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Emmanuel Macron durant son discours célébrant les 150 ans de la République au Panthéon, le 4 septembre 2020.

Quelle vision de la République porte Emmanuel Macron ?

8 min
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Vendredi 4 septembre 2020, au Panthéon, Emmanuel Macron a célébré les 150 ans de la République que Léon Gambetta avait proclamée en 1870. L'occasion pour le Chef de l'Etat d'esquisser sa vision de la République.

Emmanuel Macron durant son discours célébrant les 150 ans de la République au Panthéon, le 4 septembre 2020.
Emmanuel Macron durant son discours célébrant les 150 ans de la République au Panthéon, le 4 septembre 2020. Crédits : JULIEN DE ROSA - AFP

Sécurité, identité, citoyenneté, séparatisme étaient au coeur du discours d’Emmanuel Macron, vendredi 4 septembre 2020, au Panthéon. Le Chef de l’Etat y célébrait les 150 ans de la République que Léon Gambetta avait proclamée le 4 septembre 1870. Cette page de l’histoire de France, mise à l’honneur au Panthéon le 4 septembre 2020, a aussi été pour Emmanuel Macron l’occasion de faire référence à plusieurs figures emblématiques. Le chef de l’Etat a ainsi pu esquisser sa vision de la République. Quelle République a-t-il tenté d’incarner à travers ce discours ? 

Guillaume Erner reçoit Christophe Prochasson, historien, président de l’EHESS, l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, auteur notamment de "Voyage d’un historien à l’intérieur de l’Etat" (ed. Fayard).

La IIIème République 

Comme la plupart de la classe politique française depuis une quarantaine d’années, Emmanuel Macron a une vision de la conception athénienne, comme disait (l’historien) Claude Nicolet, de la République (c’est-à-dire le la Troisième République) avec une certaine mythologie : liberté, égalité, fraternité, selon la devise.

J'ai d'abord été frappé par la confusion entre France et République. Historiquement, c'est un fait, la République est française. Comme si, d'ailleurs, d'autres Républiques n'avaient pas vu le jour en d'autres pays et n'offraient pas des modèles possibles ou des horizons possibles. La France n'a pas été que républicaine. D'ailleurs, c'est intéressant parce que dans le discours, le président de la République dit que la République existe avant la République, comme si c'était un fait stable et de tout temps en quelque sorte, avec lequel il convenait de renouer.

Et cette conception-là est tout à fait intéressante. C’était une cérémonie un peu particulière parce que l’on donnait la nationalité à des personnes nées à l'étranger. C'est un angle tout de même très particulier que de s'attarder sur cette dimension-là. Il aurait pu en prendre d'autres, parmi tous les poncifs possibles et imaginables : le rôle de l'école, la politique sociale. 

La République n'a pas été si oublieuse que cela. Et c'est pour ça que je parlais de, selon le terme de Claude Nicolet, de version athénienne de la République : essentiellement la IIIème République - cette République un peu « sépia », si j'ose dire. Christophe Prochasson

D'ailleurs, dans cette Troisième République, il cite toujours les mêmes noms (Jaurès, Péguy). Je m'interroge sur l'efficacité de cette référence (Péguy ne parle plus aux jeunes…), c'est à dire que c'est un discours politique, c'est bien normal, un homme politique fait de la politique. La question est celle de l'efficacité. D'ailleurs, ce type de commémoration a été inventé par la Troisième République : les centenaires, les sesquicentenaires sont des productions républicaines qui donnent à la République son sens, son enracinement dans l’histoire. 

Est-ce que ce type de dispositif symbolique, de mythologie a encore une efficacité ? Est-ce-que cela suffit à réenchanter une République qui, il faut bien dire, depuis quarante ans, est souvent citée, invoquée ? Comme si, en quelque sorte, elle attestait l'épuisement de l'imagination politique et que, on essayait en vain de la réenchanter. 

Critiques du discours d’Emmanuel Macron

Je ne suis pas là pour mettre une note au président de la République. Ce qui m'intéresse, c'est comment il s'inscrit dans un usage politique de la référence républicaine depuis quelques temps. 

Oui, bien sûr, il manque sans doute un certain nombre de grandes femmes. Je suis d'ailleurs assez étonné que le président de la République n'ait choisi que Joséphine Baker ou presque, comme nom de femme susceptible d'illustrer son propos. Il est vrai aussi que la République ne déborde pas de grandes femmes. Mais là, c’est moins elles en quelque sorte, comme système politique qui est en cause, que l'état général de la société ou des sociétés.

Ilest vrai qu'Emmanuel Macron est resté, encore une fois, j'insiste, dans une version assez traditionnelle. Alors là, pas du tout disruptive pour le coup mais très traditionnelle de la République. 

Les noms qu’il cite, Jaurès, Blum, Péguy, Mendès France, sont plutôt des Républicains de gauche et sont, d'une certaine façon, tout le temps à la disposition de ceux qui parlent de la République. Christophe Prochasson

Référence à la caricature dans la République 

D'un point de de vue historique, la violence de la vie politique est quelque chose qui a été un peu oublié pour cette période-là. Elle était terrible. C'était un verbe souvent très agressif. Et la presse sous la Troisième République, n'a rien d'une presse canalisée et aseptisée. Donc, de ce point de vue là, Emmanuel Macron a sans doute tout à fait raison,  de faire référence à CE moment, là. 

D'ailleurs, c'est l’un des premiers dons en quelque sorte de la Troisième République : la liberté de la presse et d'expression.

Le séparatisme, les peurs françaises

Les historiens ont beaucoup revu cette idée, cette image, vous savez, de l'instituteur républicain qui tapait sur les doigts des petits provinciaux qui ne parlaient pas le français. Je pense que la République a été, au fond, beaucoup plus tolérante qu'on ne le dit.  Je n'utilise pas le mot de séparatisme, mais tout simplement les différences culturelles qui font la France depuis toujours. 

Le mot « séparatisme » ne me plait pas parce qu’il vise une partie, simplement de ceux qui seraient en train de se séparer : essentiellement ils visent l'islam ou une partie de la société française. Mais il y a d'autres séparatismes et peut être d'une certaine façon, plus conscients, des classes sociales aisées qui se retrouvent dans des établissements scolaires particuliers, dans des quartiers particuliers. Et là, on ne parle pas de séparatisme. Ce n'est pas un séparatisme de même nature, mais équivalent. On pourrait appliquer ce mot. 

Non, je pense que je préfèrerais parler de diversité d'un territoire national avec lequel, évidemment, des régimes qui, comme la République, ont, à tort ou à raison, le culte de la Généralité, c'est à dire de faire de l'Unité.

Pas d’inflexion 

Rien de bien nouveau dans ce discours. Une belle inscription dans une belle tradition qui, c'est là peut être le bémol qu'on pourrait dire, ne répond pas aux besoins qu'on peut avoir d'une république plus chatoyante.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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