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L'augmentation exponentielle des contaminations a contraint le pays à un second confinement

Radiographie du coronavirus : comment expliquer la flambée épidémique française ?

9 min
À retrouver dans l'émission

Chaque semaine, Nicolas Martin, producteur de "La Méthode Scientifique", soulève une question scientifique liée au Coronavirus afin d'informer au plus juste sans céder aux peurs irrationnelles ou aux infox.

L'augmentation exponentielle des contaminations a contraint le pays à un second confinement
L'augmentation exponentielle des contaminations a contraint le pays à un second confinement

Pourquoi la France s'en sort si mal et pourquoi encaisse-t-elle une deuxième vague si importante ? Nicolas Martin fait le point.

Le président l'a dit lui même lors de son allocution avant-hier : la situation s'est aggravée vraiment littéralement depuis deux semaines, depuis quinze jours. Alors, qu'est ce qu'on a bien pu faire ces quinze derniers jours pour que le taux de contamination soit aujourd'hui si important? Est-ce que c'est de notre faute à nous, individuellement ou collectivement ? Est-ce que c'est notre très grande faute? A qui le tort ? Eh bien, c'est ce que je vais essayer de vous dire aujourd'hui. 

Revenons donc aux chiffres qui sont publiés par Santé Publique France. Il faut faire un petit rappel sur le taux de reproduction. Le taux de reproduction, vous le savez, vous l'avez suivi maintenant depuis 8 mois. C'est quand un malade contamine un certain nombre de malades. Un malade peut en contaminer, un, deux, trois. C'est ce qu'on appelle le Re : le taux de reproduction effectif. En mars lors de la première vague, ce taux de reproduction, est très élevé. Il était de 3. Un malade contaminait trois personnes. Aujourd'hui, il est moitié moindre. Il est de 1,5. 

Il faut rappeler que lorsque ce taux de reproduction passe sous la barre des 1, c'est la fin de la mécanique épidémique, puisqu'un malade contamine moins de 1 et donc petit à petit, ça finit par diminuer jusqu'à s'éteindre. Donc, si on regarde l'évolution de ce taux de reproduction, en fait, il était plutôt stable ces quinze derniers jours. Il a assez peu évolué. Ce qui s'est passé, c'est que quand on regarde les chiffres de cet été, il y a eu un énorme pic à 1,5 au mois d'août. On était passé sous la barre des 1 après le confinement. Au mois d'août, on était à 1,5, ce qui est certainement lié au relâchement collectif qui a pu avoir lieu pendant les vacances. Mais ce taux de reproduction a chuté à la rentrée. Le taux est retombé au mois de septembre autour de 1,1. C'est une évolution de l'épidémie extrêmement lente, ce qui permet de dire en général que l'épidémie est sous contrôle. Ça bouge très, très peu. Tout ça fait, ça a tenu bon, en fait, jusqu'à la fin du mois de septembre.

Hervé Gardette : Mais alors du coup Nicolas, qu'est-ce qui s'est passé fin septembre ?

Nicolas Martin : Fin septembre, il s'est passé plusieurs choses. Si vous vous souvenez, il y a eu une dégradation de la météo assez directe, assez franche, notamment après la tempête Alex. Les températures sont sont mise à chuter. Il s'est mis à pleuvoir. On est rentré dans l'automne en fait. Cette entrée en automne ça a évidemment changé nos comportements collectifs. Quand il fait plus froid, quand il pleut, les gens se retrouvent plus à l'intérieur. Et puis, c'est la fin de ce qu'on a pu appeler le frein saisonnier, c'est à dire le fait que pendant l'été, le virus circule moins. Et début octobre, quand on regarde les chiffres, d'un seul coup, il y a une hausse très brusque de 30 à 40% de ce taux de reproduction. C'est très net entre le 5 et le 14 octobre. On passe de 1,1 à 1,4. C'est cette augmentation qui se traduit avec un décalage de 15 jours par une hausse des hospitalisations. 

Parce que le problème avec ce Coronavirus, c'est qu'il y a toujours un décalage entre le moment où les gens s'infectent, le moment où les gens déclarent des symptômes : en général au bout de 5 jours; le moment où les gens sont hospitalisés : en général une semaine à dix jours après les symptômes. Puis le moment où les gens passent en réanimation, etc. On est toujours sur une sorte de décalage entre quinze jours et trois semaines. Alors, vous me direz, il y a eu le couvre-feu. Le problème, c'est que le couvre feu a été mis en place il y a à peine une semaine et donc c'est un peu trop tard. L'effet du couvre-feu on le verrait ou on aurait pu le voir dans une dizaine de jours. Mais le problème, c'est que le confinement a été rendu absolument nécessaire à cause de l'augmentation des chiffres d'hospitalisation qui sont très alarmants. Et si on les tire justement en prenant compte de ce décalage sur les chiffres de réanimation et sur les chiffres de décès. En fait, il n'est plus possible aujourd'hui de miser sur un effet suffisant du couvre feu de la semaine dernière parce que les chiffres d'hospitalisation aujourd'hui sont beaucoup trop importants et donc qu'il est trop tard. Et il faut maintenant prendre des actions fermes pour s'assurer d'une réduction effective du taux de contamination. 

Hervé Gardette : Vous nous avez  expliqué les raisons d'ordre météorologique. Mais à part la météo, est-ce qu'il y a d'autres raisons à cette hausse ? Et en gros à qui la faute ? 

La responsabilité est évidemment collective : nos comportements à nous tous. Mais néanmoins, il est intéressant de se pencher tout de même sur les chiffres dont on dispose pour comprendre finalement cette décision des pouvoirs publics. Vous avez certainement entendu dans les jours ou les semaines passées plusieurs choses, notamment le fait que les trois clusters principaux, les trois endroits où les gens se contaminent le plus, ce sont les entreprises, les établissements scolaires et les établissements de santé. Mais vous avez certainement moins entendu que selon les chiffres de Santé Publique France, un cas sur 10 seulement est rattaché à un cluster, c'est à dire quand trois personnes sont contaminées dans le même environnement, dans la même communauté, sur sept jours. Cela veut dire que 9 contaminations sur 10 se passent en dehors de ces fameux clusters en entreprise, dans un établissement scolaire ou en EHPAD. 

Si on pousse un peu plus loin l'analyse, on se rend compte aussi que sur le traçage des cas contacts, un cas seulement sur quatre peut être rattaché à un cas contact. Ce qui signifie que trois personnes sur quatre sont contaminées en dehors d'une possibilité de filiation de cette contamination. C'est à dire qu'on ne sait pas comment trois personnes sur quatre sont contaminées au Covid et ont attrapé la maladie. Ce qui fait énormément relativiser ces voies de contamination recensées et dont on parle beaucoup dans les médias. Alors, qu'est ce qu'on peut dire et qu'est ce qu'on peut supposer à propos justement, de tous ces cas qui sont en dehors de ce qui a pu être identifié par le traçage ou par le suivi ? 

On peut dire notamment que si les cas en entreprise ou en école sont identifiés parce que ce sont des endroits qui sont faciles à suivre et où il peut y avoir un suivi  efficace. Mais il y a un angle mort qui est très important et que pointe un certain nombre d'épidémiologistes, c'est par exemple les transports. Aujourd'hui, si on regarde les chiffres de Santé Publique France : à peine 1% des clusters sont situés dans les transports. Or tout le monde s'accorde à dire aujourd'hui que ce 1% est très largement sous évalué. 

Nous avons contacté Pascal Crépey, qui est enseignant-chercheur, épidémiologiste et biostatisticien à l'Ecole des hautes études en santé publique. Il nous dit que les transports, c'est un endroit où il est impossible de quantifier les contaminations. Alors, on peut émettre néanmoins une hypothèse, c'est que les transports ce sont des endroits clos, avec peu de ventilation, où les gens sont nez à nez. Alors évidemment, les gens portent des masques. Mais le virus peut circuler de manière vraiment très intense, même si les masques et même si les gestes barrières, si tant est qu'on puisse les respecter quand on est dans un métro bondé par exemple, réduisent une partie l'exposition. Il semble aujourd'hui vraisemblable de dire, et c'est une hypothèse, que des événements qu'on appelle de super contamination peuvent avoir lieu dans les transports, malgré toutes les précautions qu'on peut prendre. Parce qu'évidemment, il y a toujours quelqu'un qui a un masque sur le nez. Par exemple on touche la barre et un mouvement nous touche le nez. En fait, il est certain que les transports sont un endroit où le virus se répand beaucoup plus que ce que les chiffres officiels nous permettent d'établir. C'est également ce que soutient Dominique Costagliola, qui nous en parlait dans le Journal des Sciences hier, et qui critique très, très ouvertement l'abandon des mesures de télétravail à la rentrée. Parce que le télétravail, ça réduit les déplacements, ça réduit le monde dans les transports, ça réduit les clusters en entreprise et ça aurait dû avoir de facto un effet sur la diminution du nombre de cas contacts en tout cas, et de transmission de l'épidémie. 

Est ce que ça veut dire que la deuxième vague va être plus meurtrière que la première ?

C'est difficile à dire aujourd'hui. Tout dépend évidemment de la situation des hôpitaux. Selon Pascal Crépey que nous avons interrogé : si le confinement est efficace et s'il y a surtout une bonne gestion du déconfinement, normalement, le nombre de morts devrait être contenu. Reste donc à passer au concret et à réussir cette fois, ce que l'on a vraisemblablement relativement raté la première fois, c'est à dire le deuxième déconfinement quand on sortira du confinement dans un mois ou dans un peu plus de temps. 

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