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La bourse Euronext à Amsterdam, aux Pays-Bas, en 2015.

La finance peut-elle être verte ?

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Les émissions de "dette verte" ne cessent de prendre de l’ampleur. Ces emprunts contractés pour financer des projets à vocation environnementale sont présentés comme les nouveaux atouts du secteur financier.

La bourse Euronext à Amsterdam, aux Pays-Bas, en 2015.
La bourse Euronext à Amsterdam, aux Pays-Bas, en 2015. Crédits : Koen van Weel / ANP - AFP

En 2020, 574 milliards d’euros de dettes respectant des critères dits "environnementaux, sociaux et de gouvernance" ont été émis dans le monde. Un record qui confirme le succès de cette finance verte sur laquelle les organisations publiques misent de plus en plus pour parvenir à une transition vers une économie durable et atteindre les objectifs de neutralité carbone fixés par l’Accord de Paris.

Nous en parlons avec Dominique Plihon, professeur émérite d'économie financière à l'Université Paris XIII et chercheur associé à la Chaire Energie et Prospérité.

La finance verte, c'est l'ensemble des opérations financières qui soutiennent le développement durable et plus particulièrement la lutte contre le réchauffement climatique. Cela inclut à la fois des produits financiers nouveaux proposés par les banques par exemple, et des initiatives des autorités publiques.

Aujourd'hui, il y a un besoin considérable de financements supplémentaires pour la transition écologique et sociale. Ce besoin a été chiffré à 1000 milliards d'euros en France pour la prochaine décennie.

Le secteur connaît une forte croissance grâce au succès des nouveaux instruments financiers disponibles sur le marché, comme les obligations et les crédits verts.

Une obligation verte, c'est un titre émis par un émetteur (entreprise, Etat, collectivité publique) et qui est remboursable à terme en générant un coupon avec un taux d'intérêt fixe. Il présente donc toutes les caractéristiques d'une obligation classique, mais il est supposé cibler un usage vert dans son utilisation : il peut s'agir d'un projet d'aménagement d'un territoire "vert", d'un financement de nouveaux équipements en entreprise, plus économes en énergies fossiles, etc.

La difficulté, c'est d'encadrer ces différents produits, et on constate un retard des autorités publiques à deux égards : définir d'abord ce qui est vert de ce qui ne l'est pas, et attribuer ensuite un "label" pour garantir que l'investissement sera utilisé dans une optique réellement écologique.

La "finance verte", un oxymore ?

Le risque, c'est d'avoir à faire à du greenwashing, avec des produits financiers classiques "repeints" en vert. Certains économistes n'hésitent pas à parler d'illusion.

La finance de marché poursuit des objectifs de rendement à très courts termes qui sont incompatibles avec les objectifs et les contraintes de la transition écologique. Ces projets là s'inscrivent dans le long terme.

Si l'on cherche la rentabilité financière stricto sensu, les investissements verts sont moins performants. Parce qu'ils emportent des risques et des coûts supplémentaires. Si l'on entend la rentabilité dans un sens large, en incluant les retombées sociales et écologiques, ces produits financiers génèrent un gain supérieur aux opérations traditionnelles. Mais les marchés ne savent prendre en compte ce qui n'est pas de la rentabilité financière stricte. Il y a donc une grande ambiguïté sur ces produits.

Intervenants
  • Professeur d'économie financière à l'Université Paris XIII et chercheur associé à la Chaire Energie et Prospérité
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