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Collection : Science Photo Library / Royaume-Uni

Journée mondiale d’Alzheimer : quelle part d’hérédité dans la maladie ?

8 min
À retrouver dans l'émission

Le 21 septembre 2020 est la journée mondiale Alzheimer, une maladie neuro dégénérative qui touche principalement les personnes âgées et environ un million de personnes en France. Aujourd'hui, sait-on s'il existe des liens entre la maladie et l'hérédité ?

Collection : Science Photo Library / Royaume-Uni
Collection : Science Photo Library / Royaume-Uni Crédits : Science Photo Library - Getty

21 septembre 2020, c'est la journée mondiale Alzheimer. Avec une population vieillissante, on estime qu’environ 20% des personnes atteignant l’âge de 80 ans ont Alzheimer. Alors que la maladie a été identifiée en 1907, est-on aujourd’hui en mesure d’évaluer les causes de son apparition ? Que sait-on de la transmission de la maladie d’une génération à l’autre, de son caractère héréditaire ou non ? Comment distinguer hérédité et facteurs de susceptibilité ? 

Guillaume Erner reçoit Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, directeur d’une unité Inserm qui travaille sur les maladies liées au vieillissement, directeur de la Fondation Alzheimer, auteur notamment de « Le guide anti-Alzheimer », ed. Le cherche midi.

Que sait-on du caractère héréditaire de la maladie d'Alzheimer ?

"Comme dans toutes les maladies chroniques - la maladie d'Alzheimer n'y échappe pas - il y a une part de susceptibilité individuelle. Dans un très faible nombre de cas, il y a des formes héréditaires de la maladie. C'est moins de 1% de l'ensemble des cas. Et ça touche généralement les gens très tôt. D'habitude, la maladie commence vers 75 ans. Là, on a une survenue des premiers symptômes qui peut arriver aux alentours de 40, voire 35 ans. Ce sont des formes très particulières qui sont portées par une mutation génétique qui se transmet de génération en génération, qui fait que dans ces familles, plusieurs personnes peuvent être atteintes et transmettre cette maladie."

Lorsque des patients atteignent 75-80 ans, est-ce que l'on peut évoquer un caractère héréditaire ?

"Il n'y a pas de caractère héréditaire, c'est-à-dire que ça ne se transmet pas de génération en génération. Mais comme dans toutes les maladies chroniques, il y a un terrain (ce qu'on appelle une susceptibilité) qui, bien sûr, est porté par un certain nombre de gènes, mais dont l'effet n'est pas majeur."

"Si vous portez ces petites anomalies, si vous avez cette susceptibilité, mais si vous êtes dans des conditions qui font qu'elle ne s'exprime pas, vous ne développerez pas la maladie d'Alzheimer. Si, en revanche, malheureusement, vous êtes dans ces conditions, vous développerez cette maladie. Mais ce n'est pas une fatalité, ce n'est pas systématique."

"Ce dont on s'est rendu compte aujourd'hui, c'est que quand quelqu'un est diagnostiqué "atteint d'une maladie d'Alzheimer", c'est qu'en fait, il a eu les premiers symptômes d'une maladie qui a commencé dix, vingt, trente ans avant. Le processus est très lent et le cerveau lutte contre cette maladie."

On sait maintenant qu'il y a un effet de cette lutte en fonction d'une douzaine de facteurs (voire un peu plus) qui permettent de protéger et d'améliorer la résistance du cerveau. Philippe Amouyel

"Par exemple, l'éducation. Plus vous avez fait des études longues, plus tard vous ferez votre maladie d'Alzheimer. Les facteurs de risque vasculaire. Si, par exemple, vous traitez votre hypertension, votre hypercholestérolémie, vous faites une activité physique, là encore, vous allez repousser l'âge du début de la maladie. Donc, ces conditions qui, normalement non appliquées entraîneraient plus rapidement une maladie d'Alzheimer, permettent d'agir et de « prévenir » l'arrivée des premiers symptômes."

Les causes de la maladie

"On a un certain nombre d'idées sur les origines. D'ailleurs, ces causes et ces idées nous permettent de définir un certain nombre de médicaments en cours de développement et pour lesquels tous, malheureusement, n'ont pas encore eu de succès. A peu près une centaine sont encore en cours de développement avec de bons espoirs."

Quelle thérapie ?

"Aujourd'hui, on a des traitements qui sont symptomatiques, c'est-à-dire qui vont traiter les symptômes (l'oubli), mais ça, ça n'est pas actif chez tout le monde et ça ne dure pas éternellement. Généralement, l'effet disparaît au bout de quatre ans. Toute une recherche est en cours également pour stimuler ces formes symptomatiques de la maladie d'Alzheimer. A côté de ça, on cherche le traitement curatif qui stoppe le processus. Le problème, c'est que si on fait le diagnostic au moment où les symptômes apparaissent et qu'on stoppe le processus, les capacités et les chances de récupération de la personne sont faibles puisqu'elle a perdu déjà une partie de ses capacités, de ses neurones."

"Ce qu'on cherche actuellement, c'est à diagnostiquer le plus précocement et le plus tôt possible pour que le jour où on aura ces traitements, on puisse mettre en place tout de suite ces thérapies et éviter à la personne de développer des troubles intellectuels comme les pertes de mémoire ou les troubles du comportement."

Avoir une activité intellectuelle, faire des exercices… peut retarder le moment où la maladie éclate ou peut ralentir son évolution. 

On a pu repérer, grâce à différentes études, environ quatre grands types d'actions qui permettent d'améliorer notre fonctionnement intellectuel, de repousser la maladie.  Stimuler le cerveau, le protéger, l'activité physique, les relations sociales. Philippe Amouyel

"Les premiers, c'est tout ce qui stimule le cerveau. Le cerveau ne s'use que si vous ne vous en servez pas. Alors bien sûr, on pense aux études mais la lecture est un excellent stimulant. D'autres activités très complexes comme le bricolage ou le jardinage, ou les voyages ou le tricot permettent là encore de stimuler notre cerveau."

"Les autres actions sont sur le fait de protéger son cerveau. C'est fragile, un cerveau, il faut le protéger des chocs multiples, répétés, au cours de la vie, le protéger d'un certain nombre de toxiques, le tabac, l'alcool, les drogues... Tout cela améliore notre capacité cérébrale et notre capital cerveau qui nous permettra de résister."

"Troisième élément : tout ce qui concerne l'activité physique et la bonne santé de notre corps qui porte notre cerveau."

"Dernier élément, et c'est le plus important, celui des relations sociales. Notre cerveau se nourrit des relations qu'on a avec les autres. On se rend compte que les optimistes, les gens qui vivent en couple, quel que soit le couple et les gens qui ont des réseaux d'amis très développés, développent une maladie d'Alzheimer plus tard que les autres."

La distanciation sociale et le covid 19

"Je pense que le terme de distanciation sociale est très mauvais. Distanciation sociale, c'est une erreur absolue. C’est distanciation physique, pas distanciation sociale. Qu'on soit à une certaine distance de la personne, pas qu'on coupe les liens sociaux. Dans les maisons de retraite, c'est un drame pour les patients atteints de maladie d'Alzheimer qui ont besoin de cette stimulation pour tenir le plus longtemps possible."

"Il faut garder les mesures barrières et surtout ne pas reconfirmer les EPHAD."

Face au covid : "Comme toute maladie chronique, les patients atteints d'Alzheimer y sont beaucoup plus sensibles, décèdent plus facilement, forment des formes plus graves. 

Face au covid, l'autre question que l'on se pose aujourd'hui, c'est qu'on sait que ce virus a tendance à aller dans le cerveau (problèmes d'anosmie, de troubles du goût). On se demande si la présence de ce virus dans le cerveau n'aurait pas des conséquences à moyen terme ou à long terme sur les fonctions intellectuelles. Mais ça, ce sont des travaux de recherche à long terme. Philippe Amouyel

Est-ce que c'est le seul virus qui va dans le cerveau ? "Non. Un autre virus sur lequel on s'inquiète pas mal, c'est le virus de l'herpès, qui survient malheureusement de temps en temps. On sait qu'il dort dans le cerveau pendant des années, puis qu'il se réveille de temps en temps. Et on se demande si le fait de sa présence ne serait pas en lien avec l'augmentation de certains symptômes de la maladie d'Alzheimer."

"La recherche a fait des progrès fantastiques. Il faut savoir qu'on travaille avec l'organe de plus complexe de notre corps : le cerveau. Toutes ces interactions sont complexes à mettre en évidence et on a fait des progrès. Le principal progrès, c'est de savoir que la maladie ne commence pas à partir des symptômes, donne un espace de prévention. Et ce qu'on attend aujourd'hui, bien sûr, ce sont le résultat des essais thérapeutiques qui sont en cours, qui visent certaines protéines anormales de la maladie d'Alzheimer, qui essaient d'améliorer les symptômes et qui essaient de diminuer l'état d'inflammation dans lequel est le cerveau chez ces patients."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • professeur de santé publique au CHU de Lille, directeur d’une unité Inserm qui travaille sur les maladies liées au vieillissement, directeur de la Fondation Alzheimer, auteur notamment de « Le guide anti-Alzheimer », ed. Le cherche midi.
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