mars 2020 à Washington aux Etats-Unis.

Implants cérébraux d’Elon Musk : faut-il s’attendre à la révolution annoncée ?

7 min
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Elon Musk, le milliardaire américain à l'origine de Tesla et de Space X, a vanté fin août 2020 les avancées d’un projet sur les implants cérébraux, piloté par sa Start up, Neuralink. Une innovation expérimentée sur les cochons. Quel est ce projet ?

Photo d’Elon Musk prise le 9 mars 2020 à Washington aux Etats-Unis.
Photo d’Elon Musk prise le 9 mars 2020 à Washington aux Etats-Unis. Crédits : WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA VIA AFP - AFP

Après le succès du premier vol habité de Space X, à l'été 2020, Elon Musk poursuit sa conquête du futur. Le milliardaire américain a vanté fin août 2020 les avancées d’un projet sur les implants cérébraux, piloté par sa Start up, Neuralink. Une innovation expérimentée pour le moment sur des truies, présentée comme une avancée médicale prometteuse puisqu’elle pourrait, augure-t-il, permettre de restaurer la mobilité chez des personnes paralysées. En quoi consiste cette innovation sur les implants cérébraux ? Est-ce la révolution à venir ? Où en est la recherche dans les laboratoires sur les implants cérébraux permettant de connecter l'homme à la machine ? Quelles applications médicales peut-on espérer ? 

Guillaume Erner reçoit François Berger, neuroscientifique, directeur de l’unité INSERM BrainTech Lab, qui développe les technologies innovantes pour comprendre et traiter les pathologies cérébrales.

Le processus des implants

L'objectif des implants cérébraux est de capter l'activité cérébrale, de la transformer dans une commande pour un effecteur, par exemple : faire remarcher un tétraplégique en commandant un exosquelette et donc utiliser des algorithmes, une intelligence artificielle pour traduire cette activité électrique cérébrale au sein de l'implant. 

Le centre de l'expérience (d’Elon Musk), c'est vraiment de régler un verrou : faire pénétrer des électrodes extrêmement fines qui vont aller capter la complexité du cerveau. Actuellement, personne ne sait faire ça. Et ce que vend Elon Musk dans une fantastique opération de communication, c'est qu'il a la solution avec un implant qui va permettre de faire pénétrer des électrodes très fines avec une sorte de machine à coudre et que grâce à ça, il arrive à lever le verrou. François Berger

Pourquoi mener l’expérience sur des cochons ?  

C'est très important puisque pour transférer chez l'homme de l'innovation, il faut montrer qu'elle marche et qu'elle n'est pas toxique chez les animaux. D'abord chez des petits animaux et ensuite des gros animaux. Le cochon, actuellement, est une alternative aux primates qui rencontrent des problèmes éthiques importants. Le cochon est aussi très proche de l'homme en termes de biocompatibilité. 

L'expérimentation chez le primate est actuellement remise assez violemment en cause, par sa proximité à l'homme. François Berger

Effectivement, on a une obligation, en tant que chercheur, de réfléchir à des alternatives. Et le cochon est une très bonne alternative, sociétalement mieux accepté et assez proche de l'homme : il peut avoir un comportement qui permet de tester des opérations assez complexes en particulier. 

Une première mondiale ?

Alors pas du tout. On est dans quelque chose de très inquiétant et de presque scandaleux : c'est une fantastique opération de communication et ce que met sur la table Elon Musk sans aucune publication, sans aucune donnée qui permette de juger.

Ce qu'il fait, c'est en fait pas mieux que ce qu'ont fait la plupart des équipes internationales. François Berger

Et son but - c'est assez étrange, d'ailleurs, quasiment avoué - c'est d'attirer des chercheurs. Il veut 1.000 à 10.000 chercheurs pour venir régler ce verrou (celui de faire pénétrer des électrodes très fines dans le cerveau). On peut un peu s'inquiéter de voir que toute la presse internationale présente ça comme une révolution, alors qu'il n'y a absolument rien sur la table. 

Etat des lieux des avancées médicales avec les implants invasifs

Lesinterfaces cerveau-machine commencent à apporter des choses pour les patients. Clairement, par exemple, les implants rétiniens. Chez les tétraplégiques, il y a des premières efficacités, mais une déception énorme puisqu'en fait, aucune interface cerveau-machine ne permet de faire remarcher les patients. Et le verrou, c'est justement de faire pénétrer des fines électrodes à très haute densité. 

On veut capter la complexité cérébrale sans qu'il y ait de réaction inflammatoire. François Berger

Ce que vend Elon Musk, sans le montrer, c'est qu'effectivement, il arrive à faire rentrer quelque chose qui est comme un cheveu, en en mettant des milliers pour capter l'activité électrique. Il le dit, mais il ne montre rien. Il ne met rien sur la table. 

Desdizaines, voire des centaines d'équipes dans le monde travaillent sur ce sujet : limiter les inflammations en cas d’implants « invasifs ». Il y a plusieurs stratégies. La première, c'est que ce soit très fin : pour neutraliser les réponses inflammatoires, une stratégie que développent beaucoup d'équipes, c’est de mettre des nanotechnologies sur ces très très fines électrodes pour neutraliser les cellules inflammatoires du cerveau – qui vont venir rejeter cet implant, ce corps étranger. Ce que vend Elon Musk, c'est aussi une façon de les faire rentrer quasiment sans léser dans le cerveau, avec cette machine à coudre que personne n'a vraiment vue à l'action. Il a clairement ciblé le verrou international qui fait qu’actuellement les implants invasifs ont un problème majeur pour aller en clinique. 

La révolution annoncée ? 

C'est clairement du bluff, mais c'est pire que ça. Je pense que derrière tout ça, il y a deux choses qu'il faut critiquer violemment : on ne devrait pas parler d’Elon Musk et écrire des articles en disant qu'il a trouvé quelque chose de révolutionnaire parce qu'on donne des espoirs aux patients qui ne sont absolument pas justifiés. 

La deuxième chose, c'est que en même temps qu'il vend ce miracle, il vend l'idéologie transhumaniste, pire que l'idéologie transhumaniste, une conception du cerveau comme une électronique. Et le cerveau n'est pas du tout ça. Donc là, c'est extrêmement dangereux. 

La troisième chose, c'est de dire « puisque je vais vous sauver, puisque j'ai ces éléments miraculeux, eh bien, je vais en profiter pour capter l'information de vos cerveaux, de votre cerveau et la lier à un ordinateur ». Le but qu'il y a derrière cette idéologie, c'est de démédicaliser complètement l'intervention sur le corps humain avec tous les risques qu'il y a de capter l'information pour en faire un nouveau marché. De la même façon que quand vous tapez sur votre ordinateur on capte  votre information, il y a là quelque chose contre lequel il faut s'élever extrêmement violemment.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • neuroscientifique, directeur de l’unité INSERM BrainTech Lab, qui développe les technologies innovantes pour comprendre et traiter les pathologies cérébrales.
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