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Photo prise à Paris le 17 janvier 2015.

L’accès à l’IVG en France est-il menacé ?

7 min
À retrouver dans l'émission

232 200 Interruptions Volontaires de Grossesses en 2019. C'est le chiffre le plus haut depuis 30 ans en matière d'IVG, un chiffre publié dans une enquête de la DREES le 24 septembre 2020. Comment l'interpréter ? Que dit-il sur l'accès à l'avortement et à la contraception en France ?

Photo prise à Paris le 17 janvier 2015.
Photo prise à Paris le 17 janvier 2015. Crédits : LIONEL BONAVENTURE - AFP

« L’IVG, en France, le compte n’y est pas ». C’était le mot d’ordre du rassemblement qui s’est tenu à Paris samedi 26 septembre 2020 pour défendre le droit à l’interruption volontaire de grossesse et réclamer un meilleur accès à ce droit. Deux jours avant, une étude de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) soulignait qu’avec 232 200 IVG en 2019, la France enregistrait un plus haut niveau depuis 30 ans. Comment expliquer ce chiffre dans un contexte où l'accès à avortement est jugé insuffisant par les organisations féministes ?

Guillaume Erner reçoit Sarah Durocher, co-présidente nationale du Planning familial.

232 200 avortements en 2019

"Ce chiffre est assez constant et en effet, il y a eu une communication sur le fait qu'il y avait une augmentation - je me permets de dire qu’il s’agit en fait d’une petite augmentation, quand on regarde les chiffres."

"Il y a plusieurs façons de voir ce chiffre de 232 200 IVG. Pour le Planning familial, il n'y a rien de catastrophique dans le sens où, pour nous, l'avortement est une solution, pas un problème."

Le problème, c'est vraiment la question de la grossesse non désirée. Sarah Durocher

"Il faudrait plutôt s'interroger sur le fait qu’aujourd'hui, ces personnes ont encore des grossesses non désirées. Mais ça veut dire aussi que des femmes accèdent à ce droit là. Et ça, c'est quelque chose d'essentiel pour nous." 

"Juste dans les chiffres, on a remarqué aussi que c’était des femmes qui avaient un peu plus de 30 ans. Ça veut simplement dire aussi qu'aujourd'hui, des femmes font ce choix là - on peut s'interroger en termes de carrière professionnelle ou en termes de choix du nombre d'enfants. Pour nous, rien de catastrophique."

"Il y a une représentation de l'avortement qui serait que c’est chez les jeunes, chez les très jeunes. Mais on a ce chiffre là depuis longtemps, d'une augmentation aussi chez les 25-29 ans. A un moment donné, la question du choix professionnel peut-être se pose, aussi la question d’un meilleur accès à l'information."

Recours à l’avortement et précarité

"La question de l'avortement concerne toutes les classes sociales. Les derniers chiffres ont montré (et ça c’est très intéressant, mais pour nous, au Planning familial, ça n'a pas été une surprise) que les personnes les plus précarisées financièrement, en effet, avaient recours plus à l'avortement."

Aujourd'hui, tous les moyens de contraception ne sont pas gratuits et son accès est parfois compliqué sur certains territoires. On n'est pas toutes égales en termes d'information. Et puis, dans le choix de garder ou non une grossesse, le point de vue financier est important. Donc, on n'est peut-être pas égales toutes en termes de choix concernant l'avortement. Sarah Durocher

"Au Planning familial, on reçoit beaucoup de femmes dans ces situations-là. On parle aussi en termes d'éducation à la sexualité. Ça veut dire qu'on n’est pas toutes égales par rapport à ça. On n'a pas toutes les mêmes informations. On sait très bien que la précarité des femmes dans notre société actuellement est assez grande, au niveau du travail, du chômage... On a des indicateurs depuis quelques années et les crises sanitaires n'aident en rien par rapport à ça."

L'accès à la contraception

"Encore aujourd'hui, on reçoit des femmes à qui on n'a pas proposé tous les moyens de contraception, pour lesquelles avoir un rendez-vous, parfois, c'est compliqué. Il y a aussi la question de la gratuité, du financier. En France, aujourd’hui, tous les moyens de contraception ne sont pas remboursés – ce qui peut freiner l'accès pour certaines, en termes de protection et en termes de réduction de risque à une grossesse non désirée. Il faudrait une meilleure formation pour les médecins et pour les sages-femmes, les professionnels de santé. Il faudrait faciliter l'accès. Aujourd'hui, il y a des professionnels qui ne sont ni médecin ni sage-femme, mais qui sont sur le terrain et peuvent permettre de faciliter l'accès. C’est vraiment l'augmentation de ce maillage qui compte."

Il faudrait un remboursement. Il faudrait une meilleure information, une meilleure formation et une éducation à la sexualité depuis le plus jeune âge. Sarah Durocher

Les délais 

On estime qu'entre 3000 à 5 000 femmes par année, doivent aller se faire avorter à l'étranger. "Une des grandes revendications du Planning familial en effet est cet allongement des délais (au-delà de 12 à 14 semaines d'aménorrhée). On rencontre des femmes qui sont parfois à 15, 16, 17 ou 18 semaines, voire un peu plus. Mais en attendant, il y a des femmes aujourd'hui qui se déplacent à l'étranger pour avorter. Ce n’est pas toutes les femmes, ce sont celles qui ont les moyens de le faire. Toutes les femmes n'ont pas ce choix là." 

"Aujourd'hui, c'est une honte que des femmes françaises doivent aller à l'étranger pour avorter et ça c’est une responsabilité de notre gouvernement aujourd'hui de prendre des mesures nécessaires, comme toutes les associations le disent, comme des professionnels de santé. C'est une réalité, un besoin pour des personnes."

La clause de conscience des médecins 

"Aujourd'hui, on n'a aucun chiffre sur le nombre de médecins qui posent la clause de conscience. Par contre, on est dans une réalité qui fait qu'on manque de médecins pour faire des avortements. C’est stigmatisant car c’est le seul acte où il y a une double clause de conscience. Il faut vraiment que les médecins soient formés pour faire des avortements - des sage-femmes aussi. C'est vraiment un besoin plus que nécessaire. En effet, on est pour retirer cette double clause de conscience."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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