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Photo prise à New York le 9 novembre 2020, près de siège social de Pfizer.

Pfizer a-t-il créé le vaccin miracle ?

9 min
À retrouver dans l'émission

La nouvelle la plus entendue de la semaine fut sans nul doute celle apportée par le laboratoire américain Pfizer et l’allemand BioNTech, lundi 9 novembre 2020, concernant la découverte d'un “vaccin contre le covid efficace à 90%”. Que signifie précisément cette annonce ?

Photo prise à New York le 9 novembre 2020, près de siège social de Pfizer.
Photo prise à New York le 9 novembre 2020, près de siège social de Pfizer. Crédits : KENA BETANCUR - AFP

Au micro de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l'émission "La méthode scientifique", du lundi au vendredi à 16h sur France Culture, vient éclairer certains aspects de l'épidémie de coronavirus.

Ce matin, retour sur la nouvelle la plus entendue de la semaine : le laboratoire américain Pfizer et l’allemand BioNTech ont annoncé, lundi 9 novembre 2020, avoir trouvé un “vaccin efficace à 90%” contre le covid 19. Quel est ce vaccin annoncé ? Comment a-t-il été trouvé ? Peut-il permettre de venir à bout de la pandémie ? 

Que sait-on sur ce vaccin ?

Nicolas Martin : "Il ne faut évidemment pas bouder du tout cette lueur d'espoir que nous offre ce vaccin en ces temps troublés. On va quand même essayer de comprendre un peu plus précisément de quoi il s'agit. Qu'est ce que ce vaccin ? Que sont les 90% d’efficacité annoncés ? 

Lundi (9 novembre 2020) Pfizer, le géant pharmaceutique américain et une entreprise de biotechnologie allemande, BioNTech, publient un communiqué de presse. J'insiste là-dessus : c'est un communiqué de presse. Ça n'est pas une étude. Ce sont donc les informations que ces deux entreprises veulent bien donner, au grand public, aux journalistes. Nous n'avons pas encore aujourd'hui l'intégralité des données scientifiques autour de ce vaccin. C'est vraiment essentiel de comprendre ça."

Nous n'avons pas encore aujourd'hui l'intégralité des données scientifiques autour de ce vaccin. Nicolas Martin

Que sait-on à partir de ce communiqué de presse ? 

Nicolas Martin : "On sait qu’il y a eu 44 000 participants à cet essai en phase 3. C’est-à-dire qu'il y a déjà eu une phase 1 où on étudie la non toxicité. La phase 2, on étudie l'efficacité de la molécule. La phase 3, on va utiliser beaucoup de personnes, une grande cohorte pour voir comment la population réagit à plus grande échelle. C'est un essai en double aveugle, c'est-à-dire que les testeurs, les médecins et les participants ne savent pas s'ils reçoivent le vrai vaccin ou le placebo. On sait qu'il y a eu également deux injections à 21 jours d'intervalle et que les nouveaux cas sont étudiés lors d'apparition de symptômes (c’est important) au moins 7 jours après le rappel, c'est-à-dire après la deuxième piqûre. C'est le protocole qui a été décrit dans le communiqué de presse."

Quels sont les résultats ? 

Nicolas Martin : "Une analyse a été effectuée après 94 cas de Covid détectés. Ce qui fait dire à Pfizer que ce vaccin protégerait bien 94 cas sur 44000, protègerait bien à 90% à J plus 7. Donc après la seconde dose d'une infection symptomatique. C’est ce qui est dans le communiqué de presse. Mais une fois de plus, on n'a pas de détails de cette étude. Je vais vous donner quelques points qui manquent aujourd'hui à notre connaissance. D'une part, on ne connait pas exactement le nombre de personnes qui ont été contaminées dans chaque bras de l'expérience : les gens qui ont reçu le vaccin ou les gens qui ont reçu le placebo. D'après Jean-Daniel Lelièvre, qui est immunologiste, chef du service des maladies infectieuses et immunologie à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil, que nous avons interrogé, il y aurait eu 80 contaminés dans le bras placébo (des gens qui n'ont pas reçu de vaccin) et 14 dans le groupe vaccinal. On le saura normalement plus tard puisqu'il devrait y avoir un deuxième point d'analyse une fois qu'il y aura eu 164 contaminations. Et donc logiquement, ce taux de succès du vaccin va réduire un peu."

"Deuxième point :  on n'a pas de détails sur qui a été contaminé. On ne sait pas si ce sont plutôt des personnes âgées. On ne sait pas si ce sont plutôt des personnes en surpoids. Ce n'est évidemment pas la même chose si les 14 malades du groupe Vaccin qui ont été contaminés ont plus de 85 ans. Ou si, au contraire, les gens qui ont été contaminés sont plutôt des jeunes de 30 ou 40 ans. Ça ne dit pas la même chose sur l'efficacité du vaccin."

"Autre point : on ne connaît pas la gravité des cas. Ça n'est évidemment pas la même chose si les personnes qui ont été vaccinées ont contracté une maladie très légère, avec très peu de symptômes ou si, au contraire, elles sont allées en réanimation. Ça n'est pas du tout équivalent et il faut préciser, comme je vous le disais, que ne sont étudiées que les personnes qui développent la maladie avec des symptômes. C'est-à-dire qu'il est probable que des gens ont tout de même développé des covid asymptomatiques, ce qui, là aussi, change légèrement l'efficacité du vaccin."

"Et enfin, un dernier point : Cette technologie (la technologie du vaccin), c’est une technologie à ARN messager, c'est-à-dire qu'on injecte dans le corps un petit brin d'ARN qui va faire en sorte que ce sont nos propres cellules qui vont avoir cette fameuse protéine de surface, la protéine Spike, et donc qui vont faire réagir notre système immunitaire. C'est une technologie complètement nouvelle en vaccination. Aujourd'hui, il n'y a pas un seul vaccin en circulation dans le marché qui ait reçu d’Autorisation de Mise sur le Marché à partir de cette technologie. Donc, cela veut dire que cette technologie n'a pas encore été déployée à grande échelle sur des millions de personnes. Donc, là aussi, il faut être un peu prudent. On est face à une technologie émergente très prometteuse, certes, facile à produire, mais peut-être avec quelques effets secondaires qui peuvent apparaître sur le long terme."

La technologie de ce vaccin est une technologie à ARN messager, complètement nouvelle en vaccination, qui n'a pas encore été déployée à grande échelle sur des millions de personnes. Nicolas Martin.

Quels espoirs ?

Nicolas Martin : "C’est évidemment une bonne nouvelle, on a besoin d'espoir. Ça a l'air d'être relativement efficace mais voilà, il faut rester prudent. On constate dans cette affaire Pfizer que les médias, en règle générale, ce sont tous un peu emballés. Ils se sont tous mis à courir après des données transmises par les entreprises et pas des données scientifiques. Il faut garder à l'esprit que d'autres essais cliniques sont en cours. Il y a d'autres techniques vaccinales en cours. Il y en a un, par exemple, qui est en cours à l'Institut Pasteur, qui utilise la méthode de vaccin de la rougeole, qui est une méthode pour le coup très éprouvée."

"Ne nous emballons pas. Peut-être qu'il va y avoir des vaccins. Certainement qu'il va y avoir des vaccins efficaces. Celui de Pfizer, peut-être, et d'autres dans les mois qui viennent. Mais il faut laisser la procédure aller jusqu'au bout. Les vaccins, ça a besoin d'être extrêmement sûrs parce que ce n'est pas un médicament qu'on donne à des gens malades, c’est un médicament qu'on donne à des gens sains. C'est pour cela qu'on est très vigilant sur les effets secondaires. On peut tolérer des effets secondaires quand on guérit une maladie, mais on ne peut pas tolérer d'effets secondaires quand on donne un médicament à quelqu'un qui n'est pas encore malade. Il y aura certainement des vaccins. Encore une fois, celui ci ou un autre. Il y a d'autres considérations qu'il faut prendre en compte. Par exemple, ce vaccin ARN est très fragile. Il faut le protéger et le garder à une température de moins 70 degrés. Donc ça va compliquer le fait, par exemple, de le transporter d'un continent sur l'autre et notamment, par exemple, pour les continents du Sud. Encore une fois, gardons notre calme, examinons les choses avec notre œil de journaliste critique et attendons d'avoir des données scientifiques plus précises pour pouvoir évaluer concrètement l'efficacité de ce vaccin."

On peut tolérer des effets secondaires quand on guérit une maladie, mais on ne peut pas tolérer d'effets secondaires quand on donne un médicament à quelqu'un qui n'est pas encore malade. Nicolas Martin

Les infox sur des morts dus aux vaccins 

Nicolas Martin : "Ce qu'on sait, c'est qu'il y a eu trois évènements relatés. Il y a eu une personne qui est morte au Brésil (annonce faite le 9 novembre 2020), le même jour que le vaccin de Pfizer, et cette personne était incluse dans un autre essai vaccinal. L'essai Sinovac Coronavac. D'après les éléments dont on dispose, qui demandent à être précisés, il s'agirait d'un suicide. Absolument rien à voir avec l'excès vaccinal ni avec un effet secondaire du vaccin. C'est quelque chose de complètement différent. Ce qui n'a pas empêché quand même de trouver ces fameux titres : « Un mort, un essai vaccinal »."...

"Il y a eu également un autre mort au Brésil, également sur un autre essai, l’essai AstraZeneca et Oxford. Il s'agit d'un médecin de 28 ans qui serait décédé d'une forme de covid sévère suite à des complications. D’après les informations dont on dispose, il aurait été dans le bras placébo de l'essai. Une fois de plus, ce n'est pas le vaccin qui aurait créé un effet secondaire grave qui aurait conduit à sa mort, mais le placébo." 

"Ensuite, il y a eu aussi une interruption suite à un effet grave ou un effet secondaire grave du vaccin d'Oxford. Des interruptions d’essais vaccinales, il y en a tout le temps. Les effets secondaires, quand on vaccine quelqu'un qui est sain, c'est très important et on est extrêmement vigilant à ça. Donc c'est normal qu’il y ait des interruptions. En revanche, à nous, journalistes, de ne pas dramatiser ces interruptions et du coup, par effet secondaire journalistique, d'amplifier la défiance vaccinale en France qui est pour le coup un vrai souci de santé publique."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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