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Photo prise à Paris le 7 janvier 2020.

Le financement du système des retraites est-il menacé ?

7 min
À retrouver dans l'émission

Après cinq semaines de mobilisation, la question du financement du système des retraites reste centrale et divise. Y a-t-il ou non un problème structurel de financement du système ?

Photo prise à Paris le 7 janvier 2020.
Photo prise à Paris le 7 janvier 2020. Crédits : MARTIN BUREAU - AFP

Nouvelle grande journée de mobilisation contre la réforme des retraites en ce jeudi 9 janvier 2020. La quatrième du genre depuis le début de la grève qui a démarré le 5 décembre 2019. Cinq semaines après le début du mouvement, la question du financement du système reste centrale. Un système de financement que les défenseurs de la réforme, estiment menacé, en péril – ce que dénoncent ses détracteurs. Qu’en est-il ? Y a-t-il ou non un problème structurel de financement des retraites ? Le système est-il déficitaire ? Y a-t-il urgence ? 

Guillaume Erner reçoit Michaël Zemmour, enseignant chercheur en économie à l’Université Paris 1, chercheur associé à Sciences Po.

Existe-t-il une réserve de 150 milliards d'euros pour le financement des retraites ? 

Les réserves sont bien là : 150 milliards d'euros. Cela représente à peu près une demie-année de ce qu'on paie en retraites. C'est à peu près 300 milliards d'euros par an les retraites.  Michaël Zemmour.

Mais au-delà des réserves, le fait de dire qu'il n'y a pas de péril financier dans le système de retraites est une réalité objective. C'est-à-dire que les dépenses de retraites sont stables et même le déficit calculé par le COR (Conseil d’Orientation des Retraites), dont on sait qu'il est un peu virtuel, il est très conventionnel, même si on prend les chiffres au pied de la lettre, cela représente, à l'horizon 2030, même pas 5% des dépenses. Donc c'est très finançable, à la fois si l'Etat maintient la contribution au système, très finançable éventuellement si on augmente les recettes. Michaël Zemmour.

Et effectivement, dans ce contexte-là, quand vous êtes assis sur 150 milliards de réserves, vous ne pouvez pas dire qu'il y a un péril financier. Michaël Zemmour.

Face à une population vieillissante, quel peut être le problème de financement des retraites ?

On a tellement fait de réformes par le passé qu'on a calé l'avenir du système des retraites sur des mesures d'économie. Michaël Zemmour.

Et ce qui va se passer à l'avenir, s'il n'y a pas de financement supplémentaire, ce n’est pas qu’il y aura un déficit, c’est que les retraites vont baisser et baisser fortement. Elles vont baisser déjà dans le cadre de la législation actuelle avant la réforme. Et si la réforme est appliquée, notamment avec ces mesures d'économie, elles vont baisser plus vite et plus fort. Michaël Zemmour.

Il y a bien un sujet de financement sur les retraites, mais le sujet de financement, ce n'est pas tellement d'éviter la faillite du système, c’est d'empêcher que les retraites décrochent. Aujourd'hui, quand on part à la retraite, on part à peu près avec 70% de son dernier salaire. S’il n'y a pas de financement supplémentaire, en 2050, ce serait plutôt 50% de son dernier salaire. Michaël Zemmour.

Comment font les autres pays avec des populations vieillissantes ? 

Ils font, pour beaucoup, à peu près ce qu’entend faire le gouvernement avec le système de retraites à points. Michaël Zemmour.

Dans la plupart des pays, on a laissé décroître le niveau des pensions publiques et on a fait de la place à un système de retraite supplémentaire par capitalisation. C'est vraiment la norme en Europe. Et le constat qu'on fait dans ces pays-là (on peut penser à l'Allemagne, la Suède, notamment) c’est d'abord que le niveau de vie des retraités est plus faible qu'en France, mais surtout se dégrade et commence à poser des problèmes. Michaël Zemmour.

Ensuite, on faitle constat de fortes inégalités. Autant un régime public assure une forme de péréquation, une forme d'égalité ; autant dans un système où vous faites de la place à la capitalisation notamment, via des plans d'entreprise, il y a des inégalités qui se creusent, notamment entre les employeurs. Donc la spécificité de la France, c’est que le niveau de vie des retraités est relativement comparable à celui des actifs. Et c'est aussi d'avoir fait le choix de tout mettre dans un système public obligatoire. 

Et si le financement diminue, on peut penser que pour un certain nombre de gens, ces retraites publiques ne seront plus suffisantes et ça va inciter à avoir d'autres stratégies en complément.  Michaël Zemmour.

La porte ouverte à des assurances privées à la retraite par capitalisation ?

C'est l'hypothèse la plus vraisemblable quand on regarde ce qui se passe en France et ce qui se passe ailleurs. Aujourd'hui, la plupart des retraités ne vivent que de leur retraite. Et puis souvent, ils sont propriétaires de leur logement, donc ils n'ont pas de loyer à payer. Les gens qui ont des revenus financiers, c'est les 10% des retraités les plus riches. Ceux-là, effectivement, ils ont des stratégies financières de capitalisation. Pour les autres, ils vivent de leur retraite.  Michaël Zemmour.

C'est assez vraisemblable que les générations qui ont 45 ans ou moins, si on leur annonce des décrochages du niveau de retraite, ils vont être de plus en plus sensibles aux publicités que vous voyez un peu partout, pour des stratégies d'épargne. Michaël Zemmour.

L’exemple / le précédent, de l’assurance maladie : 

En France, on a voulu maîtriser les dépenses de la Sécurité sociale. De ce fait, on a progressivement déremboursé un certain nombre de choses, des consultations en ville, chez les spécialistes, etc. Et de fait, les complémentaires santé privées sont devenues indispensables au point de devenir obligatoires. C'est un petit peu le chemin vers lequel on se dirige si on a un recul ou une stagnation du système de retraites alors que les besoins augmentent. Michaël Zemmour.

Moins d’argent public dans les retraites, plus d'argent pour l'école, les hôpitaux... ? 

D'abord, ça reste à prouver. La stratégie du gouvernement, c'est quand même une baisse générale des dépenses publiques et c'est à ce titre-là, d'ailleurs, qu’il veut faire des économies sur le système de retraites. Ce n’est pas, aujourd’hui, les dépenses de retraites qui augmentent, c’est le gouvernement qui entend dépenser moins pour les retraites dans les dix années qui viennent, un peu comme dans plein de services publics d'ailleurs. Et puis, la deuxième chose, c'est que, encore une fois, les retraites publiques diminuent. Pour beaucoup de personnes, ça va être des dépenses supplémentaires pour mettre de côté en prévision de la retraite. Donc, ça ne fera pas vraiment de pouvoir d'achat supplémentaire. Michaël Zemmour.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • Maître de conférences en économie à l’Université Paris 1 et chercheur associé à Sciences Po au laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP).
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